HISTOIRE NATURELLE POISSONS DE LA FRANCE Droits de traduction et de reproduction réservés. 2591-80. -- ('onnBii. Typ. et Slér. <',uirÉ. / HISTOIRE NATURELLE DES POISSONS DE LA FRANCE LE D'* EMILE MOREAU Avec 9%0 flgures dessinées d'après uature TOME PREMIER PARIS G. MASSON, ÉDITEUR LIBRAIRE DE l'a C A D É M 1 E DE MEDECINE 120, Boulevard Saint-Germain, en face de l'École de Médecine M DCCC LXXXI PRÉFACE. L'Histoire naturelle des Poissons de la France n'a jamais été traitée d'une façon complète. Cependant les zoologistes n'ont pas manqué dans notre pays ; depuis l'époque de la Renaissance, jusqu'à nos jours, ils ont produit des ouvrages remarquables, ils nous ont laissé de nombreux témoins de leurs recherches. Je suis fâché de ne pouvoir passer leurs travaux en revue ; pour être utile et intéressante, une étude semblable exigerait de trop longs dé- veloppements ; je me borne à rappeler que deux naturalistes, Lesueur et de Blainville, se sont occupés d'une Faune ichthyo- logique de la France. Pendant le séjour qu'il fit à Nice, du mois de mars au mois d'août 1809, Lesueur recueillit un grand nombre des Poissons qui vivent dans les eaux du département des Alpes-Maritimes. Artiste aussi habile à manier le pinceau que le crayon, tantôt il s'est contenté de reproduire les formes de ces animaux, tantôt il s'est appliqué à rendre la richesse et la variété de leurs brillantes couleurs. Grâce aux figures tracées avec tant de perfection, il est permis de reconnaître facilement certaines espèces indiquées par Risso, espèces qui n'ont pas toujours été décrites avec une précision suffisante . Lesueur a de plus observé les Poissons du a'^^f^"?. Il PRÉFACE. bassin de la Seine, et ceux de la Manche. Malheureusement les travaux que je viens d'indiquer, n'ont jamais été publiés ; c'est à l'obligeance de mon savant confrère, le docteur Hamy, que je dois d'avoir pu consulter le manuscrit et l'atlas du naturaliste du Havre, ouvrages qui probablement seront bientôt déposés dans la bibliothèque du Muséum de Paris. Des auteurs qui ont travaillé à la Faune française^ le plus émi- nent est de Blainville ; il était chargé d'écrire l'Histoire des Poissons; comme il a le soin de le rappeler, il s'était « spéciale- ment et depuis fort longtemps occupé de cette classe d'animaux vertébrés. » (Prodrome d'une nouvelle distribution du règne animal, dans Bulletin des sciences par la Société philomatique de Paris ; Paris, 1816, p. 112, 120). — L'œuvre de ce grand natura- liste est restée inachevée. Pour ma part, je le regrette vivement ; mes goûts, mes études antérieures me portaient à poursuivre des recherches d'Anatomie comparée plutôt qu'à faire un travail de Zoologie descriptive. Sans guide, sans moyen de déterminer sû- rement les diverses espèces de Poissons, surtout les espèces qui vivent sur les côtes, ma tâche devenait souvent difficile, et même parfois impossible ; j'ai dû momentanément renoncer à mes projets, et consacrer mon temps à étudier l'Ichthyologie. En raison de sa position géographique, la France est, sans contredit, la contrée de l'Europe qui compte le plus grand nom- bre d'espèces de Poissons. Ces animaux vivent les uns constam- ment dans les eaux douces ou dans les eaux saumâtres, les autres alternativement dans les fleuves et dans les mers; enfin, il en est quelques-uns qui peuvent passer les différentes phases de leur existence aussi bien dans les eaux douces que dans les eaux sa- lées. — Quelles que soient les eaux qu'ils fréquentent, les Pois- sons se trouvent inégalement répartis. Parmi les Poissons d'eau douce, il en est qui ne se rencontrent que dans le bassin du Rhône, ou dans les fleuves, les rivières qui se jettent dans la Mé- PRÉFACE. III diterranée, comme FApron, le Chevaine soufie, le Barbeau méri- dional. — La présence de FOmble-chevalier n'a pas encore été constatée dans les cours d'eau qui se rendent dans la Manche ou dans rOcéan atlantique. — Le Chondrostome naseafaitson appa- rition dans l'Yonne en 1860. — Les Poissons des eaux douces sont plus ou moins captifs ; leur habitat est limité d'un côté par les sources des rivières, de l'autre par l'embouchure des fleuves. Quant aux Poissons de mer, ils semblent, au premier abord, jouir d'une entière liberté au sein des flots. En effet, plusieurs es- pèces de Squales, de Raies, de Syngnathes, etc., sont répandues sur les différents points de la France qui sont baignés soit parla Méditerranée, soit par l'Océan ou par la Manche ; mais d'autres espèces sont confinées dans la Méditerranée, ou ne montent pas à l'ouest plus haut que l'embouchure de l'Adour, que celle de la Gironde ; il en est qui restent dans la mer du Nord, le Pas-de- Calais, la Manche, sans jamais descendre sur nos côtes de l'At- lantique, ou qui du moins n'y ont pas encore été pêchées jus- qu'à présent. — S'il est des Poissons qui parcourent de grands espaces, il en est d'autres que leur conformation, leur instinct, leurs besoins retiennent cantonnés dans des parages plus ou moins limités. Pour faire connaître l'habitat de ces derniers, il devient nécessaire d'indiquer sur notre littoral un certain nom- bre de régions particulières. Nous pouvons établir sur les côtes de France cinq régions dif- férentes, cinq zones distinctes. Ces régions sont évidemment plutôt des distributions ichthyologiques que des divisions géo- graphiques, et môme que de véritables distributions zoologiques, ces distributions convenant aux Poissons et nullement, sans doute, aux autres animaux qui vivent dans nos mers. — La première région, en allant du nord au sud, est la région de la Manche, elle comprend une petite partie de la mer du Nord, le Pas-de- Calais, la Manche ; elle s'étend de Dunkerque à l'embouchure de IV PRÉFACE. TAber-Benoît, ou mieux à la baie de Morlaix ; cette dernière limite est réellement la plus naturelle. *- La seconde région, ou côte de Bretagne^ va jusqu'à l'embouchure de la Loire. — La troisième région est située entre l'embouchure de la Loire et celle de la Gironde ; elle peut être désignée sous le nom de cote du Poitou ; elle est formée de l'ancienne province du Poitou, de l'Aunis et d'une petite partie de la Saintong-e ; elle répond aux départements de la Vendée et de la Charente-Inférieure. — La quatrième région est celle du golfe de Gascogne^ golfe de Gascogne compris, comme l'indique Duhamel, entre l'embouchure de la Gironde et la côte d'Espagne, ayant par conséquent une étendue moindre que celle que lui donnent les marins. Cette région, surtout dans la partie qui se trouve entre l'embouchure de l'A- dour et celle de la Bidassoa, compte un grand nombre d'espèces identiques à celles qui habitent la Méditerranée. — La cinquième région, ou région ?néditerra?iée?i?îe, commence àPort-Vendres,ou plutôt au cap Cerbère, et se termine à Menton ; c'est la région la plus riche en espèces ; les vastes étangs qui avoisinent les côtes sont excessivement poissonneux. L'étude de l'Ichthyologie offre un grand intérêt, mais il ne faut pas se le dissimuler, elle présente beaucoup de difficultés. Certains poissons, surtout parmi ceux qui vivent dans les eaux douces, semblent être des métis, des hybrides et non de vérita- bles espèces, comme la Brème de Buggenhagen, la Brême-rosse. Des expériences de fécondation artificielle sont nécessaires pour juger la question. Comparé h celui des Poissons d'eau douce, le nombre des Poissons de mer est considérable. Pour étudier ces animaux, il est indispensable de faire de fréquents voyages sur les côtes, de par- courir les rivages, de séjourner assez longtemps sur divers points du littoral ; il est aussi fort nécessaire de se mettre en rapport avec les pêcheurs, qui généralement se montrent disposés à vous PRÉFACE. V rendre service. — Certains Squales, en raison de leur taille, ne peuvent être examinés qu'au moment où ils viennent d'être pris, ou encore dans les Musées; mais dans les Musées, bien que montés avec le plus grand soin, aveclaplus rare habileté, ils subis- sent nécessairement, dans leurs proportions, des changements plus ou moins sensibles, ils perdent en partie leur aspect naturel, leur physionomie, s'il est permis de le dire. — Quant aux ani- maux de petite dimension, le plus souvent ils ne sont pas recher- chés sur nos plages de l'Ouest; aussi pour se procurer des Syn- gnathes, des Blennies, des ^Cottes, des Gobies, des Lépadogas- tères, faut-il aller soi-même les prendre à marée basse, dans des flaques d'eau, dans des trous de rochers, sous les varechs. — Quelques espèces qui se tiennent plus ou moins loin des côtes, les Môles, qui ne sont d'aucune utilité pour l'alimentation, sont ordinairement abandonnées au sortir des filets ; cependant lors- qu'elles sont de grande taille, elles sont parfois amenées à terre, puis après avoir été exposées, pendant plusieurs jours, comme objets de curiosité, elles sont rejetées à la mer. Dès que les Poissons sont tirés de l'eau, apportés sur le rivage, il faut se hâter d'examiner leur système de coloration ; en géné- ral, les teintes brillantes disparaissent rapidement; je suis parvenu à les conserver assez bien en plongeant les animaux dans une solution de sulfate de zinc ; mais cette solution a le grave incon- vénient d'altérer la structure des écailles ; aussi ne faut-il l'em- ployer qu'avec précaution, et seulement quand il s'agit de Pois- sons communs. — Parfois, il est bon de le faire remarquer, la livrée, le système de coloration présente de notables différences chez le mâle et chez la femelle, (Labre mêlé. Labre à trois taches), chez le jeune et chez l'adulte, (Raie bordée. Raie blanche), de sorte que le mâle et la femelle, le jeune et l'adulte ont été pen- dant longtemps, et sont même encore assez souvent aujourd'hui considérés comme étant des espèces distinctes. VI PRÉFACE. 11 est nécessaire, surtout pour ne pas confondre des espèces voisines, de relever les proportions des diverses parties du corps. Il faut comparer la hauteur du tronc, la longueur de la tête à la longueur totale ; il faut calculer combien de fois le diamètre de l'œil est contenu dans la longueur de la tête, etc. Dans cette mé- thode des proportions, il n'y a rien d'absolu ; ainsi chez les jeunes sujets, le diamètre de l'œil, comparé à la longueur de la tête, est relativement plus grand que chez le? vieux individus, surtout chez ceux qui parviennent à une taille développée. Dans une même espèce, chez le Callionymelyre, par exemple, les propor- tions de la tête, de la première dorsale, varient non seulement suivant l'âge, suivant la taille, mais encore suivant le sexe des animaux. L'ouvrage que je publie contient le résultat de longues études ; il est le résumé de nombreuses observations. Les descriptions qu'il renferme paraîtront sans doute bien uniformes ; c'est à dessein qu'elles sont ainsi faites, pour épargner au travailleur une perte de temps à chercher dans le texte le passage qu'il a besoin de consulter ; en effet, dans l'exposition des caractères spécifiques, tout est rangé suivant un même ordre. Je n'ai jamais eu la prétention d'écrire une œuvre littéraire ; j'ai eu simplement pour but de fournir au lecteur une suite de tableaux lui permet- tant de reconnaître facilement, de déterminer sans peine l'ani- mal qu'il a sous les yeux. Quant aux figures, elles sont toutes originales; elles sont toutes dessinées d'après nature. J'ai recueilli moi-même une très grande quantité de Poissons. Des personnes complaisantes ont eu l'amabilité de m'en donner un certain nombre ; je les remercie de l'empressement qu'elles ont mis à me prêter leur concours. Un correspondant zélé, dont je suis heureux de louer l'extrême obligeance, m'a envoyé de rares espèces, même des espèces qui n'avaient pas encore été PRÉFACE. VII trouvées sur nos côtes. Malgré beaucoup de persévérance, malgré beaucoup d'efforts de ma part, mon travail serait resté incomplet, si je n'avais eu le précieux avantage de pouvoir étudier, dans la riche collection du Muséum de Paris, les spécimens que je n'a- vais pas réussi à me procurer. Je ne saurais oublier que de sa- vants amis ont facilité mes recherches ; je prie Messieurs le doc- teur L. Vaillant, professeur au Muséum, etle docteur E. Sauvage, son aide-naturaliste, de vouloir bien recevoir mes témoignages de gratitude. E. MOREAU. Paris, 17 Novembre 1880. HISTOIRE NATURELLE DES POISSONS NOTIONS GENERALES Les Poissons présentent tant de variétés dans l'ensemble de leurs formes extérieures, tant de différences dans la structure ana- tomique de leurs organes, qu'il est tout à la fois difficile de les définir d'une manière rigoureuse et de les classer suivant un ordre méthodique. Cependant que d'efforts ont été faits, que de recherches ont été poursuivies avec ardeur pour atteindre un but qui paraît encore bien éloigné ! Les Poissons constituent la dernière classe de l'embranche- ment des animaux vertébrés : connue tous les vertébr('s ils ont un système nerveux central renflé à l'extrémité céphalique; ils ont un cerveau et une moelle épinière protégés par un squelette parfois d'une faible consistance, mais toujours distinct des par- ties voisines. Ce sont des animaux ta sang froid, respirant par des branchies l'air dissous dans l'eau, à nageoires impaires soutenues par un squelette plus ou moins développé, à memlu'es pairs, quand ils existent, transformés en nageoires et terminés par des pièces plus ou moins nombreuses. Suivant la remarque d'Aristote, i 2 NOTIONS GÉNÉRALES, ils n'ont pas de cou ; « ils ont, » excepté les Raies. « une sorte de queue qui est comme le prolongement de leur corps. » (Arist., liv. II, c. xni, p. 83, trad. Cam.) Ce n'est pas suffisamment connaître un animal que de savoir le distinguer d'un autre ; se contenter de pouvoir indiquer le nom de chaque espèce, serait tout simplement vouloir dresser une sorte de catalogue, et non faire une étude qui présente le plus grand intérêt. Aussi, avant d'entreprendre l'histoire parti- culière des Poissons, il nous semble nécessaire de donner quel- ques notions générales sur la structure elles fonctions de leurs organes. Comparés entre eux, les Poissons montrent dans leur orga- nisme de nombreuses modifications que nous allons successive- ment décrire en commençant par le squelette. SQUELETTE Le squelette proprement dit ou endosquelette est très-variable dans sa structure et dans sa composition ; cependant il peut être rapporté à trois types principaux: osseux, cartilagineux, fibreux. Il y a toujours ou presque toujours union, mélange dans les types : ainsi, chez certains Poissons osseux des pièces du crâne restent cartilagineuses; dans les Sélaciens le tissu cartilagineux est plus ou moins encroûté de sels calcaires. Le sphénoïde de l'Esturgeon montre des corpuscules osseux qui manquent dans le squelette de beaucoup de Téléostéens. Prendre l'état du squelette pour établir une base de classification serait vouloir s'exposer à de grandes erreurs; il ne faudrait plus aujourd'hui réunir dans le groupe ou dans la sous-classe des Cartilagineux les Plagiostomes et les Cyclostomes, c'est-à-dire les deux extrê- mes de la série dans la classe des Poissons. Divers anatomistes ont publié des travaux importants sur l'histologie du squelette des Poissons ; parmi eux nous citerons KôUiker, Leydig, G. Pouchet, P. Gervais. SQUELKTTI-:. 3 Le professeur Kolliker l'ecoiinaît dans la structure de l'en- dosqueleltc des Poissons trois types qu'il détermine de la ma- nière suiyante : 1° Type des Sélaciexs : squelette formé soit de cartilage, soit de cartilage ossifié ou plutôt pénétré de sels calcaires. A ce type se rapportent les Poissons les plus éloignés les uns des autres con- sidérés dans l'ensemble de leur organisation, les Plagiostomes et les Marsipobranches, et môme les Pharyngobranches ; 2° Type des Acanthoptérygiens : squelette sans corpuscules osseux, excepté cliez les Tbons, composé d'une substance bomo- gène, ou bien ostéoïde, tubuleuse, souvent de yraie dentine. Dans ce type seraient rangés tous les Acantboptérygicns, moins les Tbons, les Anacantbiniens ou les Malacoptérygiens jugu- . laires, et parmi les Malacoptérygiens abdominaux les Scombré- socidés, les Esocidés, les Scopélidés, les Chauliodontidés, enfin les Plectognathes et les Lophobranches ; 3° Type des Ganoïdes : squelette ayant des corpuscules osseux, formé d'une substance osseuse analogue à celle qui se voit chez les vertébrés supérieurs. Cette structure se rencontre dans l'Es- turgeon, les Siluridés, les Cyprinidés, les Salmonidés, les Clu- péidés et les Thons [Tiouiies , Yarrell). {y. Yarrell, British Fishes, t. I, p. xxxvn ; P. Gervais, Hyperostose chez VJiomme et chez les animaux. Journ. Zool., 1875, t. IV, p. 446.) Dans certains Acanthoptérygiens, les os ont des cellules non ramifiées, à contours plus ou moins anguleux. Parfois, ainsi que le fait remarquer Leydig, les corpuscules osseux n'ont pas de ramifications, dans les bandelettes de « la suface intérieure des os pariétaux et frontaux ài\ Leuciscus ». (Ligeyd., Tr. Histolog., trad. franc., p. 175.) Les os ont généralement une teinte blanchâtre, parfois trans- parente, parfois tirant un peu sur le jaune; chez l'Orphie ils présentent une coloration \erdàtre. Le squelette est une charpente plus ou moins développée, composée de la colonne vertébrale, de la tète et des nageoires. 4 NOTIONS GENERALES. COLONNE VERTÉBRALE, ÉPINE DORSALE, nACIIlS, GRANDE ARÊTE DES POISSONS OSSEUX. C'est une longue tige allant de la tète à re?ctrémité du tronc, soutenant le corps, protégeant la moelle épinière. Elle est tou- jours, même chez l'Amphioxus, parfaitement distincte de la tête. La colonne vertébrale se compose de diverses parties quo nous allons étudier très-rapidement. CORDE DORSALE, NOTOCORDE. La corde dorsale est persistante chez les Poissons et se pré- sente sous trois formes différentes : elle est continue et régu- lière, arrondie ou plutôt très-légèrement fusiforme, effilée à ses deux extrémités: Amphioxns, Lamproie, Esturgeon, Chimère; elle est continue, mais plus ou moins rétrécie au niveau d'une cloison, ou bien au centre d'une vertèbre, de sorte qu'elle aurait, si elle était dégagée, l'aspect d'un chapelet ou d'un cylindre marqué de sillons transversaux : Poissons osseux, Notidaniens; enfin elle est interrompue au niveau du centre de chaque ver- tèbre : Sélaciens, Notidaniens exceptés. Cette différence dans la conformation de la corde dorsale provient soit du manque de segmentation dans l'axe rachidien, soit du développement plus ou moins complet du corps de la vertèbre. La corde dorsale s'avance sous la base du crâne qu'elle peut même dépasser, comme chez rAm}>hioxus; chez les autres Pois- sons, elle s'arrête au-dessous de la vésicule cérébrale moyenne ou centrale. Par suite du développement de la région crânienne, elle disparaît complètement chez les Plagiostomes et chez les Poissons osseux, mais elle persiste dans les Cyclostomes et l'Esturgeon. Chez l'Esturgeon elle est protégée par une plaque osseuse très-grande, qui est ouverte en arrière comme une espèce SQUELETTE. o de V; cette ptaqiic se prolonge plus loin que la ceinture scapu- laire; elle porte les premières côtes. Elle a été désignée sous le nom de pièce buccale par Agassiz qui la regarde comme le représentant du sphénoïde principal des Poissons osseux. (V. Agass., Poisfi. foss., t. II, pi. E.) La corde dorsale présente en arrière deux modes de termi- naison : 1° elle reste à l'état gélatineux et se montre sous forme d\ni prolongement plus ou moins cylindrique dépassant l'axe rachidien et appelé par Agassiz bâton cordai. (Agass. et Vogt^ Anat. Salm., p. 40, pi. E, fig. 17, d.) Ce mode de terminaison se rencontre chez quelques Malacoptérygiens ahdominaux : Alose, Brochet, Saumon, Cyprins. 2" Elle se termine dans la dernière vertèhre qui lui forme une espèce d'étui, urostyle de Huxley. Il nous reste maintenant à étudier la structure anatomique de la corde dorsale; nous examinerons la substance non soli- difiée ou la substance interne-, et l'enveloppe qui .présente beau- coup de variétés dans son développement. La substance interne de la corde est composée généralement d'un produit gélatineux maintenu par une trame de tissu cellu- laire plus ou moins abondant. Très-souvent des fibres de tissu conjonctif se détachent de la paroi interne de l'enveloppe de la corde dorsale et viennent en convergeant se rendre au milieu du canal, où ils forment une espèce de /^''^"^^ cordon, de ligament central. Cette dispo- sition se voit facilement chez l'Esturgeon. Chez les jeunes embryons et chez quel- (p|' ^'}.. ^- ] < ) y ques poissons adultes. Esturgeon, etc., la substance gélatiniforme de la corde est composée de cellules plus ou moins pig. i. — Cellula^ de la développées {//(/. 1). Les cellules sont corde dorsale d'un jeune .. , ,. ,, , Al fœtus d' Aiguillât com- ovoides ou arrondies; elles sont pales, ,„,„j (Acanthins vul^'a- le plus souvent avec un noyau brillant, lis). rond; quelques-unes de ces cellules ont i, coUuio isolée, grossie 1 „ • n • ' 200 fois. ^2, cellules réunies. deux noyaux, comme je lai remarque chez l'Ammocète. Elles sont chez ce poisson de dimension -/n ■ \; (; NOTIONS GÉNÉRALES, variable : les unes ont de 0""",040 à 0"'",050, d'autres de O^-'.Ol,^ à 0'"'",016 ; elles sont toutes d'une grande transparence. Sur un jeune fœtus d'Aiguillat les cellules sont rondes et mesurent 0°"",04o à0""",050, ou ovoïdes, et ont : longueur, 0'"'",045 ; lar- geur, 0"'",02o à 0'""',030; le noyau est très-clair. L'acide acé- tique fragmente le noyau et le détruit. Les cellules disparais- sent promptement chez l'Aiguillât, je n'en ai pas trouvé chez un fœtus qui était sur le point de naître, il n'y avait plus que des noyaux. Ces noyaux mêmes n'étaient pas très-nombreux, ils avaient perdu leur transparence et étaient devenus plus ou moins granuleux. Chez les Poissons adultes, surtout chez ceux dont l'axe vertébral est j>lus ou moins ossifié, il n'y a générale- ment plus trace de noyaux, il n'y a qu'une substance gélatini- forme au milieu d'un réseau de tissu conjonctif. Dans l'Am- phioxus il n'y a pas de cellules et le tissu conjonctif se présente sous une forme que nous décrirons plus tard. L'enveloppe de la corde dorsale est composée primitivement de tissu connectif qui devient plus épais, subit certaines modi- fications, peut même disparaître plus ou moins complètement, être remplacé par un tissu plus dense, osseux ou cartilagineux. Il m'a semblé voir dans l'Hexanche, à l'intérieur de l'enveloppe principale, une membrane plus mince qui formait les cloisons. L'enveloppe de la corde subit en général une segmentation, 1 ^ ^^ pjg 2. — Co- et chaque seg- f^Pf^^^lrt ' ^ ^^""c verte- ment devient myeou Grl- ^^^rp^ de ver- set (Heanchus tèbre. d ^ ^'«-W ^"''"'^- Que l'axera- l,]iortion de la ,1 " J' ^ . • i colonne vertébrale avec les (lia|)iii'aj;nies vus par transparence. ^ — 2, coupe (le la colonne vertébrale, vue de face. \\ç> soit l)as SC"'- V, paroi de la colonne vertébrale; d, diaphragme ; no., neu- , rapopliyse ; lia, liémapophyse ; c, cartilage crural ; /, cartilage mente, il porte intercrural. toujOUTS en dessus et en dessous des pièces appelées kmws vrrtébralcs, que nous étudierons lorsque nous décrirons la vertèbre prise isolé- ment. Mais, avant de passer outre, nous dirons quelques mois SQUELETTE. 7 do la colonne vertébrale des Notidanions. Chez rilexanehe, par exemple , Taxe central n'est pas formé de pièces séparées ; toutefois, quand il est desséché, il laisse \oir par transparence des cloisons ou des diaphragmes percés dans leur milieu. Le nombre de ces diaphrag;mes faciles à compter pourrait indiquer le nombre des vertèbres ; les cloisons sont disposées d'une façon régulière, et sur le frais elles sont plus épaisses à leur grande circonférence qu'à leur circonférence interne. La corde dorsale mise à nu présenterait donc une forme assez analogue à celle qu'elle montre dans les Poissons osseux. La cloison ou plutôt l'ouverture de la cloison indique le centre d'un corps de vertèbre non-segmenté. L'axe rachidien segmenté se compose de pièces appelées ver- tèbrrs, dont nous allons étudier la ~^^«e constitution. VERTÈBRES. Chaque vertèbre comprend cinq pièces : 1" un corps; 2" une paire de lames formant l'arc supérieur ; 3° une paire de la- mes formant l'arc inférieur. Fig. 3. — Vertèbre de Maigre {Scixiva aquila), vue i , de lyrofil; 2, de face. 1" Corps de la V, corps de la vertèbre ; 7ia, lame vertébrale supérieure ou neurapopliyse ; ne, apophyse ép'neuse supérieure ou iieurépine ; /m, lame vertébrale inférieure ou hémapo- vertèbre [Cycléal, physe ; he, apophyse épineuse inférieure ou hémépine -, 1^ -, as, apophyse articulaire supérieure et antérieure ; ns' , Geoffroy SaINT-Hi- apophyse articulaire supérieure et postérieure; ai, apo- Centrum pliyse articulaire inférieure et antérieure ; ai', apophyse ' " articulaire inférieure et postérieure. R.Owen).— 11 est biconcave dans tous nos Poissons ; il est inutile de le rappeler, le Lépidostée, que nous n'avons pas à étudier, fait exception à 8 NOTIONS GÉNÉRALES, cette règle, ainsi que de Blainville Ta démontré le premier en 183G : « Dans ce genre les vertèbres sont convexes à leur extré- mité antérieure. » (Note sur la forme des extrémités articulaires du corps des vertèbres, Blalnv., A/in. Anat. pJrijsiol., t. I, p. 139.) Le corps de la vertèbre est formé de diverses couches très- nettement distinctes chez la plupart des fœtus [fig. 4); il se développe surtout dans sa partie centrale, il circonscrit deux cavités coniques qui sont complètement closes chez les Séla- ciens, excepté les No- tidaniens, mais res- tent généralement en communication Tune avec l'autre dans les Poissons osseux, de façon que la partie interne de la vertèbre représente une espèce de sablier et ([ue la „. , ^ ^ „ 7 ^.i j corde dorsale se con- Fig. 4. — Segment d un corps de vertèbre ; grand fœtus d' Aiguillât commun (Acanthias vulgaris). tinue comme une Coupe verticale; grossissement modéré. sorte de chapelet. Les vertèbres ne sont pas toujours, comme on 1, tissu fibreux enveloppant le corps de la vertèbre; 2, tissu cartilagineux à cellules plus ou moins arrondies ; 3, tissu fibro-cartilagineux ; 4, couche interne de tissu cartilagineux à cellules allongées ; 5, fibres de tissu la- le dit, pcrcécs à Icur milieux ou conjonctif formant les mailles de la corde i ir» . dorsale; (5, corde dorsale avec quelques noyaux. CCnire Ctiez ICS 1 C- léostéens, il y a cer- taines exceptions. Le caractère différentiel qu'on a voulu établir sous ce rapport entre les vertèbres des Poissons osseux et celles des Plagiostomes n'a pas grande valeur. Le cycléal est parfois, à sa région tergale et à sa région ventrale, creusé de quatre cavités plus ou moins profondes et plus ou moins coniques; une coupe pratiquée sur le milieu de la vertèbre donne une figure à SQUELETTE. 9 peu près semblable à une croix de Malte dont les brandies trans- versales seraient toutefois beaucoup plus larges que les brandies verticales. Cette disposition est facile à voir dans certains Plagiostomcs, le Milandre, etc. ; les cavités sont remplies par un processus qui s'unit à chacune des lames vertébrales correspondantes, ou phi- lùt qui en est l'extrémité interne. Chez quelques Poissons osseux on trouve à peu près le nuhuc arrangement. Il est aisé de se convaincre (jue le processus est indépendant du cycléal : ainsi chez le Saumon, par exemple, à la région caudale les lames vertébrales et leurs processus sont en partie soudés au corps de la vertèbre, mais dans la région a])(l(tminale les lames verté- brales inférieures ou les bémapophyses sont simplement enfon- cées dans les cavités et ne sont pas unies au corps de la vertèbre par une substance osseuse; les lames vertébrales de l'extrémité postérieure du rachis sont maintenues en contact avec les cy- déaux par du tissu tibro-cartilagineux qu'on peut détacher au moyen de l'ébullition ou de la macération. 2" Lames vertébrales [Pièces périphériques de la vertèbre, Agass.). — Ces lames , ces pièces, même dans la Lamproie et l'Amphioxus, se développent toujours primitivement en dehors du corps de la vertèbre; ce n'est que par la suite de leur évo- lution qu'elles peuvent s'unir avec le cycléal d'une façon plus ou moins intime. Dans l'Amphioxus, le canal neural n'est en aucune manière formé par l'écartement des deux feuillets de la corde dorsale. a) Lames vertébrales supérieures, ou simplement lames verté- brales [Périal, Geoff. Saint-Hilaire ; Ncurapophyses, R. Owen; Apop/t t/ses sîfpérieures, Agxus. Auat. Salm.). — Ces pièces partent obliquement de la partie externe et supérieure du corps des vertèbres et constituent à la. moelle épinière un canal plus ou moins complet, appelé catuil neural, ou plus ordinairement canal vertébral, raclddien. Parfois les lames vertébrales, après avoir formé le canal rachidien, s'écartent, puis se rap- 10 NOTIONS GÉNÉRALES, prochont de nouveau et font ainsi un second canal qui est souvent traversé par un ligament fibreux (Esturgeon, Sal- mones), ou qui est seulement rempli de substance adipeuse, comme dans les Poissons inférieurs (Amphioxus, Lamproie). Quelquefois encore les lames vertébrales de la [iremière ver- tèbre s'écartent Tune de l'autre après avoir constitué la voûte du canal neural et restent séparées par une fente verticale dans laquelle s'enfonce l'extrémité de roccijtital supérieur, dans les Muges. Dans le Congre commun les lames vertébrales se dirigent obliquement de bas en haut et envoient chacune une lame osseuse qui forme la voûte du canal rachidien et le plancher du canal supérieur. La voûte du canal rachidien dépasse en avant les lames vertébrales et s'enfonce sous la lame de la vertèbre précé- dente. Les lames vertébrales sont simples chez les Poissons osseux; leurs bases sont tantôt larges et rapprochées les unes des autres, de sorte qu'elles forment par leur juxtaposition un canal rachi- dien complètement fermé, tantôt elles sont plus ou moins étroites, éloignées les unes des autres et laissent entre elles des espaces qui sont clos seulement par du tissu fibreux. Dans la Baudroie la lame vertébrale est percée d'un trou pour la sortie d'une des racines de paire nerveuse, un second orifice pour rémergence de l'autre racine se voit comme un trou de conjugaison entre deux lames voisines. Chez l'Esturgeon les lames vertébrales constituent à elles seules les parois du canal rachidien. Dans la plupart des Plagiostomes les lames vertébrales sont remplacées ou complétées par des pièces qui ont été étudiées et déterminées avec beaucoup de soin par J. Mûller. Ces pièces sont les unes paires, les autres impaires. Pièces paires ou lati'rales [Cartilages cruraux et intercruraux^ Muller). — Les pièces qui représententleslames vertébraleschez les Poissons osseux, ont été appelées par Mûller , crtr///ff^«- cruraux ; SQUELETTE. W elk's forment en (iiielque sorte les pilieis de la voûte ou de Tare vertébi'al; elles sont placées sur le corps des vertèbres au(jiie! elles sont généralement soudées. Les autres jtièces ne sont pas adhérentes au s: s. corps des ver- tèbres , elles sont j) o s é e s dans les inter- valles laissés entre les carti- lages cruraux, et ])our cette raison ont été Fig. :;. - Co- Intine verté- brale de Raie bouclée (liciia chivata). 1, i)oi'tion (le colonne verto- l)fale vue de pro- fil. V, vertèbre abdominale vue de face. 3, vertèbre caudale vue de face. V, corps de la vertèbre ; a. apophyse transverse , c, cartilage crural ; i, cartilage intercrural; a", cartilage surcrural; ss, carti- lage supérieur sujiplémentaire ; h, liéniapopliyse ; s«, cartilag(î inférieur supplémentaire. désignées sous le nom de ca/i/iaf/rs intcrcruraux; elles montrent parfois siu' le même animal, suivant la région, des différences très-gran- des dans leur forme, dans leur dimension, différences qu'il suf- lit de signaler et qu'il est d'ailleurs impossible d'indiquer dune manière précise. Les pièces latérales sont bien souvent dissemblables chez des espèces très-voisines. Ainsi dans l'Acanthias commun les car- tilages cruraux sont trapézoïdes, ils s'élèvent aussi haut que les intercruraux., et forment avec eux la voûte du canal neural, tandis que dans l'Acanthias de tîe Blainville, ils sont triangu- laires et moins hauts que les intercruraux, qui seuls se joignent sur la ligne médiane avec ceux du côté opposé pour constituer la paroi supérieure du canal rachidien. (V. Agass., Pois, foss., t. 111, p. :]G7. pi. XL,b,iig. 2-3.) Les cartilages cruraux et intercruraux sont généralement percés d'un trou ou parfois entamés d'une échancrnre pour donner passage à l'une des racines ou plutôt à l'un des nerfs d'une même paire rachidienne. Ces cartilages tantôt se rejoi- gnent sur la ligne médiane pour fermer le canal, tantôt res- tent séparés, et la voûte est complétée par une série de cartilages appelés surcruraux. 12 NOTIONS GÉNÉRALES. Pièces impaires [Cartilages siircruraux et Cartilages supérieurs supplémentaires). — Les cartilag-es siircruraiix ou intercalaires, [Cartilagines intercalares, Mi'LLERJ, se trouvent chez beaucoup de Plagiostomes; ils sont placés sur la ligne médiane, à rextrémité des cartilages pairs ou latéraux; ils ne représentent nullement des apophyses épineuses. Dans le Myliobate ils forment, par leur soudure plus ou moins complète, une longue plaque sur laquelle vient s'attacher l'aiguillon. Les cartilages supérieurs supplémentaires (A. Duaiéril; Pro- cessus spinosi superiores^ R. Molin) sont des pièces assez longues, qui sont isolées chez l'Ange et sont placées en avant de la pre- mière dorsale et dans l'intervalle qui sépare les deux nageoires. Des cartilages semblables se trouvent chez les Raies : dans la Raie bouclée, par exemple, ils constituent une série continue; ils ont leur extrémité libre ou supérieure élargie, creusée en fossette oblongue. Ces fossettes par leur juxtaposition forment une espèce de canal longitudinal. 1)) Lames vertébrales i)ifé rieur es [Paraed , Geoffroy Saint- Hilauie; Parapopjhyses, HémapopJnjses , Owen ; Apophyses trans- verses, Apophyses inférieures). — Agassiz [Anat. Salmones, p. 37) écrit « qu'il faut bien » les « distinguer des apophyses épineuses inférieures des animauv supérieurs, ainsi que des apophyses transverses. » Il est évident qu'il ne faut pas les confondre avec les apophyses épineuses inférieures des animaux supé- rieurs, mais la plupart des auteurs considèrent ces lames infé- rieures comme des apophyses transverses. Selon Agassiz [Poiss. foss., t. I, p. 104), il n'y aurait chez les Poissons d'apophyses transverses que dans les Pleuronectes. 11 est très-difficile d'ad- mettre cette manière devoir; en effet, ces prétendues apophyses trans verses sont des tubercules très-variables dans leur forme et leur dimension. Ces tubercules se rencontrent principale- ment sur le cycléal des vertèbres caudales. Ils manquent sou- vent dans la région abdominale, oii ils paraissent remplacés par des arêtes insérées sur le côté externe des parapophyses ou SQUELETTE. 13 apophyses transverses. Ils servent nniqiiement à des insertions musculaires et sont très-développés. Chez la Gardine [Pleuronectcs mrgasfomus), ils se présentent comme une série de lames aplaties, terminées en pointe ; chez le Turhot ils sont heaucoup moins grands. Dans ces poissons ils présentent des différences de longueur et de force : ils sont plus développés sur le côté oii se trouvent les yeux; c'est aussi le côté oii les masses musculaires acquièrent le plus grand volume. Ces tubercules donnent insertion aux muscles, ce sont évidemment des apoj)/n/srs musculairos. Chez la Sole, il y a hien en avant ([uelques apophyses [)artant des côtes et pouvant être prises pour des apophyses transverses. Mais il se produit dans cette circonstance un fait qui est très- manifeste chez le Congre. En elfet, dans le Congre commun les apophyses transverses sont doubles en avant, ou plutôt elles sont séparées en deux séries placées Tune au-dessus de l'autre. Les lames sont de forme différente; la lauie supérieure est mince, étroite, pointue, la lame inférieure est beaucoup plus large ; c'est une espèce de trapèze dont le bord externe serait le plus long. Pourquoi ce dédoublement de l'apophyse? 11 n'y a pas de côtes chez le Congre, c'est donc })our augmenter les points d'insertion musculaire. Dans l'Ophisure-serpentles tubercules ou apophyses musculaires sont d'une grande force à la région caudale. Dans la région abdominale les apophyses transv(>rses sont généralement assez peu dc'veloppées, parfois elles ne consistent qu'en tubercules plus ou moins enfoncés dans les cavités du corps vertébral (cycléal), comme dans les Salmones ; elles por- tent souvent une et quehfuefois deux tiges osseuses ou, si l'on veut, une côte et une arête insérées même assez loin l'une de l'autre, comme dans les MuUes ; parfois deux apophyses trans- verses sont réunies par une lame interosseuse qui foiine ainsi la paroi inférieure d'une espèce de canal très-court. A mesure que les apophyses transverses se [torteul vers la région caudale elles s'allongent et se rapprochent surtout par leur extrémité libre ; chacune des apo})hyses s'incline vers la l't NOTIONS GÉNÉRALES, ligne médiane et se soude avec la partie correspondante de l'apophyse du côté opposé. Ces apophyses soudées au-dessous du corps de la vertèbre constituent un canal appelé canal, con- duit Jiénial ou sanguin, qui contient la terminaison de l'aorte et la veine caudale ; parfois le canal est très-large en avant, il forme chez le Tacaud [Gâchis luscus) l'arrière-cavité de l'ab- domen. Les apophyses changent de nom, et, en raison de leurs rapports avec les vaisseaux sanguins, elles sont communément désignées sous la dénomination (ïhémapophyses. Cette difl'érence dans la forme et le développement des apophyses transverses ou inférieures permettra toujours de distinguer facilement les vertèbres qui appartiennent à la région abdominale de celles qui occupent la région caudale. Dans les Plagiostomes, les apophyses transverses présentent de très-grandes variations, que nous ne pouvons pas indiquer dune manière générale. Chez beaucoup de Squales, elles sont larges et donnent attache aux cartilages costaux, qui parfois sont enclavés entre deux apophyses. Dans les Rait^s^ ou plutôt dans la Raie bouclée, les apophyses transverses à la région abdomi- nale sont des lamelles assez minces dirigées d'avant en arrière et un peu obliquement de bas en haut; comme elles sont plus longues que le corps des vertèbres, elles s'imbriquent les unes sur les autres ; la pointe antérieure d'une apophyse s'en- fonce sous l'extrémité postérieure de la parapophyse de la ver- tèbre précédente et la pointe postérieure recouvre l'extrémité antérieure de la parapophyse de la vertèbre suivante. Ces apo- physes jouent en quelque sorte le rôle d'apophyses articulaires latérales. Dans la région caudale les apophyses transverses se redres- sent, leur extrémité inférieure se rapprochant de la ligne mé- diane : elles forment ainsi les parois latérales du canal hémal, qui est complètement fermé par des cartilages allongés, espèces de cartilages supplémentaires. Ces derniers cartilages ont, comme ceux de la région neurale, leur extrémité large, creusée en sil- lon. D'après Gegenbaur, (jui reproduit l'opinion de Carus,le SQrELETTE. i:> canal hémal chez les Plat^iostoines serait formé par des cotes ; cette manière de voir est inexacte. Il est difticile d'admettre une aussi grande dissemblance dans la formation du canal lié mal chez les Sélaciens et chez les Poissons osseux. Au reste, chez les Raies les apophyses transverses n'ont en aucune façon ra|)- parencc de côtes. Les neurapophyses et les hémapophyses se soudent généra- lement d'assez bonne heure au corps de la vertèbre et font comme une seule pièce ; cependant elles restent toujours plus ou moins distinctes chez quelques Poissons osseux, le Brochet, "les Salmones,les Chipes. Dans certains Poissons, Cyprins, Loches, Ophidies, Silures, les pièces des vertèbres antérieures restent séparées ; elles sont en rapport avec la vessie natatoire ; Weber les a considérées, chez les Cyprins, comme représentant les osselets de l'oreille. Ces pièces mêmes ont été désignées sous le nom d'osselets de Weber. Plusieurs anatomistes, Huschke en 1822, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire en 1824, ont démontré que ces osselets étaient une dépendance, faisaient partie du système vertébral. La description de Geoffroy Saint-IIilaire ne laisse aucun doute sur la signification anatomique de ces pièces. (Sur une nouvelle détermination de quelques pièces mobiles chez la Carpe , ayant été considérées comme les parties analo- gues des osselets de l'oreille, et sur la nécessité de conserver le nom de ces osselets aux pièces de l'opercule, Mémoires du Mî(- s:éum, 1824, t. X, p. 143.) Geoffroy Saint-Hilaire, sans avoir rien su du travail de Huschke, est arrivé à la même solution que le professeur d'iéna; il a reconnu sans conteste au docteur Huschke les droits à la priorité « de ces idées ». [Loc. cit., p. 200.) Baudelot a confirmé les opinions des anatomistes que nous venons de citer: il a repris ce travail et fait voir de nouveau que les osselets de Weber « sont des démembrements de l'arceau inférieur de deux vertèbres confondues entre elles. » (V. Milne-Edwards, Physiol. Anat. comp., t. X, p. 422, note 2.) Apophyses épineuses (Processus spinosiV — Très-rarement les 16 NOTIONS GÉNÉRALES, lames vertébrales portent, comme chez les vertébrés supérieurs, une tige appelée apophyse épineuse. Chez l'Esturgeon l'apophyse épineuse est indépendante des lames vertébrales; c'est assurément une pièce du squelette parfaitement distincte. Cependant chez les Téléosléens on donne le nom d'apophyses épineuses aux ex- trémités des neurapophyses et des hémapophyses, bien qu'elles soient souvent séparables dans toute leur longueur, ci même on les appelle, suivant l'arc vertélu'al auquel elles appartiennent, Neurépines, Hémépines, Eptial, Cataali^i. Geoff. Saint-Hilaire). Chez le Germon, les apophyses épineuses formant la carène de la queue sont très-larges, aplaties, appuyées sur le corps de la ver- tèbre suivante qu'elles retiennent sur les pièces sèches comme dans une espèce d'étau,sans aucun ligament. Quelques auteurs ont encore voulu faire entrer dans la composition de la vertèbre les osinterépineux, etc.; mais ces os appartiennent à l'endosquelelte normal, ils sont évidemment une dépendance du lophioderme. Apophyses articulaires. — Elles manquent chez beaucoup de Poissons; elles sont, quand la vertèbre est symétrique, au nom- bre de quatre paires, deux paires supérieures, deux paires infé- rieures. Les apophyses articulaires inférieures manquent assez souvent dans la région abdominale, Turbot. Les apophyses ou tubercules articulaires sont très-variables dans leur forme, leur dimension et leur direction; les tubercules d'une même paire sont plus ou moins séparés; parfois dans la région abdominale, chez la Carpe par exemple, les tubercules antérieurs sont soudés à leur sommet, tandis que les tubercules postérieurs sont com- plètement séparés l'un de l'autre. Les apophyses articulair(S viennent soit du corps de la vertèbre, soit des lames vertébrales. Les apophyses antérieures sont généralement plus développées que les postérieures ; })arfois les apophyses [taraissent toutes sy- métri(jues, dans la Sole, et se correspondent réciproquement. Articulation des vertèbres. — Elle se fait principalement et quel- quefois uniquement par le corps des vertèbres dont les bords cir- culaires, amincis, sont maintenus en contact avec les bords cor- SQUELETTE. 17 Tcspondants des vertèbres voisines par une substance lîbro-carti- lagineuse plus ou moins élastique ; elle se fait encore au moyen des apophyses articulaires. Ce mode d'articulation montre des rapports très-variables souvent dans le même poisson; chez le Turbot, par exemple, le côté interne de l'apophyse antérieure des vertèbres abdominales s'attache sur le côté externe de l'apo- physe postérieure de la vertèbre précédente, ce qui n'a pas lieu dans la partie postérieure de la région caudale ; les apophyses articulaires antérieures de la région abdominale sont portées plus en dehors que les apophyses postérieures, vers la nageoire caudale les apophyses sont placées sur le même plan. Dans la Morue, les apophyses articulaires antérieures s'appliquent par bnir facette inférieure sur la facette supérieure de l'apophyse arti- culaire postérieure de la vertèbre précédente (région abdominale). Chez les Plagiostomes les vertèbres sont articulées aussi avec les pièces qui forment soit le canal neural, soit le canal liélnal. Dans les Lophobranches les vertèbres sont attachées par des apophyses aux parois du dcrmosduelctte ; parfois les apophyses épineuses sont serrées les unes contre ou dans les autres. Dans certains Poissons les vertèbres antérieures sont plus ou moins soudées les unes aux autres; chez les Raies elles sont envelop- pées par une substance cartilagineuse ; mais on peut toujours, en comptant les trous qui donnent passage aux nerfs, connaître exactement le nombre des vertèbres. Dans les Chimères, la partie antérieure de la colonne verté- brale est entourée par une pièce lisse qui ne laisse voir aucune trace de division, aucune strie annulaire. Au-dessus de cette pièce s'en montre une autre d'une apparence très-singulière; eWe est assez haute, elle a sa partie supérieure creusée dans le milieu et relevée en avant et en arrière ; elle est évidemment formée par la réunion des lames vertébrales ; elle est unie au €ràne par deux surfaces articulaires semblables à celles que pré- sente la première vertèbre de certains Poissons osseux, Maigre, Muge, etc. ; à sa base elle est percée de trous pour le passage des nerfs rachidiens. Son apophyse postérieure, qui est plus déve- -s^- ■-=6-,^- LIBRAR 18 NOTIONS GÉNÉRALES, loppce que l'autre, donne attache à l'aiguillon et à la partie anté- rieure de la première dorsale. 3° Forme, dimension, structure. — Les vertèbres présentent dans leur forme, dans leur dimension, dans leur structure de très-grandes différences, qu'il est impossible de faire connaître, à moins d'entrer dans le domaine de l'anatomie comparée. Le cycléal peut être plus ou moins circulaire, comprimé, ou aplati et très-large ; il peut être lisse ou rugueux, creusé de ca- vités ; il est souvent moins développé, plus étroit dans les pre- mières vertèbres ; il montre une structure très-variable souvent dans les poissons d'un même ordre. Ainsi chez quelques poissons osseux, chez la Baudroie, il est composé d'un tissu qui prend une apparence fibreuse, chez le Lompe il est comme papyracé, il ne contient par conséquent que très-peu de sels calcaires. Les vertèbres offrent encore des différences considérables dans leur nombre ; elles sont peu nombreuses chez les Plectognathes en général, dans la Môle commune il y en a dix-sept en tout ; dans l'Anguille on en compte cent quinze environ et trois cent soixante-quinze dans le Renard [Alopias Vidpes). Les vertèbres, suivant la région qu'elles occupent, sont distinguées en abdomi- nales et en caudales. Pour indiquer le nombre des vertèbres de chaque région, il est d'usage d'employer le signe -J- comme indice de séparation ; ainsi dans la Môle commune qui a dix-sept vertèbres, nous venons de le dire, on écrira 9 -|- 8, et on lira neuf vertèbres abdominales, huit vertèbres caudales. Il est parfois nécessaire, pour distinguer des espèces voisines ou pour éviter de faire des espèces nouvelles, de connaître d'une manière très-exacte le nombre de vertèbres de chaque région. TÊTE. La colonne vertébrale se termine en avant par le crâne, espèce de boîte plus ou moins large qui loge la partie renflée du système nerveux central. Le crâne et le cerveau se trouvent chez tous les vertébrés sans exception, chez l'Amphioxus même ; NAGEOIRES. 19 ils se montrent toujours distincts de la colonne vertébrale et de la moelle épinière ; il n'y a pas d'Acrànien dans la classe des Poissons, nous l'avons déjà démontré (V. Compt. rend. Acad. Scienc, 1870, t. LXX, p. 1006). Nous reviendrons encore sur cette question lorsque nous étudierons lAmphioxus. La structure et la composition du crâne présentent de très- grandes différences chez les Poissons; le crâne peut être plus ou moins fibreux, cartilagineux et formé de pièces complètement soudées ensemble comme dans les Plagiostomes ; il peut être osseux et formé de pièces distinctes, en général très-nombreuses, comme dans les Téléostéens. Nous décrirons le squelette de la tête, ses modes d'articulation avec la colonne vertébrale quand nous ferons l'histoire des ordres divers qui constituent notre Faune ichthyologique. COTES, PLEURAPOPHYSES, R. Owen. Les côtes sont généralement portées sur les apophyses trans- verses, elles sont très- rarement attachées directement sur le corps de la vertèbre. Les cartilages costaux sont ordinairement peu développés chez les Plagiostomes, surtout dans les Raies, les Torpilles ; ils sont relativement assez grands chez les Roussettes. Ils manquent complètement dans les Chimères. Les Sturioniens (Ganoïdes) sont pourvus de côtes assez grosses, assez longues. Chez les Téléostéens, les côtes manquent dans nos Lophobranches, dans certains genres de Plectognathes, Lago- céphale. Môle. Les Chorignathes sont presque toujours munis de côtes bien développées, toutefois les Baudroies en sont dépour- vues. Les vrais Apodes, le Myre excepté, n'ont pas de côtes. Les Marsipobranches et les Lcptocardiens manquent de côtes. NAGEOIRES. Les nageoires soutenues par des pièces squelettiqiies sont ou les homologues des membres des vertébrés supérieurs ou des organes complètement nouveaux qui ne se rencontrent que dans la classe des Poissons. Elles sont paires ou impaires. 20 NOTIONS GÉNÉRALES. Nageoires paires. — Ces nageoires manquent complètement dans l'Amphioxiis et dans les Cyclostomcs, elles manquent encore chez quelques Apodes, Murènes, et dans la sous-famille des Néro- phiniens parmi les Lophobranches. Elles ont été appelées pec- torales ou ventrales suivant qu elles représentent l'extrémité des membres antérieurs ou postérieurs des autres vertébrés, mais la structure en est complètement différente. En effet, ces nageoires sont formées de pièces juxtaposées, qui le plus souvent se divisent et se subdivisent en pièces secondaires et ne rappellent en au- cune façon l'organisation d'une main ou d'un pied. Pectorales [Pleuropes, C. Duméril). — Elles sont soutenues par une série de pièces formant une espèce d'arc ou de ceinture qui en raison de ses rapports est appelée cemtiire scapidaire . L'extré- mité supérieure de cet appareil est libre dans les Squales; elle est attacbée à la colonne vertébrale cbez les Raies, et au crâne chez la plupart des Poissons osseux. Les pectorales sont généralement plus développées que les ventrales ; elles acquièrent ])arfois de très-grandes dimensions, elles semblent transformées en espèces d'ailes qui servent puis- samment cà la natation dans les Raies, ou même au vol chez les Dactyloptères, les Exocets. Elles présentent quelquefois des di- visions plus ou moins profondes dans les Triglidés. Le mode d'insertion des pectorales indique le sens des mou- vements qui peuvent être exécutés ; dans la plupart des Poissons osseux ces nageoires ont leur articulation perpendiculaire à l'axe du corps, elles devront se mouvoir dans un plan horizon- tal, d'avant en arrière ; dans les Sélaciens et surtout dans les Raies, elles ont leur articulation parallèle à l'axe du corps, elles devront se mouvoir dans un plan vertical ou de haut en bas. Ventrales [Catopes, C. Duméril). — Elles sont articulées sur les os du bassin, os généralement assez peu développés et ne for- mant une ceinture pelvienne que chez les Plagiostomes. La position des ventrales est relativement fixe chez les Plagios- tomes, elle ne change que par rapport à la première dorsale, NAGEOIRES. 21 mais elle est toujours en arrière de l'insertion des pectorales. Dans les Poissons osseux, au contraire, leur position est assez variable; les ventrales peuvent être insérées en avant, au-des- sous ou bien en arrière des pectorales. Ces nageoires présentent des différences parfois très-grandes dans leur forme, dans leur développement, elles peuvent être réduites à une écaille, une épine, Lépidope, etc.; elles peuvent être excessivement longues, Anthias [Antliim sacrr) ; elles peuvent être soudées Tune à l'autre, dans les Gobioïdés, et constituer même avec les pectorales un large disque, Lépadogasters. Elles sont moins constantes que les pectorales, elles n'existent pas naturellement dans les vrais Apodes et dans certains poissons osseux, Espadon, Ophididés, etc., qui ne sont que de faux Apodes ; elles manquent dans tous nos Lophobran- ches. La position variable des ventrales, leur absence, comme nous le verrons plus tard, ont fourni à Linné la base de sa classification des Poissons ou plutôt des Poissons osseux. Nageoires impaires ou verticales. — Outre les nageoires paires qui rentrent dans le plan général des vertébrés, il y en a d'autres qui sont pour ainsi dire hors cadre. Les nageoires verticales ont été regardées par de Blainville comme un repli de la peau que cet anatomistc a désigné sous le nom de Lophioderme . (Blainv., Anat.comp.^ p. lo9.) Cette expansion cutanée, supportée par un squelette plus ou moins développé, est assurément le signe carac- téristique de l'organisme des Poissons; elle se rencontre parfois, mais toujours dépourvue de soutien squelettiquc chez quelques Batraciens. Le Lophioderme peut rester continu comme dans les Con- gres, les Anguilles; alors les nageoires impaires sont dites unies^ ou bien il est interrompu comme dans la plupart des Poissons, et les nageoires verticales sont séparées par des intervalles plus ou moins grands. Les nageoires impaires sont désignées, suivant la région qu'elles occupent, sous les noms de dorsale, anale, caudale ou épiptère, hypoptcre, uroptère, C. Duméril. Elles peuvent toutes manquer, 22 NOTIONS GÉNÉRALES, comme dans noire Pastenague commune, ce qui est un cas ex- cessivement rare. A part la caudale qui est toujours unique, les autres nageoires peuvent varier en nombre , elles sont simples ou multiples, il y a une, deux ou trois dorsales, une ou deux anales. Chacune des nageoires est alors appelée suivant son rang d'ordre : 1", 2" et 3" dorsale, V%^' anale. Les nageoires impaires sont toujours soutenues par des pièces solides, pièces soit ajoutées au squelette normal dépendantes par conséquent dudermosquelette, soit fournies par des processus de l'endosquelette. Ces pièces ont généralement le caractère du squelette lui- même; elles sont cartilagineuses ou osseuses, suivant le type de l'ordre auquel appartient le poisson. Dans les Poissons il n'y a pas, nous l'avons dit plus haut, de nageoires impaires sans sou- tien, excepté peut-être chez les Salmonidés que C. Duméril avait appelés Drr?noptères, à cause de leur petite nageoire adipeuse. La sous-classe des Dermoptères admise par quelques auteurs et renfermant l'Amphioxus et les Cyclostomes n'existe pas en réalité ; dans les Lamproies les rayons des nageoires sont assez forts, ils se bifurquent deux fois, ils sont par conséquent ramifiés, mais non articulés; ils sont toujours cachés sous la peau. Quoi qu'on fasse, il est impossible de démontrer que ces nageoires ne sont pas sou- tenues par des rayons. Que ces rayons ne soient pas fournis par le dermosquelette contrairement à la théorie, peu importe. Dorsale {Epiptère, C. Duméril). — Elle est simple ou multiple, elle existe presque toujours : parfois elle subit c^e singulières modifications. Ainsi dans l'Echénéis, la première dorsale est transformée en un disque servant à fixer l'animal ; elle a ses rayons complètement cachés sous la peau dans le Cycloptère Lompe ; elle les a séparés les uns des autres dans l'Epinoche ; ou bien encore, ses premiers rayons sont complètement éloignés des autres : ils sont, chez la Baudroie, portés sur le crâne fort en avant, ils s'allongent eu filaments mobiles, en véritables tentacules. La dorsale est, nous l'avons déjà indiqué, toujours NAGEOIRES. 23 soutenue par un squelette plus ou moins solide ; les pièces de ce squelette présentent de très-grandes différences suivant qu'on les examine dans tel ou tel ordre. Chez les Poissons osseux, elles sont mobiles et articulées sur les interépineux que nous étudie- rons plus tard. Chez les Plagiostomes les véritables interépineux manquent à toutes les nageoires impaires, qui sont en général peu ou pas mobiles. Chez les Squales la dorsale est un organe servant à maintenir l'équilibre du corps, elle est, ainsi que l'anale, le plus souvent portée sur trois séries de cartilages placés bout à bout. Cer- tains Squales, les Spinacidés, ont un aiguillon à chaque dorsale. Anale [Hypoptère, C. Duméril). — Elle ne subit pas des modi- fications aussi nombreuses que la dorsale, elle présente à peu près la môme composition, elle est simple ou multiple. Elle est quelquefois précédée d'une petite nageoire épineuse, Caranx, etc. Elle manque dans plusieurs familles de Squales, Spinacidés. etc., dans les Raies, dans les Nérophiniens parmi les Lophobranches, dans quelques Chorignathes. Caudale [Uroptère, C. Duméril). — La caudale manque rarement chez les PlagioStomes, excepté dans nos Céphaloptériens ; elle est quelquefois réduite à un repli de la peau et semble plutôt, chez les Raies, un prolongement de la deuxième dorsale qu'une vraie caudale ; elle manque parmi les Poissons osseux, chez plusieurs Lophobranches, Hippocampiniens, Nérophiniens, chez le Trichiure, l'Ophisure-Serpent, etc. Elle montre des formes très-variées, elle peut dans la môme espèce être arrondie chez les jeunes, fourchue dans l'adulte, Baliste. Les différences de forme tiennent à plusieurs causes. Ainsi l'extrémité de l'épine n'éprouve aucune déviation, elle reste dans l'axe horizontal, et quand elle se trouve ainsi placée au milieu de la nageoire le poisson est diphi/cerque ; quand, au contraire, elle se relève et qu'elle est placée au-dessus du centre de la nageoire, le poisson est Jiétérocerque. Mais parfois, bien que l'axe de la colonne ver- tébrale soit relevé à son extrémité, la nageoire reste symétrique, 24 NOTIONS GÉNÉRALES, parce que les supports inférieurs se développent plus que les autres, le poisson est homocerque. Il vaudrait beaucoup mieux dire : caudale symétrique ou non symétrique. Du reste, il ne faut pas accorder au mode d'insertion de la caudale autant d'im- portance qu'on l'avait supposé. D'après Van Beneden : « Les embryons des Plagiostomes sont d'abord parfaitement homocerques. » (V. Van Bened. Dévelop. queue Plag. Ann. Se. Nat., 1861, t. XV, p. 125.) La caudale présente de très-grandes différences dans son mode d'insertion, dans ses rapports avec la colonne vertébrale ; elle ne peut guère être comparée chez les Plagiostomes et chez les Poissons osseux. Dans les Plagiostomes, elle s'étend parfois sur une très-longue partie du corps : chez le Benard, par exemple, elle est à peu près égale h. la moitié de la longueur totale ; dans la Chimère, elle cesse avant d'atteindre l'extré- mité du rachis, et chacun de ses lobes, suivant la position qu'il occupe, pourrait être considéré comme une dorsale ou bien comme une anale ; le filament caudal est en réalité la termi- naison de l'axe vertébral. Chez les Poissons osseux, au con- traire, la caudale est terminale, elle s'insère uniquement sur l'extrémité du rachis, elle n'a de rapports qu'avec un très-petit nombre de vertèbres et parfois avec la dernière seulement, chez la Baudroie ; ses rayons médians sont parallèles à l'axe du corps, bien entendu quand il n'y a pas de déviation accidentelle comme dans les Trachyptères. SYSTÈME MUSCULAIRE Coloration des muscles. — Structure d^s fibres musculaires. Les muscles sont en général plus ou moins pâles chez les Poissons; cependant ils peuvent présenter, même chez des espè- ces très-voisines les unes des autres, une difiérence de coloration très-sensible : ainsi chez le Thon la chair est rouge, tandis qu'elle est blanchâtre dans le Germon ; et dans les Basses-Pyrénées SYSTÈME MUSCULAIRE. 2H chacun de ces animaux est désig-né sous le nom de Thon rouge ou de Thon blanc suivant hiteiutc de sa chair. — Chez le Saumon la chair est d'une coloration particulière qui a gardé le nom de cette espèce si recherchée. — Les muscles des nageoires sont presque toujours plus rouges que les grands muscles latéraux; Je fait paraît à peu près général chez les poissons osseux. Chez les Téléostéens souvent encore entre le faisceau supérieur et le faisceau inférieur formant le muscle latéral, se trouve un muscle d'une couleur beaucoup plus rouge, beaucoup plus foncée. — Ce muscle a été regardé par C. Vogt comme un mus- cle cutané ; il a la forme de deux pyramides triangulaires lon- gues et étroites, unies parleur base ; il est beaucoup plus mince à chacune de ses extrémités, et souvent disparaît avant d'attein- dre la tète et la caudale. Ses fibres, ainsi que le fait très-juste- ment remarquer C. Vogt, sont ditTérentes de celles que présente le muscle latéral, (V. Agass. et \ogt., A?uU. Salm., p. 60.) Des muscles rouges se voient aussi dans les Plagiostomes. Le D' Ranvier a reconnu que chez les Raies, les muscles rouges « ont des faisceaux beaucoup plus minces que les blancs. » (Ranv., Histol. Compt. rend. Acad. Scioïc, 1873, t. LXYII, p. 1030.) Les Poissons, comme les autres vertébrés, ont leur système musculaire composé de fibres striées et de fibres lisses ou fusi- formes ; mais chez eux il est facile de voir les fibres lisses se mo- difier et se transformer en fibres striées. — Le noyau disparaît peu à peu et les stries se montrent en nombre d'abord très-petit ; les fibres, intermédiaires en quelque sorte, n'ont parfois qu'une, deux, trois ou quatre stries. — J'ai constaté la présence de ces fibres dans le muscle de l'œil du Germon. Dans le Leptocéphale ou larve du Congre commun on trouve des fibres musculaires fusiformes avec une strie unique placée au milieu de la partie renflée, faisant l'image d'un cercle reliant la base des cônes. Contractilité. — La contractilité musculaire persiste beau- coup plus longtemps chez les Poissons que chez les autres ver- tébrés : le fait est très-facile à constater sur l'Anguille par 26 NOTIONS GÉNÉRALES, exemple ; des tronçons du corps complètement séparés et même dépouillés se contractent après un certain temps, soit qu'on irrite directement les muscles, soit qu'on excite la moelle. Le cœur isolé, sorti du péricarde, peut battre plusieurs jours à la con- dition d'être maintenu à une température assez basse. Si la température est élevée, les contractions cessent bien plus vite; j'en ai fait assez souvent l'expérience. Mîtscles du tronc, muscles latéraux. — Deux muscles très- développés couvrent à peu près entièrement les côtés du corps, ils ont été appelés, par (j^owan, musc les latéraux, ei grands muscles latéraux du tronc, par Cuvier. Ces muscles s'étendent depuis la tête et la ceinture scapulaire jusqu'à la caudale; ils montrent suivant les animaux certaines difîérences de formes qu'il est im- possible d'indiquer. Nous les décrirons comme ils se présentent chez beaucoup de Pojssons à corps arrondi et allongé. D'après la plupart des auteurs, il n'y a de chaque côté qu'un seul muscle latéral ; il nous semble préférable de voir à droite et à gauche un muscle double qu'on peut désigner, suivant la position qu'il occupe, sous le nom de muscle latéral supérieur ou dorsal et inférieur ou abdominal. En effet, chez les Syngnathes par exemple, de chaque côté le muscle est séparé en deux par un prolongement des apophyses latérales des vertèbres, ce qui est très-nettement marqué dans la région caudale. Dans les au- tres Poissons, il y a entre les deux muscles d'un même côté une série de tendons et une aponévrose plus ou moins développée. Chacun de ces muscles est séparé dans la région dorsale et dans la région abdominale de celui du côté opposé par les mus- cles des nageoires, par les muscles grêles de Cuvier, par la co- lonne vertébrale et ses apophyses, par les interépineux ou le support interne des nageoires, et en outre dans la région abdomi- nale proprement dite par les côtes quand elles existent et par la cavité abdominale. Les muscles latéraux sont symétriques, ce qui est manifeste surtout dans la région caudale, ils sont con- stitués pour ainsi dire par une série démuselés transversaux qui SYSTÈME MUSCULAIRE. 27 sont en nombre égal à celui des vertèbres et sont réunis par des aponévroses et du tissu conjonclif. Ces muscles transversaux ou segments musculaires ont été désignés par divers anatomistes sous les noms de Myocommes (Myocommas) ou de Mf/otomcs; R. Owen fait remarquer avec raison que l'expression de Myocom- ma est préférable à celle de Myotome. Les muscles, ou plutôt les faisceaux musculaires transversaux, soit dans la région dorsale, soit dans la région ventrale, sont disposés d'une façon très-régu- lière ; ils forment un angle ouvert en avant et paraissent ainsi emboîtés les uns dans les autres. La partie du faisceau transverse qui s'insère sur la colonne vertébrale ou la partie interne est ordinairement plus épaisse que la partie externe ; elle est con- vexe dans sa région antérieure, concave dans sa région posté- rieure ; c'est justement le contraire pour la partie externe qui est concave en avant, convexe en arrière ; elle est moins épaisse que la partie interne. Les muscles latéraux dun môme côté sont à peu près symétriques dans la région caudale ; mais dans la ré- gion abdominale le muscle latéral inférieur est plus développé que le muscle supérieur. Les muscles latéraux sont parfois plus développés d'un côté que de l'autre : ainsi chez les Pleuronectes les muscles du côté coloré sont ordinairement plus épais que ceux du côté pâle ; il est facile de vérifier le fait sur les Soles, les Turbots. Cette différence dans le dé- veloppement des muscles lient évidemment au mode de natation. Il est inutile d'insister longuement sur l'usage des muscles latéraux; leur disposition, leur insertion sur la colonne verté- brale indiquent qu'ils agissent tantôt comme fléchisseurs, tantôt comme extenseurs, etim])riment au corps ces mouvements alter- natifs d'un côté et d'nii autre, mouvements qui servent à la pro- gression de l'animal. Le système musculaire chez les Raies présente dans sa dispo- sition certaines différences que nous allons indiquer rapidement, différences qui ne sont pas aussi grandes. que l'avaient pensé la plupart des anatomistes. Nous dirons même que le plan muscu- laire n'a éprouvé que des modifications assez légères, résultant de 28 NOTIONS GÉNÉRALES, la forme do l'animal, et que les parois de rabdomen présentent la même constitution que chez la plupart des Poissons à corps arrondi. En effet, il y a de chaque côté deux muscles latéraux qui s'insèrent en avant à la tête et à la ceinture scapulaire. Le muscle latéral supérieur est formé par Vépincux du dos et le lo7ig dorsal; le muscle latéral inférieur se compose du sacro-lombaire et du muscle ahdomincd : voilà donc les quatre faisceaux muscu- laires qui se rencontrent dans le tronc des Téléostéens. Mais il ne faut pas oublier que le mode de conformation chez la Raie diffère de celui des Poissons osseux ; la queue est excessivement grêle, elle cache un appareil électrique, elle est nettement sé- parée du tronc par la ceinture pelvienne ; les muscles latéraux ne devront pas naturellement s'y trouver dans les mêmes conditions que chez les Poissons à corps arrondi, régulier, manquant de ceinture pelvienne. Le faisceau supérieur (épineux du dos) du muscle latéral supérieur ou dorsal se continue, comme chez les Téléostéens, de la tête à l'extrémité de la queue, mais le faisceau inférieur (long dorsal) n'arrive que sur le tiers antérieur de la queue. Quant au muscle latéral inférieur ou ventral, il a son faisceau supérieur (sacro-lombaire) qui s'étend, comme l'écrit Ch. Robin, de l'occiput au premier tiers de la queue. Cuvier, n'ayant pas reconnu la nature de l'appareil électrique qui scmhle continuer le faisceau musculaire, avait pensé que « le sacro-lombaire règne tout le long de l'épine, » « qu'il forme le muscle latéral de la queue. » (V. Cuv., Anat. comp., t. I, p. 308.) Le faisceau inférieur (muscle abdominal) du muscle ventral va s'unir sur la ligne médiane à celui du côté opposé, et vient ensuite se fixer sur la ceinture pelvienne. Il est donc séparé des muscles de la queue par une barre perpendiculaire à l'axe du corps; c'est là que va commencer la principale différence qui existe entre les muscles latéraux des Téléostéens et ceux des Raies. A la ceinture pelvienne, sur le côté externe, s'insère un muscle, muscle latéral de la queue, Robin, qui se termine un peu en avant du sacro-lombaire. Sur le pubis s'insère, en dedans SYSTÈME MUSCULAIRE. 29 du muscle précédent, le luuscle pubio-caiidal, Roiîin, isc/iio- coccf/f/ien, Cuvier : il est assez développé et plus ou moins con- fondu avec le muscle fléchisseur de la queue, Cuvier, muscle épineux caudal inférieur, Robin. Ce dernier muscle naît de la face antérieure de la colonne vertébrale, il passe au-dessus ou plutôt en arrière de la ceinture pelvienne et vient se terminer à l'extrémité de la queue. Il est formé en avant de deux faisceaux musculaires, l'un venant de la ceinture pelvienne, le pubio-cau- dal, Robin, et l'autre de la colonne vertébrale ; il représente donc la partie postérieure du faisceau latéral inférieur des Pois- sons osseux, tandis que le muscle abdominal en représente la partie antérieure. En résumé, cbcz les Raies, la queue à partir de son tiers anté- rieur ne renferme plus de chaque côté que deux faisceaux mus- culaires : le supérieur et l'inférieur ; les deux faisceaux moyens ne se continuent pas comme chez les Téléostéens. Dans les Poissons qui ont une ceinture pelvienne, les fibres antérieures du faisceau musculaire inférieur et postérieur viennent en grande partie de la face antérieure de la colonne vertébrale. Outre les muscles latéraux, on trouve encore chez beaucoup de Poissons les muscles suivants : Muscles (jrèles supérieurs et inférieurs du tronc, Cuv. Muscle de la carène du dos et de la queue, Gouan. — Ils sont symétriques et placés dans l'intervalle que laissent entre eux les muscles latéraux aussi bien dans la région dorsale que dans la région ventrale ; les muscles grêles sont interrompus au niveau des na- geoires, ils sont variables dans leur nombre suivant la disposi- tion des nageoires, il y en a une, deux ou trois paires; mais si les nageoires sont très-rapprochées, ou même si les nageoires impaires sont longues et réunies, ces muscles sont très-réduits et paraissent môme compléteuKîut manquer. En tout cas, ils ne sont jamais bien développés. Muscle rouge ou cutané de C. Vogt. — Il est inutile de reve- nir sur la disposition et l'anatomie de ce muscle. 30 NOTIONS GÉNÉRALES. LOCOMOTION Lalocomotion s'opère de différentes manières, suivant la forme du poisson, suivant aussi la disposition de certains organes. 11 n'entre pas dans notre plan de discuter les différentes théo- ries qui ont été émises sur la natation. Chez la plupart des Poissons à corps fusiforme, à dos et à ventre plus ou moins tranchants, la natation se fait au moyen de la queue, rame puis- sante qui, pourvue de muscles développés, exécute des mouve- ments alternatifs à droite et à gauche. Quand la queue est portée d'un côté de l'axe du corps, la tète suivant Borelli serait portée du côté opposé. Ce n'est pas l'opinion de Bell Pettigrew [Loco- motion chez les animaux, trad. franc., p. 92-93). D'après le physiologiste anglais, il a raison dans la plupart des cas, la queue et la tête sont toujours portées du môme côté, le corps entier forme un arc de cercle plus ou moins prononcé, et la lo- comotion se fait suivant la concavité de l'arc : c'est, en effet, ce qui a lieu quand l'animal exécute de grands mouvements; mais, quand il fait des mouvements peu énergiques et assez lents, la queue seule est portée à droite, à gauche, et la partie anté- rieure du tronc reste, ainsi que la tête, dans l'axe du corps. Cer- tains Poissons, les Coffres, sont enfermés dans une carapace plus ou moins complète et n'ont de libre, excepté les nageoires, que l'extrémité postérieure du corps; ils se servent de leur queue comme d'une godille. Les poissons très-allongés et très-flexibles, les Congres, les Anguilles, la plupart des Squales, forment avec leur corps plusieurs courbes, deux au moins figurant une S, que Pettigrew appelle « courbes céphalique et caudale à cause de leurs positions respectives.» (Pettigrew, loc. cit., p. 96; fîg. 32, p. 95.) Chez les Poissons plats, les Pleuronectes, qui, par suite d'une torsion singulière, ont le dos et le ventre dans un même plan ho- rizontal, la natation se fait au moyen de mouvements ondula- toires ; la queue ne frappe jamais l'eau de droite à gauche, mais LOCOMOTION. 31 de bas en haut, ou de haut en bas, les courbes ne sont plus laté- rales, elles sont verticales. Le rôle des pectorales est très-variable ; ces nageoires, qui ser- vent pour le recul principalement, ne sont pas souvent employées pour la progression par les Poissons (pii jouissent d'une grande vitesse ; ainsi les Muges nagent, quand ils sont poursuivis, en appliquant leurs pectorales contre le corps. Quelques pois- sons de nos eaux douces, les Epinoches, se servent quelquefois uniquement de leurs pectorales qui exécutent des mouvements de torsion très-faciles a suivre. Chez les Poissons qui ont le corps relativement court et très- large, la queue à peu près nulle ou excessivement grêle, comme les Raies, les Céphaloptériens, ce sont les pectorales qui exé- cutent les mouvements de locomotion, mais alors il n'y a plus une véritable natation, c'est plutôt une espèce de vol dans un milieu plus dense que l'air. Il est curieux d'examiner surtout les évolutions des Pastenagues, des Myliobates, comme on peut le faire par exemple dans les grands bassins de l'aquarium d'Ar- cachon. L'Ange paraît avoir un mode de locomotion mixte, il a des pectorales développées et une queue grosse et vigoureuse. Le vol peut encore s'exécuter hors de l'eau, grâce à l'énorme étendue des pectorales qui se remarque chez les Dactyloptères, les Exocets, et a fait donner à ces poissons le nom de Poissons volants. Comment agissent les pectorales de ces animaux? Sont- elles de simples parachutes, des appareils de soutien immobiles, ou bien exercent-elles des mouvements plus ou moins renouve- lés comme les ailes de l'oiseau? D'après Pettigrew, « le vol du poisson volant » est un vol glissant, « le poisson transportant dans l'air la vitesse acquise par de vigoureux coups de queue dans l'eau, disposition qui le dispense en grande partie de battre les ailes, agissant ainsi par une action combinée de parachute et de coin. » (Pettigrew, loc. cit., p. 137.) La plupart des auteurs, Pettigrew, etc., croient que les nageoires pectorales ne sont pas des organes passifs, qu'elles agissent « comme de véritables ailes » . :i2 NOTIONS GÉNÉRALES. M. de Tessan a constaté le battement des ailes dans ces animaux. (V. M. Edwards, loc. cit., t. XI, p. 90 note ; de Tessan, Voyage au- tour du monde sur la frégate \i\N(in\\?,, Physique, t. V, p. 149-256). Swainson « rapporte ce fait important que le poisson volant peut changer son parcours après avoir abandonné l'eau, ce qui prouve d'une manière satisfaisante que les nageoires ne sont pas sim- plement des organes passifs. » (Pettigrow, loc. cit., p. 138.) Les Lophobranches emprisonnés dans une cuirasse peu mo- bile latéralement, ayant une queue très-grêle souvent dépourvue de caudale, ne peuvent se mouvoir qu'au moyen des nageoires ou même d'une nageoire, la dorsale qui reste seule aux Néropbi- nicns. La dorsale a des rayons nombreux et indépendants, elle exécute des mouvements ondulatoires en général très-rapides, assez difficiles à suivre, elle peut suffire seule à la locomotion; quelquefois les Hippocampes, les Syngnathes se servent des pec- torales pour modifier, changer leur direction, pour tourner par exemple en montant. Pendant la locomotion, la queue est en- roulée chez les Hippocampes, droite dans les autres espèces, mais toujours immobile. La locomotion se fait dans le sens ver- tical, ce qui a toujours ou presque toujours lieu chez les Hippo- campes, dans un sens oblique ou vertical chez les autres espèces. La natation ne peut guère s'exécuter dans un plan horizontal, surtout chez les Hippocampiniens et les Nérophiniens. Les Trigles peuvent non-seulement nager comme les Poissons les plus agiles^ mais ils peuvent encore marcher au moyen des rayons détachés des pectorales. Ces rayons sont munis d'un appa- reil musculaire particulier qui permet à l'animal d'exécuter en toute liberté divers mouvements, de se porter en avant, en arrière, en dehors, en dedans; ils sont arrondis à leur extrémité et ser- vent tout à la fois aux Trigles d'appareil de locomotion et d'or- gane de tact. Certains poissons arrêtés dans leur parcours par des bar- rières plus ou moins liantes sont obligés, pour les franchir, de faire parfois des sauts relativement considérables. Les Saumons, par exemple, s'élancent par-dessus les barrages qui se trouvent SYSTEME NERVEUX. 33 dans les rivières. — L'étr, il n'est pas rare de voir les Poissons de nos eaux douces sauter à la surface de l'eau. Quelques espèces ont le moyen de se faire transporter en se fixant à des corps flottants, les Gobies, les Echénéis, les Loplio- branches à queue prenante. Enfin, pour être complet, nous ajouterons que, parmi les Gymnodontes, les Lagocéphales peu- vent remplir d'air une poche communiquant avec l'œsophage et flotter comme un ballon. La vessie natatoire joue-t-elle, dans la locomotion, un rôle aussi important que l'ont pensé la plupart des auteurs? Non, d'après le docteur Armand Moreau. Nous exposerons les diverses opinions lorsque nous ferons l'étude de cet organe. SYSTEME NERVEUX Chez les vertébrés le système nerveux se compose de deux sys- tèmes : 1° le système cérébro-spinal, il//ye7e?icejoA«/6', Rich. Owen, comprenant le cerveau, la moelle épinière et leurs nerfs : il existe chez tous les Poissons; 2° le système du grand sympathique, ap- pelé encore système ganglionnaire ; il maiu|ue ou paraît man- quer chez les Marsipobranches et chez les Pharyngobranches. Le système cérébro-spinal se divise en système nerveux cen- tral , névraxe, C. Robin, el en système nerveux périphérique, ou nerfs cérébro-spinaux. Système nerveux central. — Le système nerveux central chez les Poissons se compose, comme chez les autres vertébrés, d'un cerveau et d'une moelle épinière logés dans la boîte céphalo- rachidienne ; mais il est marqué d'un arrêt de développement qui affecte surtout l'encéphale. Aussi, vouloir trouver dans cet organe les parties constituantes du cerveau des Mammifères, c'est assurément s'exposer à fausser les principes de l'anatomie comparée, cà faire des erreurs plus ou moins nombreuses. L'anatomie du cerveau est difficile à décrire chez les Pois- sons; il règne une assez grande incertitude sur les rapports et 3 34 NOTIONS GÉNÉRALES, rhomologie de certaines parties. Des naturalistes d'un mérite incontestable ont, dans le cours de leurs études, souvent nioditic (>t parfois aljandonné les opinions qu'ils avaient précédemment émises snr la détermination des différents lobes de l'encéphale. Disons-le, malgré les nombreuses recherches poursuivies par les histologistes, malgré les nombreuses expériences tentées par les physiologistes, il reste encore beaucoup à faire pour élucider une des questions les plus importantes de l'anatomie comparée. En effet, le cerveau chez les Poissons présente des différences très-grandes non-seulement dans les ordres, dans les familles assez rapprochées, mais parfois encore dans les genres compo- sant une môme famille, à plus forte raison dans les animaux qui sont placés aux extrémités de l'échelle ichthyologique. Aussi croyons-nous absolument nécessaire de renvoyer à plus loin la description du système nerveux chez les Marsipobranches et chez les Pharyngobranches. Nous démontrerons, en nous ap- puyant sur des considérations anatomiques, que notre division des Poissons en trois sous-classes est parfaitement justifiée. CERVEAU. Le cerveau est enveloppé dans des membranes de structure différente, la dure-mère et Xo. pie-mère ; quant à V arachnoïde , sa ])résence est assez difficile à constater, elle semble même faire dé- faut, à moins qu'on ne veuille donner ce nom à une trame de tissu conjonctif très-làche, au milieu duquel est épanché un liquide plus ou moins dense, parfois d'aspect gélatineux. Ce liquide, suivant plusieurs auteurs, n'aurait nullement la composition du liquide encéphalo-rachidien qui, d'après M. (Claude Bernard, manque dans les Poissons chez lesquels il est remplacé par une substance graisseuse. Cependant chez beaucoup dePlagiostomes, il se trouve une humeur très-abondante d'apparence séreuse. Quoiqu'il en soit, la substance qui est dans le crâne des Pois- sons est destinée à protéger le système nerveux, à combler plus ou moins l'espace qui le sépare des parois de la boîte céphalique. SYSTÈME NERVEUX. 3o Chez l'Estiirgpon, au lieu d'un liquide, il y a une nialièie épaisse ([ui paraît formée de graisse et de substance lymphatique. Les membranes de l'encéphale présentent quel(|uel"ois une teinte particulière, la dure-mère ])eut être noirâtre, et la pie-mère jaunâtre ou noirâtre. Le cerveau est petit, souvent il n'occupe qu'une partie de la cavité crânienne ; mais dans les jeunes Pla- giostomes, dans les fœtus de Téléostéens, il est relativement beaucoup plus développé et remplit ordinairement d'une manière complète l'intérieur du crâne. Le cerveau est placé, comme la moelle épinière, sur une ligne horizontale, il se compose d'une série de renflements et présente des modifications jdus ou moins tranchées, suivant qu'on l'exa- mine dans tel ou tel ordre, dans les Plagiostomes, les Ganoïdesou les Téléostéens. D'après certains anatomistes, Stannius, Gegen- baur, les principales divisions de l'encéphale seraient au nombre de cinq, mais elles sont déterminées d'une façon très- différente. Suivant Stannius, l'encéphale est ainsi composé: 1° cerveau an- térieur ou rudiment des hémisphères; 2" cerveau intermédiaire ou « alentours du troisièine ventricule » ; 3° cerveau moyen, «corps quadrijumeaux» ; 4" cerveau postérieur, cervelet ; 5° ar- rière-cerveau ou moelle allongée. Mais dans les Poissons osseux le cerveau intermédiaire est très-réduit, et cela est si vrai que Stannius écrit : « Les lobes optiques représentent à la fois le cer- veau intermédiaire et. le moyen. » (V .'^TM.,A?iaL cofup., ivaâ.fr., p. 62.) On pourrait sans doute considérer le cerveau intermédiaire comme une partie complémentaire assez étendue chez les Plagi- ostomes, l'Esturgeon, peu développée chez les Poissons osseux. Gegenbaur a déterminé d'une tout autre manière les par- ties du cerveau. Suivant lui le cerveau antérieur est bien le cer- veau formé dans la première vésicule, mais le cerveau inter- médiaire répond au cerveau intermédiaire des auteurs et aux lobes optiques ; le cerveau moyen est le cervelet ; le cerveau postérieur est composé d'un repli ; chez les Plagiostomes la lame transversale est le cervelet pour Gegenbaur; enfin le cer- veau terminal est le restant de la moelh^ allongée. 36 NOTIONS GÉNÉRALES. Ou voit qu'il n'est pas toujours facile de comprendre ces changements. Le cerveau moyen, d'après Gegenbaur, ne répon- drait plus du tout au cerveau moyen indiqué par la plupart des auteurs, il serait placé après l'émergence delà quatrième paire. (V. Gegenb,, Mcm. Aiiat. comp., p. 682.) Pour établir une divi- sion en quelque sorte normale dans les difîérentes parties qui constituent le cerveau, il y a des points de repère tout à fait naturels et invariables dans leurs rapports. Ces points de repère qui ont été signalés dans des ouvrages très-remarquables sur t'a- natomie du système nerveux, sont en avant la glande jmié aie ou le trou de communication qui laisse pénétrer dans l'intérieur du cerveau un prolongement de son enveloppe, en arrière le nerf de la quatrième paire ou pathétique. La partie située entre ces deux points, ces deux limites, est le cerveau moyen ; les deux autres par conséquent sont, Tune le cerveau antérieur, l'autre le cerveau postérieur. Si l'on veut désigner les trois cerveaux par une expression plus courte, on peut les appeler Prosencé- phale, Mésencéphale, Épencéphale. Pour que l'étude soit plus facile, nous examinerons successi- vement le cerveau dans les différents ordres de la sous-classe des Hyobranches en commençant par les Sélaciens. SÉLACIENS. Prosencéphale. — Il est constitué par les lobes cérébraux qui sont relativement très-développés. Ces lobes sont complètement unis entre eux, ils font une masse nerveuse épaisse, de forme assez variable, généralement quadrilatérale, arrondie en avant et un peu sur les côtés. La face supérieure du prosencéphale est ordinairement convexe ; elle est parfois lisse, parfois elle est marquée de plis ou de reliefs plus ou moins sensibles qui présen- tent l'aspect de circonvolutions, Milandre_, etc. La face inférieure est en général plus aplatie, elle montre souvent un sillon longi- tudinal. Le cerveau antérieur n'est pas une masse compacte, il j)araît le plus souvent creusé d'une cavité ventriculaire. Ce SYSTÈME iNERVEUX. 37 ventricule présente de grandes variétés dans ses formes, ses dimensions, variétés qu'il nous est impossible d'indiquer. Nous dirons seulement que le \en(rieule est parfois simple et très- réduit dans le Myliobate {Mijliobates aquila), qu'il est beaucoup plus grand dans la Raie bouclée, l'Ange, etc., qu'il constitue deux cavités latérales qui ne se continuent pas dans le pédoncule olfactif; dans les Roussettes^ le Milandre, l'Emissole, il se par- tage antérieurement en quatre cavités, les deux cavités latérales ou externes se prolongent plus ou moins dans le pédoncule olfactif. Ce ventricule, qui est généralement fourni d'un plexus choroïde plus ou moins développé, représente évidemment les ventricules latéraux des vertébrés supérieurs; il communique en arrière avec le troisième ventricule. Chez le Milandre, les plexus choroïdes forment, dans les ventricules latéraux, des espèces de replis assez gros, des cordons tortillés. Pédoncules ou processus olfactifs. — Les pédoncules naissent ordinairement du côté externe du cerveau antérieur, rarement ils partent de l'angle antérieur et externe ; ils sont plus ou moins allongés, comme dans la Raie, l'Ange ; ils sont parfois très-courts, épais, chez le Milandre, la Roussette; ils sont pleins ou creusés en partie d'une cavité qui fait suite au ventricule latéral. — Le processus se termine par un renflement plus ou moins gros, appelé lobule olfactif. Le pédoncule et le lobule olfactif sont le rhinencéphale de R. Owen. (Hande pinéale , corps jiinéal, épiphyse, quelquefois cona- rium. Entre le prosencéphale et le mésencéphale se trouve gé- néralement une petite production grisâtre qui est plus ou moins enveloppée dans une toile membraneuse et qui est regardée avec raison comme une glande pinéale ; quand on débarrasse le cer- veau de ses membranes, on enlève cet organe et à la place se voit une ouverture arrondie qui donne dans le troisième ventri- cule. Le corps pinéal, nous l'avons dit, est peu volumineux, il affecte des formes assez variées : il est plus ou moins conique ou globuleux chez les Sélaciens, il est maintenu par des brides vas- 38 NOTIONS GÉNÉRA.LES. culaires et par des pédoncules excessivement délicats qui des- cendent s'insérer sur la Yoùte du troisième ventricule. La posi- tion de la jilande pinéale a chez les Poissons quelque chose de V ip vu I' Fig. 6. — Cerveau du Milandre (Galeus canis}, im par la face supérieure. lo, lobule olfactif; p, pédoncule olfactif; H. lobes cérébraux; os, cerveau intermé- diaire et orifice sus-ventriculaire ; H, nerf optique ; IV, nerf pathétique ; C. cervelet ; V, nerf trijumeau ; Ip, lame postérieure ; VII, nerf facial ; P, pyramide postérieure ; IX, nerf glosso-pliaryngien ; X, nerf pneumogastrique ; M, moelle épinière ; cp, cordon postérieur ; ca. cordon antérieur ; Ir, lame festonnée ou rayonnée ; R, corps resti- forme ; t, lame postérieure allant former la lame transversale ; 0, lobes optiques. singulier ; elle est portée très en avant, toujours hien au delà de rentrée de l'entonnoir [aditus ad infiindibulum) . Mésencéphalf. — 11 comprend le cerveau intermédiaire , les lobes optiques, les lobes inférieurs, Fappareil pituitaire. Cerveau intermédiaire . — Il est constitué par les pédoncules cérébraux, il est généralement rétréci et fait comme une espèce de col en arrière du cerveau antérieur ; il forme en grande partie les parois du troisième ventricule. Lobes optiques [tubercides quadrijumeaux , Serres), — Les lobes optiques sont plus ou moins volumineux et arrondis ou ovoïdes ; ils sont réunis sur la ligne médiane, mais il y a gé- néralement entre eux une dépression plus ou moins profonde, ils forment une voûte relativement assez épaisse au ventricule SYSTÈME NERVEUX. :M» optique de Milnc-Echvards, ou si l'on yeutà l'aqueduc de Sylvius. Le plancher de ce ventricule est en partie constitué par les cor- dons antérieurs de la moelle, ou pédoncules cérébraux; en avant les pédoncules s'écartent et souvent laissent voir entre eux une petite fossette dans le cerveau intermédiaire ou plutôt sur le plan- cher du troisième ventricule. A la région postérieure du troisième ventricule se trouve une petite ouverture, qui est l'entrée de l'en- tonnoir. Dans le ventricule optique il n'existe aucune espèce d'é- minence. Les lobes optiques sont généralement plus ou moins dé- couverts à leur région supérieure, mais parfois ils sont en grande partie cachés par le cervelet; en avant, à leur point de jonction avec les pédoncules cérébraux, ils sont bordés par une bande- lette blanchâtre, qui est, d'après MM. Philippeaux et Vulpian, la racine supérieure du nerf optique. Cette bandelette est plus ou moins distincte ; elle est très-visible chez l'Ange et le Milandre. Lobes inférietirs {tubercules optiques et tuber cinerewn, Serres ; hypoaria, R. Owen). — En arrière du chiasma des nerfs optiques se voient des lobes plus ou moins volumineux appelés lobes infé- rieurs par la plupart des anatomistes. Ces lobes sont générale- ment arrondis ou ovoïdes; ils sont ordinairement bien séparés l'un de l'autre, creusés d'une cavité plus ou moins spa- cieuse; ils communiquent avec l'infundibulum par une ouver- ture plus ou moins large. Quel est le rôle physiologique, quelles sont les relations anatomiques de ces organes? Il faut le recon- naître, la solution du problème est très-délicate, et voici comment s'exprime à cet égard un de nos premiers physiologistes : « L'on ne sait pas encore s'ils (les lobes inférieurs) correspondent à des parties existant chez les autres vertébrés. » (Vulpian, Leç. phijsioL, g. c., Syst. nerv., p. 818.) Comme la question offre le plus grand inté- rêt, nous croyons nécessaire d'exposer en peu de mots les opi- nions des auteurs qui ont fait des recherches sur un sujet aussi difficile. Plusieurs anatomistes ont considéré ceslobes comme étant les homologues des tubercules mamillaires qui existent dans le cerveau de l'homme; mais assurément rien ne peut justifier îi:' ( L I B R A I 40 NOTIONS GÉNÉRALES, une semblable assimihition. D'après Baudelot, les lobes infé- rieurs seraient en quelque sorte une dépendance de linfundibu- lum. Ilollard les regarde comme des corps striés et réfute ainsi la manière de voir de Cuvier, etc. : « Cuvier et M. Natalis Guillot ont pensé que les lobes inférieurs j)ourraient être des coucbes op- tiques, opinion dont il est difficile de connaître les motifs, car les lobes en question ne fournissent aucune racine du nerf optique, comme j e m'en suis assuré . » (H oll . , Joiirn . anat. , Robin , 1 866 , ex tr . p. 41.)Hollard est beaucoup trop affirmatif; s'il avait examiné un cerveau de Pastenague, il aurait pu se convaincre que les lobes inférieurs fournissent des fibres d'origine aux nerfs optiques. Ser- res avait autrefois ainsi formulé son opinion : « Ce corps (les lobes inférieurs) est une dépendance du nerf optique , il en suit les diverses modifications ; il a son analogue chez Thommc, non dans les tubercules mamillaires qui ne se trouvent que chez lui, mais bien dans la matière grise placée derrière la jonction des nerfs de la vision. » (Serres, ^?ir/^. co?np., Cerv., t. I, p. 247, Atlas, fig. 150-175, n" 4.) Dans la discussion très-vive qui eut lieu à l'Académie des sciences à propos du nouveau Mémoire de MM. Philippeaux et Vulpian sur la structure de l'encéphale, séance du 27 février 1807, Serres, répondant à Duvcrnoy, s'ex- prime ainsi : « Comme satellite du nerf optique, le tube)' cine- reiim est porté, chez les Poissons^ de même que ce nerf, à son maximum de développement. Or ce sont ses connexions avec ce nerî i\n\ servent à caractériser ce corps. » L'opinion de Serres est évidemment la plus juste et la plus nette, elle nous paraît basée sur une observation anatomique d'une grande exactitude ; nous en avons fait plusieurs fois l'expérience, il est assez facile chez la Roussette, chez le Maigre, de suivre une des racines des nerfs optiques venant des lobes inférieurs. Appareil pituitaire. — Entre les lobes inférieurs se trouve la tige pituitaire, entonnoir [infundibulutri). Cette tige est creusée d'un canal qui met en communication le troisième ventricule avec les lobes inférieurs et la glande pituitaire ; elle s'insère SYSTÈME NERVEUX. 41 au trifjone fendu [trigomim fissum) et fait une espèce de pédon- cule à la glande pituitaire. // vl Fig. 7. Cerveau du M'dandre; coupe longitudinale et verticale; moitié gauche du cerveau. H, lobe cérébral; vl, ouverture des ventricules latéraux; //, lobe inférieur; i, in- fundibulum; ch, cavité du corps pituitaire ; h, corps pituitaire; ma, moelle allongée ; kv, quatrième ventricule ; Ir, lame rayonnée ; ce, canal central de la moelle épinière ; P, pyramide postérieure ; pc, pédoncule du cervelet ; c, cervelet ; 0, lobe optique et sa cavité, l'aqueduc de Sylvius. Glande pitiiitaire, corps pituitaire, hypophyse. — L'hypo- physe est généralement bien développée, elle est plus ou moins large, à fond souvent aplati, sa cavité est ordinairement assez étroite. La tige et la glande pituitaire sont d'une teinte grisâtre. Sac vascidaire. — De chaque côté de la glande ou plutôt de la tige pituitaire, il y a ordinairement un organe d'une teinte rou- geâtre auquel a été donné le nom de sac vasculaire, il est pair ou impair ; dans la Raie il est double, il est en rapport en avant avec le nerf moteur oculaire commun et avec chacun des lobes inférieurs. Chez l'Ange, au lieu de deux sacs vasculaires il n'y en a plus qu'un seul entourant la glande pituitaire ; mais chez ce Squale les lobes inférieurs sont peu développés. Quel est l'u- sage de cet organe ? C'est probablement un organe de protection, il semble remplacer la selle turcique et le petit appareil fibro- vasculaire qui retient Thypophyse. Chez la Pastenague, on trouve à la face inférieure du mésencé- 42 NOTIONS GÉNÉRALES, phale des éinincnces ondes renflements unis en qnelqnesorle par leur base ; ces renflements sont placés en arrière des nerfs moteurs oculaires communs et en avant des pyramides antérieures. Ils ont une teinte blanchâtre, ils sont au nombre de trois, un médian ovale, un peu plus développé que les renflements latéraux; le renflement médian est légèrement caché en avant par l'extré- mité postérieure de l'hypophyse. En raison de leur position, ces éminences, formant une espèce de bourrelet inégal, pourraient être considérées comme un rudiment de protubérance annu- laire. Dans la Pastenague, la face inférieure du cerveau moyen est plus compliquée que chez beaucoup d'autres Sélaciens ; en effet, elle montre, en allant d'avant en arrière, deux lobes infé- rieurs, la tige et le corps pituitaires, de chaque côté un petit sac vasculaire et plus en arrière les trois renflements. Epencépliale, cerveau postérieur. — 11 est composé de deu\ parties, le cervelet et la moelle allongée. Cervelet. — Les auteurs ne sont pas d'accord sur la délimita- tion exacte du cervelet ; d'après Agassiz , «chez les Cyclostomes et chez les Plagiostomes, le cervelet est réduit à ime simple com- missure des corps restiformes, ou manque même complètement chez lesMyxinoïdes et chez les Pétromyzontes. » (Agas. et C. Vogt, Anat. Salm., p. 157.) Suivant Agassiz, le lobe impair qui suit les lobes optiques serait bien le cervelet chez les Poissons osseux, mais pas chez les Plagiostomes. Pourquoi cette interprétation ? Le cervelet a été considéré par divers auteurs comme une dépen- dance des lobes optiques. Outille que soit la signification physio- logique de l'organe, nous laisserons le nom de cervelet au lobe impair qui chez les Plagiostomes et chez les Poissons osseux est creusé d'une cavité communiquant avec le quatrième ventricule. Le cervelet présente de grandes variétés dans sa forme, dans son développement ; il est ordinairement symétrique ; mais dans le Marteau, le Myliobate, la Pastenague, il paraît au premier abord complètement irrégulier ; il est composé de deux ou trois lobes plus ou moins déjetés sur les côtés. Il est plus ou moins SYSTÈME NERVEUX. 43 voluniiiieiiK : dans lo Myliobate il recouvre entièrement la partie supérieure médiane des lobes optiques et s'avance jusque sur le cerveau antérieui-. Le cervelet est rarement tout à fait lisse, le plus souvent il montre à la surface des rides ou des sillons et parfois des scissures profondes. Il est formé suivant sa long-ueur de deux moitiés qu'on peut facilement séparer l'une de l'autre, au moins dans la plupart des cas, Roussette, Emissole, Mi- landre, etc. Il est creusé d'un ventricule généralement divisé en ventricules secondaires; c'est le ventricule cérébelleux ou l'ar- rière-cavité du quatrième ventricule. Chez le Milandre et l'Emis- sole commune ce ventricule se partage en trois ventricules se- condaires répondant à trois lobes du cervelet. Dans la Torpille marbrée le cervelet est divisé en deux par une fente longitu- dinale profonde, et chacun des lobes, marqué d'un sillon trans- versal, porte vers sa partie inférieure un double lobule ou bien une espèce de circonvolution. Le cervelet de l'Emissole com- mune contient dans son ventricule plusieurs petits corps pisi- formes ; il y en a quatre dans l'arrière-cavité du lobe moyen et un sur chacun des cordons blancs qui forment la partie interne du plancher du ventricule. La structure de ces petites éminences a quelque chose de tout à fait anormal ; nous n'avons pas le loisir de nous étendre en longs détails sur cette disposition singulière. Le cervelet recouvre une partie du quatrième ventricule. Moelle allongée. — Elle est limitée en arrière à la fin du calamiis scriptorius, au niveau du commencement du canal cen- tral de la moelle épinière ; elle présente certaines différences dans sa forme, elle est plus ou moins longue, plus ou moins rentlée sur les côtés; elle est composée de plusieurs parties que nous allons examiner très-rapidement. A. Plancher du quatrième ventricule. — Il est formé en dedans par: 1° le prolongement des cordons antérieurs de la moelle ; ces cordons ordinairement sont lisses k leur surface, mais parfois marqués de stries transversales plus ou moins nettes ; ils sont d'un aspect blanchâtre qui permet de les distinguer facilement 44 NOTIONS GÉNÉRALES, des parties voisines ; 2° une lame festonnée ou rayonnée : cette lame est une dépendance des cordons de la moelle, c'est une espèce de léger épanouissement qui se voit parfaitement bien quand on écarte les cordons postérieurs. B. Lobes de la moelle allongée, lobes du trijumeau et du pneu- mocfastrique [Renflements i^ostéro-latcpaux à^ la moelle allongée, Vllpian). — Ces lobes forment les côtés de la moelle allongée, et sont plus ou moins développés ; ils sont épais dans le Milan- dre, etc., très-réduits chez la Centrine, la Pastenague.- En les étudiant à la partie supérieure et de dehors en dedans, nous trou- vons : 1° les Cordons postérieurs de la moelle dont une partie va former en avant ou en dessus le coiys restiforme, qui est l'ori- gine du pédoncule inférieur du cervelet; 2" \ï\. Pyrainide posté- rieure qui est en dedans du cordon postérieur. Cette pyramide est triangulaire dans le Milandre; elle est ordinairement unie sur la ligne médiane à celle du côté opposé, généralement elle forme en dehors une espèce de lame api)elée lame postérieure, qui se recourbe en dedans pour constituer, avec celle de l'autre côté, la lame transversale , espèce de pont couvrant une partie du quatrième ventricule. Cette lame transversale est regardée par Agassiz et divers auteurs comme étant le véritable cervelet. Les divers bourrelets ou replis qui bordent latéralement le quatrième ventricule sont plus ou moins considérables, ils sont en grande partie le centre nerveux du trijum,eau et du pneumo- gastrique; ils sont formés par les corps restiformes et les pyra- mides postérieures. Quant à la lame transversale, elle n'est pas toujours une dépendance des corps restiformes, comme le veut Hollard, mais plutôt des pyramides postérieures ; parfois elle est constituée par les corps restiformes et les pyramides postérieures. Lobes électriques. — Outre ces différentes parties, il y a encore, chez les Torpilles, un renflement considérable, qui est composé par les deux lobes électriques. Ce renflement est ovalaire avec un sillon longitudinal qui marque extérieurement le bord in- terne de chacun des lobes. Le quatrième ventricule est couvert SYSTÈME NERVEUX. 4^ dans toute sa partie postérieure par cette masse nerveuse qui fournit le tronc volumineux du pneumogastrique destiné aux organes électriques. La face inférieure de la moelle allongée est plus ou moins lisse, elle est formée en [)artie par les pyramides antérieures. cp \ W K Ip \ ca a II pv lo Fig. 8. — Cerveau du Milandre ; coupe longitudinale et horizontale ; ventricules du cerveau. i, intervalle veiitriciilaire ou séparant les ventricules latiTaux ; /o, lobule olfactif ; pv, prolongement du ventricule latéral ; vl, ventricule latéral ; H, lobe cérébral ; II, nerf optique ; 0, lobe optique ; a, aditus ad infundibulum ; ca, cordon antérieur de la moelle ; V, nerf trijumeau ; Ip, lame postérieure ; R, corps restiforme ; IX, nerf glosso-pharyngien ; X, nerf pneumogastrique ; cp, cordon postérieur de la moelle ; M, moelle épinière ; es, calamus scriptorius ; ca, cordon antérieur de la moelle ; Ir, lamç festonnée ou rayonnée ; ra, renflement des cordons antérieurs ; ea, écarte- ment des cordons antérieurs ; f, fossette dans le planclier du troisième ventricule ; pi, p', plexus choroïde. Au niveau de ca, communication de l'aqueduc de Sylvius avec le quatrième ventricule. Ventricules. — Pour terminer, nous allons dire un mot des ventricules du cerveau. Les ventricules sont des cavités qui communiquent entre elles et s'étendent depuis la pointe du calamus scriptorius jusque dans les lobes cérébraux ou anté- rieurs, parfois môme elles se prolongent dans les pédoncules olfactifs. Ces ventricules sont les uns pairs, les autres impairs. Les ventricules [)airs ou latéraux se trouvent dans les lobes céré- braux ; ils se divisent parfois en avant en deux cavités secon- 46 • NOTIOrsS GÉNÉRALES, daires; ils paraissent manquer chez les Myliobates, et c'est le troisième ventricule qui s'avance dans le prosencéphale oi^i il se termine par une cavité rétrécie en angle aigu. Les autres ven- tricules sont impairs. Le troisième ventricule ou ventricule moyen présente deux orifices, un orifice supérieur qui est plus on moins fermé par la glande pinéale ou les membranes du cerveau ; l'orifice inférieur est Yaditus ad infumlibulum. Le troisième ventricule est en communication avec le quatrième au moyen d'une cavité appelée aqueduc de Sylvius ou ventricule optique de Milne-Edwards. Cette cavité est généralement assez large, par- fois elle est très-étroite, Myliobate; elle paraît toujours se rétré- cir en approchant du quatrième ventricule. Le quatrième ventri- cule a reçu les noms les plus divers : ventricule du cervelet, ventri- cule ou sinus rhomboïdal, calamus scriptorius ; ce dernier nom ne devrait être appliqué qu'à la partie postérieure du ventricule. CHIMÈRES. Le cerveau de la Chimère monstrueuse [Chimœra monstrosa), est fait sur un type qui est un peu différent de celui des autres Plagiostomes. Le prosencéphale est formé de deux lobes creux, allongés, à peu près cylindriques, soudés par leur côté interne dans une grande partie de leur étendue ; en avant ces lobes sont séparés l'un de l'autre et se terminent par un lobule olfactif court, mais gros. Le cerveau antérieur est réuni au cerveau moyen, proprement dit, par un cerveau intermédiaire excessi- vement allongé, qui est une espèce de pédoncule faisant un demi-canal incomplet et recouvert en dessus par les méninges; le troisième ventricule a donc une très-grande longueur. Le cerveau moyen, proprement dit, est globuleux, ovoïde, légèrement resserré dans sa partie inférieure, il ne paraît faire avec le lobe inférieur qu'un seul tout ; en effet, il y a seulement un minime étranglement vers la réunion des lobes optiques aux lobes inférieurs, qui semblent donner en grande partie naissance aux nerfs optiques. SYSTÈME NERVEUX. 47 C'est le cervelet que Valcntin regarde comme le lobe du troi- sième yentricule, qui « ressemble à un très-gros marteau dont le corps représente lui lobe oblong, dépasse les lobes des hémi- sphères en devant et un peu le cervelet en arrière. » (N. Valent., Encycl. anat. néwol., trad. franc., Jourdan , Paris, 1843, p. 119."* Le cervelet est assez volumineux, il recouvre en grande partie les lobes optiques. Sur la face supérieure il est facile de distin- guer le sillon qui sépare chacun des lobes dont il est formé. La moelle allongée est renflée, elle porte sur les côtés des lobules très-développés. ESTURGEON. Le cerveau de l'Esturgeon est formé d'après un type spécial, qui diffère autant du type des Plagiostomes que de celui des Téléostéens ; il présente une organisation moins parfaite que le cerveau des Plagiostomes, mais assurément plus achevée que celui des Poissons osseux; il montre en quelque sorte les carac- tères d'un type de transition. Nous allons indiquer en peu de mots les différences et les ressemblances qui éloignent ou rap- prochent l'encéphale de notre Ganoïde de celui qui est propre aux Poissons des autres ordres. Prosencéphalt'. — Le cerveau antérieur est peu développé, il est court ; il porte à son extrémité antt'rieure deux tubercules ou lobules olfactifs très-rapprochés l'un de l'autre. Les lobes du cerveau antérieur sont nettement séparés à la surface supérieure par un sillon très-profond; chacun des lobes est en forme de quadilatère, à bord postérieur moins long que le bord antérieur, leur région supérieure et antérieure est traversée par un pli ou sillon très-marqué faisant deux lobes secondaires. Le prosencéphale est plein, il ne |)résente aucune trace de ven- tricule latéral. Mésencéphale . — Le cerveau intermédiaire est excessivement étroit, il est bien nettement distinct des autres parties nerveuses. 48 NOTIONS GÉNÉRALES. Il paraît une sorte de pédoncule assez court, destiné à relier le cerveau antérieur au cerveau moyen proprement dit. Quand les méninges sont enlevées, on voit à sa région supérieure le trou de communication du troisième ventricule, trou qui était en partie bouché par la glande pinéale. Le cerveau moyen est au moins aussi et même plus développé que le cerveau antérieur ; les lobes optiques forment en avant une voûte arrondie, et leur cavité n'est plus vide comme chez les Pla- giostomes. Dans ce ventricule s'enfonce une proéminence du cervelet qui ne contracte pas beaucoup d'adhérences avec le plan- cher de la cavité ; elle a deux processus qui viennent des pédon- cules cérébraux vers l'extrémité postérieure de l'aqueduc de Sylvius ; elle a été désignée par MM. Philippeaux et Vulpian sous le nom à& Cotylédon du cervelet. Ce cotylédon est évidem- ment très-semblable aux éminences qui se trouvent sur le plan- cher des lobes optiijues chez les Poissons osseux. Les lobes creux sont confondus entre eux, ils communiquent Tun avec l'autre et avec la tige pituitaire. La tige pituitaire est très-courte ; la glande pituitaire est excessivement développée et paraît en quelque sorte appliquée sur les lobes inférieurs et le trigone fendu. Èpencéphale . — Le cervelet est très-réduit chez l'Esturgeon, ainsi probablement que chez beaucoup d'autres Ganoïdes ; il a l'aspect d'une lame transverse qui paraît répondre à la lame transversale formée par les pyramides postérieures chez les Séla- ciens. La moelle allongée est relativement très-développée, ses bords supérieurs sont renflés en épais bourrelets à replis festonnés ; les bourrelets sont très-allongés, ils limitent la plus grande partie du quatrième ventricule qui est, pour ainsi dire, complètement à découvert. La face inférieure de la moelle allongée représente une espèce de triangh^ à base tournée en avant; dans cet espace triangulaire on voit de chaque côté deux faisceaux nerveux, que l'on pourrait sans doute comparer, les internes aux pyramides antérieures, les externes aux corps olivaires. SYSTÈME NERVEUX. 49 POISSONS OSSEUX. Il nous reste maintenant à examiner le cerveau de Poissons osseux ; l'étude en est [ilus simple, moins compliquée que chez les Sélaciens, elle demande moins de développements. INous avons traité avec assez d'étendue de l'anatomie du système ner- veux céphalique chez les Sélaciens, pour qu'il nous soit permis de mettre plus de concision dans le travail qui nous reste à faire. Nous suivrons naturellement dans notre description la môme méthode, nous adopterons la môme division que précédemment et nous verrons les diverses modifications qui se sont produites successivement dans la série des anmiaux dont nous avons en- trepris l'histoire. Pi'osencéphale . — Il est heaucoup moins développé que dans les Sélaciens ; il est généralement moins volumineux que le mé- sencéphale ; il présente des formes excessivement variées, non- seulement dans les différentes trihus, mais dans une même fa- mille et encore dans un môme genre. Il est composé de deux lobes plus ou moins profondément divisés. Ces lobes sont en grande partie formés de substance grise, ils sont réunis par une commissure de substance blanche, la commissure interhé- m^isphérique oninterlobulaire . Ils sont lisses, ovoïdes chez la Lune [Orthagonscus mol a) ; dans le Blennie Pholis, ils sont serrés l'un contre l'autre et, au premier abord, ils semblent ne faire qu'un seul lobe à peu près sphérique ; dans la Vive commune [Trachijius draco), ils sont développés et présentent des circonvolutions bien nettes; dans le Callionyme Lyre ils sont très-petits, ainsi que dans le Cotte aux longues épines [Cottus bubalis). Dans le Maigre [Sciœiia aqiiila), ils sont au moins aussi déve- loppés et môme plus développés que les lobes optiques ; ils ont une forme pentagonale, le grand côté est le côté interne ou d'u- nion d'un lobe à l'autre ; chacun de ces lobes est marqué de sillons plus profonds sur les parties latérales, où se voient des es- pèces de circonvolutions. Dans la Vieille commune [Labrus ve- 50 NOTIONS GÉNÉRALES. titla), les lobes sont bien développés et chacun d'eux se compose pour ainsi dire de trois lobes secondaires. Dans le Castagneau [Helimes chromh), chaque lobe est pourvu d'un petit lobe externe. Les lobes cérébraux sont presque toujours pleins, ils ne sont pas creusés, comme dans les Plagiostonies, de ventricules la- téraux. A la partie inférieure et antérieure des lobes sont insérés, soit les lobules, soit les pédoncules ou processus olfactifs. En effet, tantôt les lobules sont sessiles, ils ne sont séparés des hémi- sphères que par un sillon, comme dans beaucoup d'Apodes, Congre commun, Murène Hélène, Anguille, certains Malacoptérygiens, Brochet, etc., certains Acanthoptérygiens, Lépidope, Maigre, Labre vieille ou Vieille commune. Parfois au contraire ils sont plus ou moins éloignés des lobes antérieurs, ils sont à l'extrémité d'un processus plus ou moins allongé ; cette disposition se montre chez la plupart des Gyprinidés, chez beaucoup de Ga- didés. Quand le lobule olfactif est sessile, il est quelquefois pré- cédé d'un autre lobule plus petit qu'on pourrait appeler lobulin, ce qui se voit chez certains Apodes, Murène Hélène, Anguille, etc. Les lobules sont généralement placés l'un à côté de l'autre, mais parfois ils sont l'un au-dessus de l'autre, même dans les Pois- sons symétriques; ainsi, chez le Congre commun, le lobule gauche recouvre en partie le lobule droit ; chez la Murène Hélène au contraire les deux lobules sont dans un plan horizontal. Glande pinéale . — Elle se rencontre chez beaucoup de Pois- sons osseux ; elle est même assez développée dans certaines es- pèces, Congre, Maigre, etc.; elle est placée dans une petite fossette, entre les lobes cérébraux et les lobes optiques ; chez le Congre, elle est pourvue de pédoncules relativement assez gros, dont il est facile de suivre le trajet ; ces pédoncules s'insè- rent à la région supérieure des pédoncules cérébraux. Méscncéphalc, Lobes optiques, Lobes creux. — Ils sont généra- lement plus développés que les autres parties constituantes du cerveau ; il est assez difficile d'en indiquer les formes, tant il y a de variétés, de diiîérenccs. Ces lobes sontle plus souvent ovoïdes SYSTÈME NERVEUX. bl OU arrondis, ils sont réunis sur la ligne médiane en ([uelque sorte directement par des fibres nerveuses transversales très- courtes, et ne semblent ainsi former qu'une même voûte dépri- mée sur la ligne longitudinale. Mais chez certains poissons, sur- tout parmi les Cyprinidés. Tanche, Barbeau, Carpe, les lobes à leur région supérieure sont écartés l'un de l'autre, et l'inter- valle qui les sépare est rempli par de longues fibres nerveuses faisant une portion de la voûte. Il est évident que la partie com- plémentaire de la voûte présente d'espèce à espèce des diffé- rences dans la forme et la grandeur, différences qu'il est inutih; de longuement décrire, elles dépendent nécessairement de l'é- tendue de l'écartement. La voûte est composée de deux couches assez faciles à séparer en général : la couche externe est de la substance grise ayant ordinairement assez peu d'épaisseur; la couche interne est de la substance blanche le plus souvent d'un aspect très-brillant. Que les deux lobes soient rapprochés, qu'ils soient plus ou moins écartés dans leur région supérieure, ils sont toujours maintenus en rapport par des fibres commissu- rales qui ont été regardées comme un Corps calleux. Les côtés de ce prétendu corps calleux sont renforcés en dedans et en dessous par un double faisceau de fibres blanchâtres qui ont été considérées comme des piliers de la voûte [foniix, Gottsche), et ont été appelées voiite à trois piliers. La direction de ces piliers dépend de la largeur du corps calleux ; ils sont parfois réunis sur la ligne juédiane ou du moins juxtaposés, parfois ils s'écar- tent en faisant un angle plus ou moins ouvert en arrière. Bar- beau, Tanche, etc., parfois encore, comme dans le Maigre, ils laissent seulement entre eux un interstice ovalaire au sommet de la voûte. Ces piliers descendent en avant sur le plancher des lobes optiques et souvent forment en partie une commissure transversale dont nous aurons à parler bientôt ; en arrière ils se confondent ordinairement avec la paroi postérieure de la voûte ou de la cavité optique ; ils ont été appelés suivant leur position piliers antérieurs ou postérieurs. Il est évident que toutes ces déterminations de corps calleux, voûte à trois piliers, etc., sont 52 NOTIONS GÉNÉRALES, absolument fausses et, comme Serres le disait autrefois avec tant de sagacité en parlant des Poissons : « on n'a pas voulu les dépouil- ler d'une seule partie de l'encéphale des mammifères, on leur a trouvé une voûte à trois piliers, un corps calleux, des émi- nences mamillaires qui avaient disparu chez les reptiles et les oiseaux. Il est vrai que, pour en venir là, on a choqué toutes les vraisemblances, interverti tous les rapports anatomiques. On a fail, j'ose le dire, un véritable monstre de l'encéphale des Pois- sons. » (Serres, Anat. coinp., Cerveau, t. 1, p. 185.) Nous avons maintenant à étudier le plancher des lobes opti- ques, qui paraît au premier abord d'une structure assez compli- quée. Ce plancher nous montre, quand nous l'examinons de dehors en dedans, la couronne radiée , le torus thalami , Véminence qiiadrigéminée , enfin, en avant, la commissure anté- rieure , Yaditus ad infundihulum et Vaditus cul aciueductum Sylvii. Couronne rculiée. — Elle est plus ou moins dessinée ; elle est formée de plis allant des parois du lobe au côté externe dutorus ; il est impossible d'en indiquer les limites d'une manière précise. Les plis manquent ordinairement à la partie antérieure. Torus thalami. — Il est de teinte grisâtre, entouré le plus sou- vent d'une substance blanchâtre ; il est pair, réniforme ou demi- circulaire, à côté externe convexe, il est plus ou moins épais. Les deux tori semi-circulares bordent plus ou moins l'espace au milieu duquel s'élève l'éminence quadrigéminée ; ils ont été considérés, mais à tort, par certains anatomistes, comme des corps striés. Em,inence quadrigém,inée. — Elle n'est en aucune façon l'ho- mologue des tubercules quadrijumeaux des mammifères, et le nom qu'elle porte est très-mal choisi; elle est parfois peu dé- veloppée, mais ordinairement elle est prononcée et se compose de plusieurs lobules ; il y a souvent un lobule impair en avant. Le nombre des lobules est variable: il y en a trois dans le Maigre, il y en jusqu'à six dans la Truite. Ce renflement qua- drigéminé est absolument, comme chez l'Esturgeon, une proémi- nence du cervelet dans la cavité des lobes optiques ; il est éga- SVSTÈMK iNERVEUX. 53 lement uni aux pédoncules cérébraux par un faisceau nerveux plus ou moins large ; il recouvre une partie de l'aqueduc de Sylvius, Il est facile de faire passer, sous cette espèce de pont, une soie qui va de l'aqueduc de Sylvius dans le quatrième ven- tricule. Coîmnissurc antérieure. — Elle n'est nullement comparable à celle des vertébrés supérieurs. Outre ces différentes parties, on trouve encore chez certains Poissons une éminence plus ou moins prononcée à la région antérieure de la cavité des lobes opti- ques ; cette éminence est formée de deux tubercules semi-circu- laires qui reçoivent l'extrémité antérieure des piliers, ou si l'on veut, l'extrémité inférieure des piliers antérieurs, ils entourent Vaditus ad infundihulwn qui est aussi en même temps Yaditus ad aqueductum Sylvii chez les Salmones, comme le fait remarquer Agassiz. Dans le Maigre la commissure antérieure est au-dessus des aditus. Lobes inférieurs. — Ils sont plus ou moins développés, ils sont ovoïdes, allongés, en général convexes sur le côté externe, concaves sur leur côté interne ; ils sonttrès-rapprochés ou réunis en arrière, un peu écartés en avant ; en raison de la disposition que nous venons d'indiquer, il est facile de voir qu'ils limitent, avec les nerfs optiques en avant, un espace à peu près triangu- laire auquel on a donné le nom de trigone fendu [trigonum fissum). Ce trigone composé principalement de substance grise a été comparé au tuber cinereum, il est perforé par l'orifice in- férieur de Vaditus ad infundibulum, c'est sur le bord ou plutôt sur les lèvres plus ou moins épaisses de l'oriflce que vient s'atta- cher la tige pituitaire. Les lobes inférieurs sont creux comme chez les Sélaciens et communiquent avec l'infundibulum. Nous n'avons pas h. rappeler l'opinion exprimée par IloUard, qui re- gardait ces lobes comme des corps striés ; celte manière de voir est inexacte ; il est facile, chez le Maigre, de s'assurer que chacun des lobes donne une racine au nerf optique, La tige pituitaire est variable dans sa dimension ; chez la Baudroie elle est excessivement longue. 5't NOTIONS GENERALES. UhijDupIiijsp présente dans son volume, dans sa forme, des différences qu'il est impossible d'indiquer. Le sac vasculatre est assez rare chez les Poissons osseux ; il est assez peu développé; il se trouve chez les Salmonidés en général, chez l'Acérine ou Grémille commune [Accrina ceniiia), chez la Lote ou Lotte commune [Lota vidgaris). Pour comjiléter cette description, nous dirons qu'à la face in- férieure du mésencéphale se voient deux commissiu'es transver- sales : l'une d'elles est placée en avant de l'insertion de la tige pituitaire, elle est appelée commissure transverse ou de Haller ; l'autre, qui est en arrière de l'infundibulum, est la commissure ansulée. Cette dernière commissure est souvent composée de plusieurs faisceaux de substance blanche dirigés en travers, et de quelques autres faisceaux dirigés en arrière, dans le sillon médian qui sépare les pyramides antérieures. Les deux commis- sures sont reliées sur les côtés par un faisceau de substance blanche nommé bande latérale [fa scia lateralis, Gottsche). Epencéphalc^ cervelet. — Le cervelet est symétrique le plus généralement ; il est plus ou moins développé ; il est ordinai- rement lisse cà sa face supérieure, rarement sillonné comme dans le Maquereau commun ; il présente un sillon longitudinal plus ou moins profond ; il est creusé d'une cavité ventriculaire de même que dans les Sélaciens ; il n'avance presque jamais sur les lobes optiques, il est au contraire porté en arrière et couvre une partie plus ou moins grande du quatrième ventricule. Moelle allongée. — Les parois du sinus rhomboïdal sont con- stituées comme chez les Sélaciens; les cordons postérieurs de la moelle et les pyramides postérieures s'épaississent en replis ou en renflements plus ou moins considérables. Les renflements sont très-souvent lisses, ovoïdes, et sont alors appelés lobes postérieurs de la moelle allongée, ou lobes supérieurs, Yulpian. Ces lobes sont bien souvent au nombre de trois : deux latéraux ou lobes postérieurs proprement dits, uu autre impair, plus petit généra- lement, c'est le tubercule impair des lobes postérieurs. Dans le Lépidope, il y a quatre lobes : deux latéraux sur les côtés du SYSTÈME NERVEUX. .io cervelet, et deux terminaux qui s'unissent sur la ligne médiane. Les lobes postérieurs proprement dits sont parfois anssi déve- loppés que les lobes optiques, dans le Carassin [C ijprinopsis Carassius). Les lobes postérieurs atTectent les formes les pins variées; ils se réunissent ordinairement sur la ligne médiane, an-dessus du sinus rliomboïdal, soit directement, soit au moyen d'une lame ou, conuuc dans beaucoup de Cyprins, an moyen d'un lobe ou d'un tubercule impair qui semble rbomologue de la lame trans- versale que nous avons trouvée chez les Sélaciens. La moelle allongée des Poissons osseux, comparée à celle des Plagiostomes, présente évidemment j)lus de différence dans la disposition des parties que dans leur structure anatomique. k la face inférieure de l'épencéphale, qui est limitée en avant par la commissure ansnlée, se luontrent \q^ pyramides (mtériew'ps, qui sont plus ou moins développées. MOELLE ËPLMÈRE. Elle est, comparativement à Tencéphale, très-développée chez les Poissons, elle conserve à peu près les mêmes proportions que chez les autres vertébrés; la dégradation du système ner- veux chez les Poissons porte donc principalement sur le cer- veau, La moelle épinière est creusée d'un canal qui continue la pointe du calamus scriptorius, et qui est, ainsi que le ventri- cule , tapissé par une membrane très-mince appelée épen- dyme. Cette membrane est couverte d'un épithélium cylindri- que, facile à voir chez les Poissons. Le canal central s'étend vers l'extrémité de la moelle, il se rencontre chez tous les Poissons, sans aucune exception, quel que soit l'aplatissement de la moelle. Le système nerveux rachidien est pourvu des mêmes membranes d'enveloppe que le cerveau ; il est inutile de les décrire de nou- veau. La moelle est généralement arrondie, légèrement conique, |>arfois elle est assez aplatie comme chez la Chimère, surtout 50 NOTIONS GÉNÉRALES, dans sa partie postérieure; chez la Chimère encore elle est élas- tique^ elle peut s'allonger jusqu'à une certaine limite. Chez les Trigles, elle porte sur les cordons postérieurs des renflements disposés par séries régulières, en nombre variable suivant les espèces ; de ces renflements viennent en partie les nerfs destinés au\ pectorales. La moelle occupe ordinairement toute la lon- gueur du canal rachidien, mais parfois elle est ou paraît excessive- ment courte, et semble se terminer très en avant par une espèce de queue de cheval ; chez la Môle, par exemple, elle finit dans le cràAe. Chez la Baudroie, ainsi que le faisait observer Cuvier, la moelle « règne presque tout le long de l'épine, » mais dans son tiers antérieur seulement, elle fournit une queue de cheval abon- dante ; elle est, comme chez les autres Poissons, pourvue du filet nerveux impair, le filum terminale qui est plus gros que les filets nerveux latéraux, au milieu desquels il est perdu, pour ainsi dire. Chez la Baudroie, comme chez les autres Téléos- téens, la moelle se termine par un renflement ovale, auquel on a donné le nom de ganglion abdominal ou plutôt caudal, d'a- près Vulpian. Stannius, il faut le faire remarquer, ne donne le nom de filament impair qu'au filet sortant du renflement gan- glionnaire. Le renflement ganglionnaire chez la Baudroie fournit des filets nerveux qui se distribuent dans la nageoire caudale. Dans la Môle, la longueur de la moelle est moindre que celle du cerveau, et le canal vertébral ne contient que la queue de cheval. D'après Vulpian, la moelle de ce poisson aurait aussi un filum terminale qui manquerait seulement de ganglion caudal. Malgré l'autorité du savant physiologiste, je ne suis nullement convaincu d(! ce mode de terminaison. Je n'ai malheureusement eu qu'inie seule fois l'occasion d'étudier le système nerveux de la Môle ; sur un animal très-frais, il m'a semblé que tous les rameaux nerveux formant la queue de cheval étaient pairs, qu'il n'y en avait aucun d'impair. La moelle paraissait finir dans le crâne par un renflemement assez volumineux. Quelle qu'en soit la longueur, la moelle présente toujours deux SYSTEME NEFWEUX. 57 sillons bien jnarqués, qui la j»arlagent en deux moitiés égales : l'nn des sillons est sur la face inférieure, c'est le sillon a7ité- l'ictir ou plutôt ventral, Miline-Edwards ; l'autre est à la face su- périeure, c'est le ûWon postérieur ou tergal, MiliNE-Ed\yards. Les deux sillons sont tapissés par un repli de la pie-mère , qui est en rapport avec le tissu conjonctif de la substance grise. Owsjannikow a parfaitement figuré cette disposition dans le Salmo Salar ; je l'ai vue très-nettement chez le Milandre. Le sillon postérieur est, ou du moins m'a paru toujours beaucoup plus large que le sillon antérieur; le tissu conjonctif du sillon antérieur ou ventral n'est qu'une espèce de tractus excessivement délicat. La moelle est composée de deux substances : la substance grise et la substance blanche. Substance grise (myélaxe, Milne-Edwards). — La substance grise ou plutôt grisâtre entoure le canal central, elle est enveloppée par la substance blanche; elle s'étend sur toute la longueur de la moelle. Quelle est la nature de cette substance grisâtre? D'après Bidder, Owsjannikow, Leydig, cette substance serait uniquement formée de tissu conjonctif (Leydig, HistoL, trad. franc., p., 195), elle fournirait en quelque sorte la trame au milieu de laquelle seraient rangées les cellules nerveuses. D'après Gratiolet, Robin, Milne Edwards, cette substance serait en partie de nature ner- veuse. (V. Milne-Edwards, L. Phys. anat, comp.A. XI, p. 296). Cette dernière manière de voir nous semble la plus probable ; c'est la conclusion que nous avons tirée de nos recherches d'his- tologie. Cellules nerveuses ou ganglionnaires. — Chez les Hyobranches, les cellules nerveuses sont le plus souvent triangulaires, quelque- fois elles sont fusiformes, elles ont un noyau et un nucléole. Cha- cune d'elles envoie trois prolongements : un dans la racine an- térieure, un autre dans la racine postérieure, le troisème, qui est un prolongement commissural, passe en avant du canal central pour se rendre dans une cellule correspondante de l'autre moitié de la moelle (V. Leydjg, Histol., trad. franc., p. 196, coupe transversale de la moelle du Salmo Salar, d'après Owsjannikow). o8 NOTIONS GÉNÉRALES. Substajice blanche. — Elle est composée de fibres nerveuses qui augmentent de nombre à mesure qu'elles approchent de la moelle allongée. Les fibres nerveuses sont très-voisines les unes des autres; elles sont séparées par des lamelles de tissu conjonc- tif excessivement déliées ; elles sont formées d'un cylindre-axe, d'une enveloppe médullaire et d'une gaine très-délicate de tissu conjonctif. SYSTÈME NERVEUX PÉRIPHÉRIQUE ; NERFS CÉRÉBRO-SPINAUX. Les nerfs sont formés par la réunion de fibres plus ou moins nombreuses. Ces fibres ou tubes nerveux sont généralement, chez les Hyobranches, comme chez les vertébrés supérieurs, compo- sées de trois éléments : une partie centrale ou cylindre-axe, une substance blanchâtre qui entoure le cylindre-axe, c'est la matière médullaire ou myéline, enfin une enveloppe spéciale de tissu conjonctif, appelée membrane ou gaine de Schawn. Dans les Cyclostomes, la substance médullaire, suivant quelques anatomistes, manque complètement, de sorte que le cylindre- axe est directement en rapport avec la gaine de Schawn. Mais, comme le fait remarquer M. Mil ne Edwards (t. XI, p. 160), Stil- ling prétend que la substance médullaire se trouve aussi dans les nerfs des Cyclostomes, qu'il n'y a pas chez eux exception h la règle générale. Les nerfs cérébro-spinaux ont été appelés, suivant leur ori- gine, nerfs crâniens ou nerfs spinaux. Nous allons donner une courte description de ces différents nerfs en commençant par l'étude des nerfs cérébraux. Nerfs crâniens, cérébraux, encéphaliques. — Ces nerfs sont ou de nerfs purement sensitifs, de sensibilité spéciale, ou des nerfs moteurs, ou des nerfs mixtes. Nerf olfactif ou première paire. — 11 fait suite au processus olfactif, et se compose, comme chez les autres vertébrés, de fibres pâles sans myéline. Le nerf olfactif est plus ou moins développé ; il est souvent entouré d'un névrilemme plus ou moins pigmenté. SYSTEME NERVEUX. 'il) Nerf optique ou deuxiome paire. — Les nerfs optiques forment chez les Plagiostomes, l'Esturgeon, un chiasnia véritable , ils sont unis par des fibres commis- surales ; chez les Pois- sons osseux ils se croi- sent en passant l'un au- dessns de l'autre sans échanger de fibres ner- YBuses; cependant une fois j'ai YU, chez le Maigre {Sciœna aquila), une commissure réunir les deux nerfs optiques ; il serait intéressant de \'iir vérifier si le cas se pré- sente assez souvent, ou si je n'ai eu qu'une simple anomalie sous les yeux. 11 arrive par- fois que l'un des nerfs passe au milieu des fais- Eig. 'J. — IStrfs crâniens de l'Ange {Sqiiatina ceaux écartés de l'autre angélus], nerf, comme dans le I, processus olfactif. II, nerf optique, in, N. mo- P j 1 t*^"^" oculaire commun. IV, N. pathétique. V, N. tri- Hareng ; cependant , jumeau. VI, n. moteur oculaire externe. VII, N. facial. ainsi que le fait remar- ^"'' ^- acoustique. IX, n. glosso-pharyngien. X, N. ^ _ _ pneumogastrique. quer StanniuS, il y a des 1. mocUe épinière. 2, cordon antérieur de la ,. ,• i-^ moelle. 3, pointe du calamus scriptorius. 4, cordon exceptions particulières, postérieur de la moelle. 5, faisceau externe de la Le nerf optique forme pyramide postérieure. G, lame postérieure s'enga- geant sous le cervelet. 7, sac vasculaire et au-dessus ordinairement une es- les lobes optiques. 8, cerveau intermédiaire. 9, lobes pèce de membrane plis- f^!"'"?; '^; P'^^''^''^ olfactif du côté droit n. ' i lobule olfactif avec une partie de la capsule ollac- sée qu'on peut étendre tive. 12, cartilage, cavité logeant une partie de 1 ,. .,., , l'oreille. avec assez de tacilite. Nf/'fmofn/r oculaire commun ou nerf de la troisième paire. — 60 NOTIONS GÉNÉRALES. Il naît à la partie inférieure du cerveau, un peu en arrière des lobes inférieurs ; il donne des branches à tous les muscles de l'œil, excepté au grand oblique et au droit externe ; il fournit un rameau au ganglion ophthalmique chez certains Poissons, Pagel centrodonte, etc. ; il envoie souvent des rameaux qui pénètrent dans le globe de l'œil. Nerf pathétique ç>\\ nerf de la quatrième paire. — Il naît tou- jours entre les lobes optiques et le cervelet; il se distribue dans le muscle oblique supérieur ou grand oblique de l'œil. ISlerf trijumeau ou nerf de la cinquième paire. — Il prend son origine sur les côtés, dans les renflements de la moelle allongée, il se distribue à de nombreux organes. Chez les Plagiostomes, il envoie des branches à la muqueuse de la bouche, aux muscles des mâchoires, à la peau, aux vésicules de Lorenzini ; il forme le nerf ophthalmique. Sa distribution est cà peu près la même chez les Poissons osseux, moins naturellement ce qui a rapport aux vésicules de Lorenzini. Chez beaucoup de Téléostéens, le trijumeau forme un nerf ou tronc latéral qui s'étend parfois jusqu'à l'extrémité du corps ; ce nerf latéral suit la ligne du dos, et fournit des rameaux à la dorsale simple ou multiple et à ses muscles ; dans certains Poissons le nerf latéral vient du triju- meau et du pneumogastrique ; chez beaucoup de Cyprinidés le nerf latéral du trijumeau manque, il est remplacé par un rameau du pneumogastrique (V. F. Fée, Recli. Syst. lat. jmeumogast . Strasbourg, 1869). Nerf moteur oculaire externe ou nerf de la sixième paire, nerf abducteur. — Il naît à la face inférieure de la moelle allongée, des pyramides antérieures, par deux racines le plus souvent assez près de son congénère ; il distribue ses rameaux dans le muscle droit externe. Nerf facial ou nerf de la septième paire, nerf operctilaire. — Il naît près du nerf auditif ; il s'unit promptement au trijumeau, quelques anatomistes le considèrent môme comme un tronc de ce dernier nerf ; il est généralement bien développé, il fournit des rameaux à l'appareil branchial, aux muscles de l'opercule, SYSTÈME NERVEUX. 61 de la membrano branchiostége chez les Téléostéens ; il donne également des rameaux au\ muscles des mâchoires, principale- ment aux constricteurs. Nerf auditif ou de la huitième paire, nerf acoustique. — 11 est très-développé ; il naît par plusieurs racines à la partie latérale de la moelle allongée, dans Tintervalle qui sépare le trijumeau du pneumogastrique. Il fournit de nombreux ra- meaux aux organes de l'ouïe. Les ramifications nerveuses sont très-abondantes sur le sac et les ampoules des canaux semi- circulaires. Nerf fjlosso-pharyngienonnevi àe la neuvième paire. — Ilsortde la partie latérale de la moelle allongée en avant du pneumogas- trique, avec lequel il semble parfois s'unir. Il forme sur son trajet, avant de se diviser en deux rameaux, un ganglion plus ou moins volumineux. Chez les Poissons osseux, le rameau anté- rieur se distribue dans la muqueuse de la bouche, dans la fausse branchie; le deuxième rameau ou nerf branchial est destiné à la première branchie. Chez les Plagiostomes, le rameau antérieur se porte dans la branchie hyoïdienne et l'autre rameau va sur la face antérieure de la deuxième branchie. Nerf pneumogastrique ou de la dixième paire. — Il est toujours très-développé ; il naît des parties latérales ou des renflements de la moelle allongée; il a toujours plusieurs racines; il en a généralement deux chez les Téléostéens et chez beaucoup de Plagiostomes; l'une des racines est pourvue d'un ganglion. Le pneumogastrique fournit des rameaux à l'appareil respiratoire, au commencement du tube digestif, à l'estomac, au cœur; il donne encore chez beaucoup de Poissons osseux des rameaux à la vessie natatoire. Il forme, soit seul, soit avec d'autres ra- meaux, un nerf des plus remarquables, appelé nerf ou tronc latéral du 2:)neumogastrique. Ce nerf se partage en branches dont il est impossible de suivre ou d'indiquer toutes les direc- tions ; nous dirons seulement qu'il envoie de nombreux rameaux au système canaliculé latéral. Il se termine par une bifurcation chez beacoup de Poissons osseux (V. F. Fée, loc. cit.). Le nerf 62 NOTIONS GÉNÉRALES, latéral du pneumogastrique se trouve encore chez des Batra- ciens, surtout chez les Pérennibranches. Nerfs spinaux ou rachidiens. — On a donné parfois le nom d'hypoglosse au nerf qui naît de la moelle épinière par une, deux et même trois racines ; mais ce nerf, qui envoie des ra- meaux à la région dorsale, à la nageoire pectorale, doit être considéré comme un nerf rachidien. Les nerfs spinaux naissent ordinairement par deux racines : Tune antérieure ou ventrale, Milne-Edwards ; l'autre postérieure ou tergale, Milne-Edwards; la racine ventrale est motrice, la racine tergale, pourvue d'un renflement ganglionnaire, est sen- sitive. D'après Swann et Stannius, il y a chez quelques Gades, la Morue [Gadus Morinia), deux racines postérieures; dans l'Or- phie [Belone vulgaris), le premier nerf spinal a deux racines pos- térieures (V! Stânn, m. anat. co7np., t. II, p. 65). Les racines de chaque nerf spinal se réunissent pour former un seul cordon, soit dans le canal rachidien, soit en dehors de ce canal ; parfois les racines sont indépendantes dans presque toute la longueur du nerf; elles sont accolées et non fusionnées; il est facile de les isoler complètement. Dans les Sélaciens, les racines nerveuses, en général, sortent isolément du canal verté- bral, la racine motrice ou antérieure par le trou du cartilage crural, et la racine sensitive ou postérieure par le trou du carti- lage intercrural. Chez les Téléostéens, les nerfs sortent du canal rachidien par l'espace qui sépare les lames vertébrales; mais il n'y a rien d'absolu à cet égard : ainsi les lames verté- brales des Baudroies sont percées d'un orifice pour donner pas- sage à l'un des nerfs. Chez les Poissons osseux, la réunion des racines se fait ordinairement beaucoup plus près de leur origine que chez les Sélaciens. Le nombre des nerfs est excessivement variable chez les Pois- sons, il est en rapport avec le nombre des vertèbres. Il nous est impossible d'entrer dans de longs détails sur les modes et les variétés de distribution que présentent les nerfs spinaux. Ils se partagent en plusieui'S branches : les unes supé- SYSTÈME iNERYErX. 63 rioiires ou dorsales, les autres moyennes ou latérales, les der- nières inférieures ou ventrales. Les branches nerveuses peuvent s'anastomoser avec les branches voisines des autres nerfs spi- naux, avec les branches du tronc latéral du nerf trijumeau, et surtout avec le rameau du nerf latéral du pneumogastrique. Les pectorales reçoivent leurs nerfs des paires spinales anté- rieures. Quant aux ventrales, il est impossible de préciser le lieu d'origine des nerfs qui les animent; il est évident que le lieu d'origine des nerfs doit changer en raison de la position va- riable de ces nageoires. SYSTÈME DU GRAND SYMPATHIQUE, SYSTÈME NERVEUX GANGLIONNAIRE. Il manque ou paraît manquer chez les Cyclostomes ; il se trouve chez les Hyobranches. Le système du grand sympathique est formé de deux cordons principaux qui sont placés de chaque côté de la colonne verté- brale et portent des renllements d'espace en espace. A la partie antérieure de chaque cordon se trouve un ganglion plus ou moins volumineux, qui envoie des rameaux au nerf trijumeau, au nerf glosso-pharyngien et au nerf pneumogastrique. Suivant la plupart des auteurs, le premier ganglion enverrait aussi un rameau aux nerfs ciliaires. Je n'ai aperçu chez le Thon, chez le Germon, chez le Pagel aucun rameau du sympathique allant au ganglion ophthalmique. Je me propose de faire de nouvelles recherches sur cette disposition anatomique. Cuvicr croit avoir vu le grand sympathique uni à la sixième paire dans la Morue, et Bûchner croit également avoir vu cette anastomose dans un Cyprin (V. Bûchner, Méin. syst. 7ierv., Barbeau. Strasbourg, 1836, p. 31). Le nombre des ganglions est excessivement variable, il semble même différer sur chacun des cordons chez le même individu ; un des premiers ganglions peut manquer d'un côté et celui du côté opposé envoie les rameaux nerveux anastomotiques. 04 NOTIONS GÉNÉRALES. Dans une Roussette à grandes taches, je compte, à partir de la tète jusqu'au niveau des reins, dix-neuf ganglions de chaque côté ; les deux premiers ganglions sont excessivement développés ; le premier envoie en avant des rameaux aux nerfs que nous avons indiqués, et latéralement il est uni par un connectif à celui du côté opposé. Le deuxième ganglion est très-allongé et bifur- qué en arrière ; les ganglions suivants sont plus petits et plus ou moins ovales ; ils reçoivent des branches anastomotiques venant des nerfs spinaux. Les cellules nerveuses ne m'ont pas semblé très-abondantes dans ces ganglions ; il faut dire que l'animal qui a servi à mes recherches était péché depuis quelque temps. Sur un autre individu, j'ai trouvé des cellules nerveuses mesurant : longueur O™", 036 ; largeur 0™"',020 et des noyaux à nucléole mesurant G"", 006. Dans l'Aiguillât commun [Acanthias vulgaris), le système du grand sympathique est assez facile à étudier ; les ganglions ren- ferment des cellules bien développées avec des noyaux assez volumineux. Le grand sympathique envoie des rameaux aux branchies, aux organes digestifs, aux reins et surtout aux capsules surrénales, aux testicules, aux ovaires et à leurs dépendances, à la vessie urinaire, à la rate, et, chez beaucoup de Téléostéens, à la vessie natatoire. D'après Stannius, chez les Poissons osseux le cordon terminal du grand sympathique s'étend jusqu'à l'extrémité pos- térieure « du canal spinal inférieur ». (Stan., Anat. comp.) PEAU La peau des Poissons est enduite d'un mucus visqueux, plus ou moins épais, formé par une matière amorphe au milieu de laquelle se trouvent des cellules épithéliales. soit entières, soit le plus souvent en partie détruites, des noyaux, et parfois encore d'autres éléments anatomiques tels que des cellules muqueuses avec leur contenu. Elle comprend deux parties distinctes, l'épi- SYSTÈME NKHVEUX. 65 derme et le derme. L'épiderme est composé de cellules qui. dis- posées par couches, sont généralement polyédriques et ordinai- rement incolores, mais quelquefois plus ou moins pigmentées (Anguille). Le derme est constitué par des fibres de tissu con- jonctif entrelacées, sans trace de fibres musculaires ; il est plus ou moins adhérent aux tissus sous-jacents ; parfois il acquiert une très-grande épaisseur. Il est tantôt d'une teinte plus ou moins sombre, tantôt il est brillant des éclats les plus splendides. Plu- sieurs physiologistes et anatomistes, parmi lesquels nous citerons G. Pouchet, ont fait des recherches intéressantes sur la cause des changements de coloration qui se remarquent chez les Poissons. Les téguments de ces animaux sont, d'après Canestrini, }>ourvus de chromatoblastes ou de chromatophores contractiles analo- gues à ceux qui existent chez les Cé[)halopodes. Les chromato- phores sont de teinte noirâtre ou rougeàtre ; suivant Canestrini, les chromatophores noirs, quand ils sont dilatés, élargis, présen- tent la forme d'une étoile avec des rayons ramifiés; les autres sont plus petits, ils n'ont que des prolongements courts et peu nombreux. C'est à l'expansion, à l'élargissement des chromato- phores rouges qu'est due la parure de noces de nombreux Pois- sons (Canestr.). Exposés à une vive lumière, les Poissons devien- nent pâles par suite de la contraction des chromatophores ; placés dans l'obscurité, ils prennent au contraire une teinte plus sombre en raison de l'épanouissement, de la dilatation des chro- matophores. M. G. Pouchet a publié une note sur le rôle des nerfs dans le changement de coloration des Poissons, dans les Coiyiptes rendus de P Académie des sciences, 1871, 20 juin. — A la suite d'expériences très-ingénieuses, l'auteur est parvenu à démontrer que les changements rapides de coloration observés chez divers Poissons sont dus à la contraction ou à la dilatation des chromatoblastes cutanés ; que ces changements de coloration ne se produisent plus quand on paralyse les chromatoblastes par la sec- tion des nerfs correspondants, que ces nerfs tirent leur activité du grand sympathique. (V. Origine enibrijonnaire des chromatoblastes on chromatophores, C^. \{o\im,Anat. et Physiol. cellulaires, p. 323.) 66 NOTIONS GENERALES. L'absence ou la disparition des chromatophores noirs produit V albinisme; le Poisson est d'un rouge pâle avec la pupille rouge ; on en trouve des exemples chez la Loche franche [Cobitis bar- hatula) (Canestrini). L'éclat argenté dont brillent beaucoup de Poissons est dû à la présence de lames microscopiques qui se trouvent à la face postérieure des écailles, sur les opercules, l'iris, et même sous la peau, sur le péritoine et la vessie natatoire. Par suite d'un état pathologique, ajoute Canestrini, ces lames peuvent manquer; Siebold a donné à ce phénomène le nom d'Aiampia. (Canestr. Comp. ZooL Anat. comp., t. I, p. 268-269.) Il est inutile de rappeler que ce pigmen-t nacré est employé dans l'industrie pour la fabrication des fausses perles. A côté des Poissons qui per- dent leur éclat il en est d'autres au contraire qui présentent acci- dentellement une teinte noirâtre uniforme et sont réellement atteints de mélanisme; parmi ces derniers, je citerai le Serran hépate. Le système de coloration peut varier d'une façon normale sui- vant l'âge, Raie bordée, état jeune de la Raie blanche ; suivant le sexe. Labre mêlé, mâle. Labre à trois taches, femelle ; suivant certaines époques, au moment du frai les mâles de beaucoup d'espèces. Vairon, Epinoche, etc., prennent une livrée bien plus brillante : ils revêtent leur habit de noces. Les glandes cutanées manquent complètement, à moins qu'on ne veuille regarder comme des glandes monocellulaires les cel- lules muqueuses de Leydig. Les cellules muqueuses sont beau- coup plus développées que les cellules épidermiques ; elles sont ovoïdes, quelquefois pyriformes ; elles contiennent un noyau et une matière granuleuse très-distincte. Elles manqueraient, suivant Leydig, chez les Plagiostomes ; cependant elles se voient facilement chez l'Ange, ainsi que je l'ai souvent constaté. La peau est toujours nue chez les Pharyngobranches et les Marsipobranches ; chez les Hyobranches elle est ordinairement recouverte de pièces dures qui forment le dcrmosquelette , ou squelette externe. SYSTÈME NERVEUX. 67 Bermosque.lf'tte . — Le squelette ex.teriie des Ilyobranchcs pré- sente les modifîeations les plus singulières ; quelquefois il est à peine sensible, il n'est formé que d'écaillés excessivement fines, cachées dans la peau, Anguille ; ou bien il acquiert un dévelop- pement considérable, il enferme le corps dans une espèce de cuirasse, Cotfre. En raison des différences qu'il présente il doit être étudié à part dans chacune des trois divisions composant la sous-classe des Hyobranches. Plagiostomes. — Ils sont généralement couverts de scutelles, petites pièces plus ou moins épineuses qui rendent parfois la peau de certains Squales si rude au toucher et qui constituent le chagrin. Outre ces scutelles, il y a encore des aiguillons sur la queue des Raies, des boucles, épines à large base, sur le corps de quelques Sélaciens, Squale bouclé. Raie bouclée. Ces diverses pièces sont formées dedentine, et comme l'ont démontré Steens- trup [Ann. Sc.natur., 1861, t. XV, p. 308) et A. Hannover [Id., 1868, t. IX, p. 373), « les écailles placoïdes ne croissent pas avec le Poisson, leur existence n'est que temporaire; un requin renouvelle plusieurs fois son vêtement d'écaillés avant d'at- teindre sa taille définitive. » (Steeins.) « Les écailles elles épines des Poissons cartilagineux sont construites absolument de la même manière que les dents et présentent un mode de dévelop- pement identique. » (IIan.n.). Chez la Raie bouclée il est assez facile de suivre l'évolution des boucles qui s'élèvent peu à peu au-dessus de la peau et finissent par tomber, laissant à leur place une espèce de tache pâle. J'ai constaté que parfois dans cette espèce les boucles peuvent être réduites à un très- petit nombre, deux ou trois, et même peuvent manquer ab- solument. Ganoïdcs ou plutôt Esturgeon . — La tête de l'Esturgeon est com- plètement garnie d'os cutanés, grandes plaques rugueuses, affec- tant une certaine régularité et portant des désignations particu- lières que nous indiquerons plus tard. Sur le corps s'étendent des séries de pièces appelées éciissous ; vers la caudale se trou- vent des pièces plus petites nommées fulcres. 68 NOTIONS GÉNÉRALES. Poissoiis osseux. — Chez oiix le dermosquelette présente plu- sieurs types. Les Lopliobranclies ont le corps entoure danneauv, de seg- ments articulés entre eux et permettant des mouYements plus ou moins étendus. Les Plectognathes sont, les uns enfermés dans une cuirasse qui ne laisse de libres que les nageoires et le tronçon de la queue, les autres armés d'épines plus ou moins isolées ; d'autres enfin ont une peau épaisse, couverte de petits segments polyédriques. Les Chorignathes montrent le type des véritables Poissons écailleux. Les écailles sont imbriquées le plus souvent, rangées par séries régulières ; elles sont persistantes, elles grandissent avec l'animal, elles sont lisses ou cycloïdes, rudes ou cténoïdes. Parfois les écailles de la ligne latérale prennent un développe- ment beaucoup plus grand que les autres. Caranx, et sont ap- pelées boucliers. Rarement, au lieu de véritables écailles il y a des tubercules plus ou moins durs, Turbot, Cycloptère Lompe. Les Apodes ont un dermosquelette presque nul, ils ont des écailles cachées dans la peau, ou même ils sont complètement nus. ORGANES DU TOUCHER La peau, souvent couverte de pièces dures, épaisses, n'est pas, en général, d'une grande sensibilité ; cependant elle présente deux systèmes d'organes du tact ou du toucher : le système pa- pillaire et le système désigné autrefois et parfois encore au- jourd'hui, sous le nom de système ou d'appareil muqueux. Système jjapillaire. — Il se développe principalement sur le museau, les lèvres et certains appendices cutanés. Il est formé de papilles plus ou moins volumineuses, se décomposant, le plus souvent, en papilles secondaires. Les papilles se terminent généralement en cupules qui portent dans la région épidermi- que des petits corps arrondis ou ovales, appelés organes cyathi- forrnes par Leydig, corps ovoïdes par Jobert. Parfois les corps OKGANES DU TOUCHER. 69 ovoïdes ne reposent pas sur les papilles, mais ils en reçoivent toujours Textrémité des tubes nerveux. Nous ne pouvons étudier les diverses modifications que présentent ces organes; et au lecteur désireux d'avoir sur ce sujet des notions plus étendues, nous indiquerons rexcellent travail du docteur Jobert : « Études d'anatomie comparée sur les organes du toucher». [A?m. Se. natur., 1872, t. XVI.) Les appendices cutanés sont de deux sortes : les uns sont simples et mous, les autres sont pourvus d'un squelette, ou plutôt ils sont portés sur des pièces solides, articulées et mobiles. Organes du toucher formés de simples appendices cutanés. — Ils présentent de nombreuses modifications, et sont générale- ment placés sur la tète ; ils portent différents noms tirés, soit de leur position, soit de leur forme; nous citerons les barbil- lons des Carpes, des Loches, les tentacules qui bordent le disque labial des Lamproies, les franges qui se trouvent vers les narines ou vers la bouche de certains Squales, des Baudroies, le lambeau charnu de la bouche de l'Uranoscope, les cils qui se montrent sur la tète des Soles, les appendices variés qui se remarquent sur les sourcils, la nuque de beaucoup de Blennies. Parfois il y a des lambeaux cutanés sur le tronc, dans les Scor- jiènes. Orejanes du toucher portés sur des pièces solides et jouissant d'une mobilité plus ou tnoins grande. — Les nageoires sont des organes du toucher qui, par suite de certaines dispositions, peu- vent acquérir un grand degré de sensibilité. Parfois, comme dans les Baudroies, les rayons antérieurs de la première dor- sale sont détachés , placés en avant près du museau ; ils ont une mobilité très-marquée, deviennent de véritables tentacules; par- fois, comme dans les Trigles, les rayons inférieurs de la pecto- rale sont libres, séparés, pourvus d'un appareil musculaire spécial' ils sout en même temps des organes de tact et de pro- gression. L'os hyoïde lui-même, chez les MuUes, présente une modification des [dus singulières : il donne de chaque côté un rayon osseux qui forme le squelette du barbillon jugulaire. 70 NOTIONS GÉNÉRALES. Si/stcrne de la ligne latérale, etc. Système ou aj)pareil muqiieux. — Ce système est compose des organes les plus singuliers qui ont été regardés primitivement comme étant destinés à sé- créter le mucus dont est couvert le corps des Poissons, et qui, en i-aison de leurs prétendues fonctions, ont été désignés sous le nom général à'i{\)\)^YQ\\ mvqiieiix owmuciparc. Cet appareil, et le fait est maintenant bien établi, est un ap- pareil nerveux qu'on peut, suivant le docteur Todaro, nommer appareil spécial ou tactile de la peau des Poissons ; c'est pour Leydig, « un nouvel organe des sens. » (Leydig, Traité d'histolo- gie, trad. franc., p. 227.) 11 se montre sous trois types différents ou sous trois variétés morphologiques : type de la ligne latérale ; type des ampoules de Lorenzini ; type folliculaire nerveux. Tyi^e de la ligne latérale ou Systè/ne canaliculé latéral, Leydig. — 11 existe chez tous les Poissons ; c'est en quelque sorte le signe caractéristique de la classe, bien qu'il se rencontre parfois dans certaines larves de Batraciens, Rana, Bufo, Pelo- batcs (F.-E. Schiîltze). Sur le tronc, cet appareil est placé de cha([ue côté et prend le nom de ligne latérale : il a le plus sou- vent la forme d'un simple canal; mais sur la tête il se partage en tubes })lus ou moins nombreux, comme on peut le voir dans la Chimère, et présente une régularité particulière à cha- que espèce. Le canal est pourvu de deux parois; la paroi in- terne a ou paraît avoir la même structure dans toute la classe des Poissons. Quant à la paroi externe, elle montre certaines différences anatomiques; elle est constituée, soit par du tissu conjonctif ordinaire, soit par du tissu fibro-cartilagincux, soit enfin par du véritable tissu osseux ; dans ce dernier cas, le tube esta moitié ou complètement ossifié. Chez beaucoup de Plagiostomes, le canal latéral proprement dit fait une saillie ou se voit le long des flancs ; dans la plupart des Poissons osseux, il traverse une série d'écaillés différentes des autres. La disposition de ces écailles, qui forment la lig?ie latérale, fournit de très-bons caractères pour la diagnose. Les trous qui traversent les écailles de la ligne latérale sont ordinai- ORGANES DU TOUCHER. "?< rcment visibles à rcxtérieiir ; ils ont été regardés comme des orifi- ces de cryptes ou de glandes sécrétoires. Chez les Poissons osseux, le canal latéral se dÎNise sur l'arriére de la tète le plus souvent en trois branches : 1° une branche transversale qui g ■■■ s'anastomose avec la bran- che correspondant(> du coté opposé ; 2° une branche qui. en arrière de l'œil, se subdi- vise en deux canaux pas- sant l'un au-dessus, l'autre au-dessous de l'œil, pour aller vers le bout du mu- seau; 3" la branche de la Fig. 10 mâchoire inférieure. La surface interne du ca- nal latéral est tapissée d'un épithélium qui paraît assez variable dans sa forme sui- vant les familles ou au moins suivant les ordres. Canal latéral de l'Émissole commune (Mustelus vulgaris) ; coiq^e lon- gitudinale. — Grossissement modéré. 1 , filets nerveux dans l'intérieur du canal ; 2, filets nerveux pénétrant dans le canal la- téral ; 3, filets nerveux allant se réunir à d'au- tres filets nerveux et former une espèce de papille, 4, ou plutôt un bouton nerveux ; 5, in- térieur du canal latéral. G, paroi du canal composée de deux couches ; la couche externe D„ . ^ est la plus épaisse. es rameaux nerveux pêne- trent dans le canal et s'y terminent en boutons dans les Poissons osseux. Parfois ces boutons, comme le fait remarquer Leydig, prennent un grand développement dans les canaux de la tête, ainsi qu'on peut le voir sur un Poisson assez commun aux envi- rons de Paris, la Grémille ou Perche gonjonnière. Dans les Pla- giostomes les nerfs s'anastomosent ou plutôt s'entrelacent les uns avec les autres, ils forment un cordon continu et souvent des espèces de grosses papilles ou de boutons entortillés. Type des tubes de Lorenzini, F. Boll, Todaro [Tubes gélati- neux., Leydig). — Il vaut mieux donner à ces ampoules et k ces tubes le nom de l'anatomiste qui le premier les fit connaître. Cet appareil se rencontre seulement chez les Plagiostomes ; il se présente sous forme de tubes ouverts à la surface de la peau 72 NOTIONS GÉNÉRALES, et renflés en ampoules à leur extrémité interne. Les tubes ne sont jamais ramifiés; ils sont remplis d'une gelée épaisse^ trans- parente, sans structure distincte, à l'exception des débris d'épi- Ihélium qui peuvent s'y trouver. Ils ont été primitivement regardés comme constituant un appareil de sécrétion par Loreu- zini, 1678, puis par Monro, 1785. Et. Geoffroy Saint-Hilaire les compara aux organes électriques de la Torpille {Ajui. du Muséum, 1802, p. 392,397); Jacobson n'accepta aucune des opi- nions de ses devanciers et considéra cet appareil comme un organe du toucher. (Sur un organe particulier des sens chez les Raies et les Squales, Nouv. Bull. Soc. Philom., Paris, 1812, t. VI.) De Blainville adopta cette manière de voir. « Il faut sans doute regarder comme appartenant à cette modification du sens du toucher, certains organes fort singuliers, sinon découverts, au moins complètement observés et décrits par M. Jacobson dans les Squales et dans les Raies. » (Blainv., Princ. Anat. comjj., p. 227.) « Ces organes paraissent donc être quelque chose d'inter- médiaire au phanère et au crypte. » (Id., ibid.., p. 228.) 11 faut bien l'avouer, nous ne connaissons vraiment pas l'usage de cet organe. Ne servirait-il pas comme un instrument barométrique indiquant à l'animal les changements de pression? C'est encore une hypothèse. D'après M. Schultze, c'est un organe tactile des- tiné à faire percevoir aux Sélaciens les mouvements de l'eau. Les tubes de Lorenzini se rencontrent principalement à la tête, ils forment plusieurs groupes réguliers, symétriques, dont il est inutile d'indiquer la situation précise ; ils sont, à leur ori- gine, enveloppés dans une capsule fibreuse d'où ils sortent en divergeant. Ils varient de longueur et de grosseur suivant les espèces ; leur paroi externe est résistante, clic paraît formée par l'enveloppe du faisceau nerveux qui pénètre dans l'ampoule, elle est constituée par du tissu conjonctif contenant une grande quantité de fibres élastiques, La paroi interne du tube est revêtue de cellules épithéliales. L'extrémité cœcale est renflée en ampoule de forme un peu ORGANES UlJ TOIU^HER. '■'> ilitlV' rente suivant les espèces. L'ampoule est séparée du tube par une sorte de collet et parfois par un diaphragme ; elle a une paroi peu épaisse, sur laquelle viennent se rendre des vaisseaux sanguins ; elle contient un organe de sensibilité spéciale. Cet organe se compose de vésicules plus ou moins nombreuses selon les espèces ; les \ ésicules sont pour ainsi dire indé- pendantes de l'ampoule; elles ont une membrane propre; elles sont réunies autour d'un axe central ; elles sont plus ou moins allongées; elles renferment des cellules à noyaux de forme variable. Un faisceau ner- veux venant de la cinquième paire pénètre au centre de Tampoule ; il y^^ ^ est constitué par autant de cordons qu'il y a de vésicules dans l'intérieur de l'ampoule : il en existe quatre seulement chez la Pastenague, huit .. ^^' =>i-f ^^^ b, veine; c paroi de " 1 ampoule qui renferme huit ve- chez le Myliobate, douze dans l'A- sicules;D, tube coupé; E, faisceau Canthias commun. En général, nerveux pénétrant dans lampoule ; il est composé de huit cordons. d'après le docteur Todaro, le nombre des fibres nerveuses (cordons) des Raies et des Chimères est de dix à douze ; il est plus grand que dans les Squales, chez lesquels l'anatomiste italien en compte à peine cinq à huit. 11 n'y a rien de précis dans cette manière de voir. Le docteur Todaro indique douze cordons nerveux dans le faisceau allant à l'ampoule de la Raie Ratis (fig. 3), qui n'a que huit vésicules ; c'est au moins une anomalie très-surprenante. Quant à moi, j'ai toujours trouvé, et j'insiste sur ce point, autant de cordons ner- veux qu'il y a de vésicules dans l'ampoule. Maintenant il nous reste à examiner le trajet et la terminaison des nerfs. Après son entrée dans l'ampoule, chaque cordon on [)lutot Tubv de Lorcnzini, son extrémité interne renflée en ampoule {Émissole commune). — Grossissement modéré. 7i NOTIONS GENERALES, chaque cylindre axe change de direction; au lieu de continuer en ligne droite suivant l'axe du tube, il s'infléchit en s'éloignant du centre et pénètre dans une vésicule par le côté interne. D'après le docteur Todaro, les cordons nerveux entreraient dans les vési- cules par le côté externe, puis se diviseraient pour former des lacis ou des plexus terminaux. Il m'a toujours semblé au contraire que tout cordon nerveux se termine dans une vésicule correspon- dante ; en se servant d'une solution de potasse ou de soude, il est parfois assez facile d'isoler les vésicules les unes des autres , on voit alors chacune des vésicules attachée à l'extrémité d'un cordon nerveux complètement séparé des autres cordons, ce qui n'arriverait pas s'il existait des plexus nerveux. Je ne partage pas l'opinion du docteur Todaro, mais je me plais à rendre jus- tice à son talent et j'invite les lecteurs à prendre connaissance de son intéressant mémoire. Type de r cq'tpareil folliculairenerveux. — Cet appareil singulier semble exister seulement chez les Torpilles ; il a été découvert par P. Savi qui en indique ainsi la position : « Cet appareil se trouve sur le bord autour de la partie antérieure de la bouche et des narines, et s'étend sur les périphéries delà partie antérieure des organes électriques et même sur la moitié antérieure de leur côté externe, où il repose sur le cartilage de la nageoire et sur les membranes aponévrotiques qui en couvrent la surface. » « Il est formé par» des « séries linéaires de follicules ou de cellules mem- braneuses » « remplies d'une humeur gélatineuse. » (P. Savi, Traité Phén. électro-pkysiol. (uiim., Matteucci, etc., p. 332.) Ces follicules reçoivent des rameaux de la cinquième paire, ils sont assez gros pour être vus à l'œil nu; dans la Torpille marbrée, ils mesurent à peu près un millimètre de diamètre. La membrane externe supporte quelques vaisseaux sanguins ; la membrane in- terne est tapissée par des cellules épithéliales à noyau. A la base du follicule se trouve unrenflement dans lequel s'épanouit l'extré- mité du rameau nerveux. La disposition du nerf dans le bouton me jtaraît analogue à celle de la papille dans le canal latéral des Platiiostomes. ORf.ANE DE LA VUE. 75 Sacs muqueux courts. — Leydig (/oc. c/^., p. 224) donne co nom à des org-anos qui ne ?e rencontrent que dans l'Esturgeon et les Myxinoïdes. « Chez l'Esturgeon, dit-il, ces formations n'existent qu'à la peau de la tête et sont de grosseur variable. La paroi du sac est formée par la couche limite du tissu conjonctif qui se trouve sous la peau et renferme de la gélatine. » L'opinion de Leydig n'est pas exacte ; d'abord ces prétendus sacs ne sont que des dépressions peu profondes, plus ou moins circulaires. Si nous étudions l'un de ces organes, nous constatons qu'il est li- mité par un léger bourrelet entourant une surface, une plaque chagrinée avec de petits enfoncements séparés par des travées principales. Ces enfoncements sont en nombre variable suivant les plaques, depuis six à huit jusqu'à une douzaine ; ils sont à peu près ovales, ils sont traversés par des travées secondaires qui les divisent en cinq à huit cellules. Il est évident que ces organes sont des organes du tact, mais différents des tubes de Lorenzini ; ils portent sur le bourrelet et les travées principales des papilles très-développées, que Leydig n'a pas signalées ; ils rentrent dans le système papillaire. ORGANE DE LA VUE L'appareil lacrymal n'existe pas chez les Poissons. Paupières. — Les paupières mobiles manquent chez la plupart des Poissons. La peau souvent passe au-devant de l'œil sans former aucun repli; elle s'amincit seulement et devient plus ou moins transparente, Gades, Anguilles. Dans certaines espèces, surtout chez les Scombres, les Chipes, les Muges, elle con- stitue ce qu'on appelle une paupière adipeuse, soit deux re- plis verticaux ou semi-lunaires. Muge céphale, soit une espèce de bourrelet ou de repli circulaire. Muge capiton ; ces paupières ne jouissent d'aucune mobilité. Parfois la peau forme deux replis longitudinaux dans certains Squales, Hexanche, Iluman- 76 NOTIONS GÉNÉRALES. tin. Chez rHumantin môme les deux replis semblent jioiivoii' se rapprocher et faire une sorte de l)outonnière. Cependant certains Plagiostomes, Emissole,Milandre, Requin, •Marteau , sont pourvus d'une paupière mobile qui rappelle la mem- brane nictitante des oiseaux et porte le nom de imuiViereiiictitcnitc ou clignotante. Cette espèce de paupière inférieiu'e recouvre plus ou moins l'œil, elle est fixée par un tendon court, assez large à l'angle antérieur de l'orbite, elle se relève ou s'abaisse suivant la contraction ou le relâchement d'un long muscle qui va en arrière s'insérer au crâne, et qui porte, chez le Milandre, sur une poulie de renvoi fibreuse. Ce muscle reçoit un rameau du nerf moteur oculaire commun. D'après Cuvier, le Poisson-lune présenterait une particularité des plus remarquables : u Son œil peut être entièrement couvert par une paupière percée circulairement et qui se ferme au moyen d'un vrai sphincter. Cinq muscles disposés en rayons et s'atta- chant au fond de l'orbite, en dilatent l'ouverture. » (Cuv., Anat. comp., t. III, p. 455.) J'avoue, malgré les recherches les plus minutieuses, n'avoir pu constater ce mode d'organisation. Conjonctive. — Suivant quelques auteurs, elle n'existerait pas chez les Poissons ; c'est une erreur, elle se trouve chez les Pois- sons qui ont une ouverture palpébralc. La paupière dans le Thon, par exemple, est doublée d'une conjonctive excessive- ment vasculaire, les vaisseaux se divisent et forment des ana- stomoses très-nombreuses à mesure qu'ils approchent du bord libre de la paupière. La conjonctive se divise facilement en deux couches, une couche muqueuse et une couche vasculaire ; arrivée au fond du cul-de-sac, la conjonctive palpébrale se re- plie pour former la conjonctive oculaire, mais alors elle perd une grande partie de ses vaisseaux; la conjonctive oculaire est à peine vasculaire ou, pour mieux dire, la partie superficielle seule de la conjonctive va sur le globe de l'anl. Le repli de la conjonctive est bien plus profond en arrière qu'en avant. Dans le cul-de-sac antérieur de Vœ'û se trouve une espèce de renfle- ORGANE DK I.A VIE. 77 ment qui est constitué en grande partie par la conjonctive ocu- laire et (lu tissu adipeux. ŒIL. L'œil reste parfois à l'état rudimentaire comme chez l'Am- pliioxus, où il présente l'aspect d'une tache pigmentaire, et comme chez la Myxine, où il est caché sous la peau et les muscles ; mais ordinairement il acquiert un degré de perfection très-avancé dans la plupart des Poissons osseux, et surtout chez les Plagio- stonies. Le volume de l'œil est des plus variables ; il est très-petit dans l'Aptérichtlie aveugle, excessivement développé dans le Poma- tonie télescope. L'œil est en général proportionnellement plus grand chez les jeunes individus d'une même espèce que chez les adultes. Forme. — L'œil chez les Poissons n'a [»as une forme arrondie, toute la partie externe ou antérieui-e est aplatie ; cependant, comme nous le verrons en étudiant la cornée, l'aplatissement chez certaines espèces n'est réellement pas aussi considérable qu'il le paraît au premier abord. (Jhez la Raie le globe de l'œil n'est pas seulement aplati en dehors, mais encore dans sa région supérieure. Enfin dans la majorité des cas, il représente une demi-sphère dont les rayons sont inégaux. Voici les proportions que j'ai trouvées : Diami'ti'e Diamètre Axe. longitudinal. vertical. Oxyrhine de Spallaiizani.. 0°',03G 0™,034 0'",024 Germon assez jeune 0'",OiO 0™,047 0"',031 Thon 0'»,060 O'",0o2 0'",044 Merlan 0>",021 O^.OIO O-^jOll Position. — Les yeux sont symétriques, placés de chaque côté du plan vertical, excepté chez les Pleuronectes. Ces poissons, après avoir acquis un certain degré de développement, ont les yeux tournés d'un même côté par suite d'une espèce de migration de l'œil supérieur à travers la tète, comme l'a très-bien démontré 78 NOTIONS GÉNÉRALES. Steenstriip (Développement des Pleuroncctes, A/ui. Se. natur.. 1864, t. II, p. 253.) Les yeux sont généralement latéraux; cepen- dant chez rUranoscope, etc., ils sont placés à la partie supé- rieure de la tête ; il est inutile de signaler maintenant les parti- cularités qui devront être étudiées lors de la description des familles ou des espèces. Le globe de l'œil est dans une orbite souvent assez mal limitée sur le squelette ; il est entouré d'un tissu adipeux plus ou moins abondant, au milieu duquel se trouve parfois une substance formée d'éléments lymphatiques, Pélamide. Il est porté chez les Sélaciens sur une tige cartilagineuse fixée au crâne, espèce de pivot tul)erculeux qui assure une liberté plus grande aux mou- vements. Chez l'Esturgeon, chez certains Poissons osseux, Thon; Pagel, le bulbe oculaire est attaché au crâne par un ligament. COMPOSITION DU GLOBE DE L'OEIL- Le globe de l'œil est composé de la sclérotique, de la cornée formant ensemble l'enveloppe externe, de la choroïde, de Tiris, de la rétine et des milieux transparents, l'appareil cristallinien, le corps vitré, l'humeur aqueuse. Sclérotique. — L'enveloppe principale àeVœW, la sclérotique, offre des différences assez marquées dans sa composition : tantôt elle est constituée uniformément par du tissu conjonctif, comme dans la Lamproie; tantôt par du tissu conjonctif et du tissu car- tilagineux, comme dans les Plagiostomes et l'Esturgeon ; ou bien par du tissu conjonctif, du tissu osseux et du tissu cartilagineux, comme dans beaucoup de Téléostéens. Le tissu conjonctif ne manque jamais, il forme toujours la couche externe, parfois très-amincie, de la sclérotique ; le tissu cartilagineux ou osseux prend un développement plus ou moins grand, et môme une épaisseur considérable, Esturgeon : il constitue parfois une cap- sule ouverte en avant, au niveau de la cornée, et percée en ar- rière pour laisser passage au nerf optique. Cette enveloppe fait une espèce de coque dure, résistante ; elle présente même chez ORGANE DE LA VUE. 79 les Sélaciens, en arrière de l'entrée du nerf optique, un épais- sissement plus ou moins tuberculeux, qui s'articule avec l'extré- mité renflée du support cartilagineux. Dans les Poissons osseux, la couche interne de la sclérotique est le plus souvent divisée en deux segments réunis par du tissu fibreux ou plutôt cartilagineux ; ces deux pièces constituent deux sections de sphère placées l'une en arrière, l'autre en avant de l'axe de l'œil. Cependant R. Owen [Anat. comp., t. I, p. 100, fig.81, n" 17, et même, Principes cVostéologie comparée, pi. VIII, Morrhua inilgaris) donne une position difîérente à ces pièces sclérotiques ; il y a évidemment erreur, comme il est facile de le voir en examinant l'œil de la Morue. Chez le Germon, la couche externe de la sclérotique est une membrane fibreuse, épaisse, facile à détacher de la partie sous-jacente ; elle se compose de tissu conjonctif simple, avec un lacis de vaisseaux très-abondant; en arrière, elle se confond avec la couche interne et constitue un étui assez épais au nerf optique ; la couche interne est for- mée en partie de cartilage hyalin, elle devient osseuse en avant; sa moitié supérieure est creusée d'une assez grande cavité sé- parant deux lames osseuses qui se rejoignent vers le bord de l'ouverture de la cornée. Généralement, chez les Téléostéens, les pièces sclérotiques sont plus épaisses et plus ossifiées en avant que dans la région postérieure. L'ouverture externe de la sclérotique est souvent irrégulière; elle est fermée par une membrane transparente appelée cornée. Cornée. — Elle est beaucoup plus aplatie chez les Poissons (jue chez les autres animaux vertébrés ; cependant, chez la Lotte, elle est relativement très-convexe ; elle est composée de plusieurs couches de tissu conjonctif, dont il est facile de dis- tinguer et de séparer les fibres sur les yeux de Thon, de Ger- mon. La cornée est beaucoup plus épaisse sur les bords qu'au centre, de sorte que, chez le Germon, par exemple, vue par sa face externe, elle paraît plane, tandis qu'elle est convexe par sa face interne, qui est tapissée par la membrane de Demours. La 80 NOTIONS GÉNÉRALES. partie antérieure ou externe de la cornée est (Germon, Thon , etc.), couverte d'un épithélium pavimenteux. Membrane de Demours ou de Descemet. — Elle est élastique, transparente, même après macération; elle envoie des prolon- gements qui, au niveau du muscle ciliaire, se réfléchissent sur l'iris, en formant le ligament pectine. La membrane de De- mours paraît se renfler au niveau de l'origine du ligament pectine, Germon. Choroïde. — La choroïde est la membrane moyenne de l'œil, elle tapisse en quelque sorte la sclérotique, mais contracte avec elle des adhérences beaucoup plus lâches chez les Poissons que chez les Mammifères ; elle en est même souvent séparée par une couche assez mince de tissu adipeux. J'ai trouvé chez le Mulle surmulet un paquet de graisse entre les deux membranes. Des vaisseaux, des nerfs sont les modes d'attache de la choroïde et de la sclérotique, qui en avant, près de la cornée, sont plus soli- dement unies par un anneau appelé ca^cle ou muscle ciliaire. La choroïde peut se diviser en deux couches distinctes. A. Couche externe comprenant : 1° la couche pigmentaire externe ; 2" la membrane vasculaire proprement dite. B. Une couche interne comprenant : 1" la membrane chorio-capil- laire; 2" la couche de pigment noir ou couche pigmentaire interne. Ces différentes couches sont assez difficiles à étudier chez les Plagiostomes ; elles sont moins épaisses, moins isolées que dans les Poissons osseux. A. 1° Couche pigmentaire externe o\\ supracJioroïdienne. — C'est une membrane très-mince, très-délicate ; elle reste parfois en grande partie adhérente à la sclérotique quand on veut la sé- parer de la choroïde. Elle est d'une coloration variable, le plus souvent argentée, ou dorée, parfois brunâtre ; mais sur l'iris elle est toujours d'une teinte métallique très-brillante et donne à l'œil des Poissons cet éclat si remarquable. La colora- tion provient de la présence de dépôts dans les cellules plasmati- ques de cristaux excessivement minces, allongés. Ces cristaux ont or(;ane de la vue. si été, à tort évidemment, regardés comme étant composés de car- bonate de chaux; ils sont d'une substance particulière, générale- ment insoluble dans Tacide acétique, mais parfaitement soluble dans la potasse. ^° Membrane vasculaire ou de Haller. — Elle est parcourue par un grand nombre de vaisseaux qui en forment, pour ainsi dire, la trame. Dans le Germon, cette couche est très-épaisse, elle présente une quantité considérable de vaisseaux qui suivent une marche rectiligne d'arrière en avant et s'anastomosent beau- coup moins entre eux que les vaisseaux de la couche externe de la sclérotique. B. 1° Membrane chorio-capUlaire ou RmjscJiienne. — Elle est d'une teinte blanc grisâtre ; elle est assez résistante pour pou- voir être isolée de la membrane vasculaire ; elle est formée par un réseau capillaire très-abondant (Germon). 2° Couche pigmentaire interne. — Elle est composée de cellules polygonales juxtaposées d'une façon tellement intime qu'il est fort difficile de les isoler. Cette couche de pigment noirâtre re- couvre complètement la membrane chorio-capillaire. Glande choroïdienne [ganglion vas;calaire clioroïdien, Blainv.). — Chez la plupart des Poissons osseux, entre la couche pigmen- taire externe et la membrane vasculaire se trouve une espèce de bourrelet rougeâtre formé par un lacis de vaisseaux et dési- gné généralement sous le nom de glande choroïdienne. Cet organe est placé près de l'entrée du nerf optique, il a souvent la forme d'un fer à cheval plus ou moins resserré ; chez quelques Poissons, chez le Merlan, par exemple, il fait un cercle assez étroit et à peu près complet autour du nerf optique. Il est plus ou moins volumineux, il est composé de vaisseaux qui s'anastomosent (Pagel érythrin.), en constituant des espèces de groupes et parfois des touffes vasculaires ; il est en communication avec les vaisseaux choroïdiens et le vaisseau pseudobranchial. Quel rôle, quelle fonction remplit cet organe? A cet égard les opinions sont très-partagées : pour certains auteurs l'organe est une glande vasculaire; pour d'autres, c'est 6 H-1 NOTIONS GÉNÉRALES, un muscle d'une nature particulière, ou bien une sorte de tissu éreclile ; pour Rosenthal, il sécrète le ii;iucus noirâtre dont est enduite la ruyschienne ; pour Albers, c'est une es[tèce de réseau de ti!isu admirable, opinion admise par J. Millier. D'après ce dernier anatomiste, la glande choroïdienne recevrait le sang de la fausse l^ranchie et le distribuerait ensuite dans la choroùb'. (V. Circulation.) Enfin, « d'après des recherches très-exactes, mais encore iné- dites de Ritterich, cet organe est essentiellement un foyer de veines choroïdiennes, par conséquent un appareil jusqu'à un certain point analogue au foie. » (Caris, Anat. comp., trad. Jourd., t. I, p. 486.) La glande choroïdienne manque chez les Plagiostomes. Tajm. — Le fond de l'œil de certains Poissons, de certains Plagiostomes, Raie, Scymne, Liche, Hexanche, n'est pas noir, mais brille au contraire d'un éclat excessivement "vif. Cette teinte serait, suivant Cuvier, A. Duméril, produite par la trans- parence de la ruyschienne « qui laisse \oir la couleur de la choroïde. » (Cuv., Anat. comp., t. III, p. 419.) La manière de voir de ces auteurs n'est pas juste. Le tapis ne résulte nulle- ment de l'absence du pigment de la membrane interne de la choroïde; il constitue au contraire, et cela est facile à constater chez les Plagiostomes, une couche nouvelle intermédiaire à la choroïde et à la rétine ; il forme une espèce de couverte sur la couche pigmentaire interne de la choroïde, ou même une mem- brane très-adhérente à la choroïde, mais facile à déchirer. Le tapis doit sa coloration à une infinité de petits cristaux, de corpuscules allongés, pointus, que Délie Chiaje a proposé d'ap- peler ophthalmolithes [ottalmoliti] . Ces cristaux, malgré l'opi- nion de Délie Chiaje, ont les caractères physiques et chimi- ques de ceux qui constituent la couche pigmentaire externe de la choroïde chez les Poissons osseux par exemple ; comme eux ils sont solubles dans la potasse^ mais insolubles dans l'acide acé- liaraissent toujours manquer; mais ils se trouvent dans l'Esturgeon ; ils sont, à la vérité, beaucoup moins nombreux que les bâtonnets. Chacun des cônes et des bâtonnets se conti- nue en un prolongement filiforme qui est la fibre de H. Mûller. Cette fibre de Millier porte, en général, trois renflements : ORGANE DE LA VTE. 87 le promicr, au niveau de la couche granuleuse externe; le deuxième, au niveau de la couche granuleuse interne ; enfin le dernier, ou le renflement interne, est dans la couche des tubes nerveux, il est déprimé et en contact avec la membrane limitante. 2° Couche externe des granulations ou couche granuleuse r.r- terne. — Elle est formée de cellules plus ou moins arrondies. 2" Couclie internvkliaire. — Elle est d'une teinte claire; elle est composée d'une matière amorphe, le plus généralement, et traversée par des fibres très-gréles. les fibres de Millier. i° Couc/ie interne des granulations ou couche granuleuse internr. — Elle paraît un peu moins épaisse que la couche granuleuse externe; elle présente la même structure. Ces trois couches, 2°, 3% 4", ne sont pour quelques analo- mistes, KoUiker, etc., qu'une seule et même couche : en etïet, la membrane intermédiaire est parfois tellement mince qu'elle paraît manquer, et manque peut-être réellement ; alors les deux couches granuleuses se trouvent réunies. 5° Couche granuleuse, coucJie granuleuse grise, couche de sub- stance tierveusc grise. — Elle est très-mince, au moins dans le Germon ; elle est formée d'une matière analogue à la substance grise du cerveau; elle n'est, pour beaucoup d'histologistes, qu'une partie de la couche suivante. 6" Couche des cellules nerveuses ou des corpuscules ganglion- naires. — Elle se compose de cellules nerveuses multipolaires semblables à celles du cerveau. Ces cellules sont placées géné- ralement sur une ou deux rangées; elles envoient des pro- longements anastomotiques à d'autres cellules, des prolonge- ments ou cylindres-axes dans la couche granuleuse interne et d'autres prolongements qui se continuent avec des fibres du nerf optique. 7" Couche fibreuse, couche de tubes nerveux ou d'épanouisse- ment du nerf optique. — Elle est d'épaisseur variable, elle est constituée par des cylindres-axes et l'extrémité interne des libres de Millier. 8" Membrane limitante, membrane limitante interne. — Elle est 88 NOTIONS GÉNÉRALES, excessivemunl mince, elle est lisse à sa face interne ; par sa face externe elle est en rapport avec l'extrémité interne des fibres de Millier, appelées encore fibres de soutien ou fibres rayonnées. Elle serait même, d'après quelques auteurs, le pro- duit, l'épanouissement des fibres de Millier; mais Kôlliker n'a- dopte pas cette manière de voir. La rétine est d'une structure très-complexe ayant, ainsi que le fait remarquer le professeur Morel, la plus grande analogie avec celle d'un centre nerveux. « S'il y a encore beaucoup de points obscurs dans cette question, il est cependant un fait essentiel et parfaitement acquis : c'est l'union des fibres du nerf optique avec des cellules nerveuses, ce qui permet de con- sidérer la rétine comme un petit centre nerveux. » (Morel, Trait. Histologie humaine, 1864, p. 269.) Les bâtonnets et les cônes sont les parties qui perçoivent la lumière ; c'est du moins l'opinion la plus généralement admise. D'après M. Schultze, ;< les cônes servent à la perception des couleurs et les bâtonnets à accommoder l'intensité de la sensa- tion lumineuse. » (V. Todaro, Organes du goiit des Sélaciens, Archiv. Zool. exp. Lacaze-Dutfiiers, 1873, t. Il, p. 557.) Sui- vant cette théorie l'œil des Sélaciens, qui manque peut-être absolument de cônes, ne saurait percevoir les couleurs ou ne les percevrait que d'une manière très-incomplète. Appareil cristallinien. — Il se compose d'une lentille et d'une capsule. Cristallin. — Il a une forme sensiblement sphérique chez les Poissons ; l'axe est cependant un peu moins long que le diamè- tre; dans le Maquereau, Cuvier indique la proportion : : 12 : 13 {Anat. comp., t. III, p. 395); dans le Germon, j'ai trouvé :; 15 : 16. Le cristallin est très-volumineux, il m'a paru relativement plus développé chez les Poissons osseux que chez les Séla- ciens ; il pénètre à travers la pupille dans la chambre anté- rieure, mais ne la remplit pas complètement, ainsi que le pré- ORGANK DE LA VUE. 89 tendent certains auteurs. Il présente trois couches distinctes, une couche externe assez molle, d'un aspect gommeux, une cou- che moyenne beaucoup plus considérable que la précédente, et une couche intinMie ou noyau ayant une dureté extrême. D'après Frémy et Valenciennes, le cristallin des Poissons « s'éloigne entièrement par sa composition chimique du cris- tallin appartenant au\ autres animaux vertébrés. » [Comp. rend. Acad. se, 1857, t. XLIV, p. 1122.) Le noyau ou la partie centrale est complètement insoluble dans l'eau, elle présente de grandes différences avec les parties enveloppantes, elle est formée d'une matière spéciale qui a été désignée sous le nom de phaconiiw (Frémy, Valenciennes). Les autres couches sont beaucoup moins denses, elles paraissent semblables chez tous les vertébrés et constituent Vexophacine qui se compose de mé- talbumine en grande partie soluble dans l'eau. Le cristallin est formé de fibres ; les unes les plus externes sont nuclées, les autres sont à bords denticulés. Ces dernières^ ou fibres de Brewster, s'engrènent réciproquement et ne sem- blent faire qu'une membrane. Dans le Leptocéphale (larve du Congre) les fibres sont relativement développées, elles sont plus grosses que celles du cristallin du Thon, mais elles sont très- peu dentelées, et les dents sont excessivement fines et courtes, nulles pour ainsi dire. Capsule du cristallin ou crystalloïde . — « Le cristallin est-il vé- ritablement entouré pendant la vie par une capsule ? Telle est la question que se pose M. Stannius et qui n'a pas encore, dit- il, reçu une solution satisfaisante. » (A. Dumér., t. I, p. 113.) L'existence de la cristalloïde est cependant facile à démontrer non-seulement sur les Plagiostomes, mais encore dans les Pois- sons osseux, dans le Thon, le Germon, etc.; elle sert de point d'attache à deux tubercules très-développés. La cristalloïde est une capsule formée de deux segments désignés sous les noms de cristalloïde antérieure et cristalloïde postérieure. Ces deux segments sont d'une transparence par- faite, mais d'épaisseur différente. La cristalloïde antérieure est 90 NOTIONS GÉNÉRALES, plus épaisse que la postérieure ; elle est tapissée à sa face interne par une couche de cellules pavimenteuses avec un noyau très- visible ; ces cellules mesurent dans le Milandre ()""", 030 et le noyau O^^jOOO, Je n'ai pas à discuter si les cellules de la cristal- loïde forment ou ne forment pas les cellules lenticulaires. Attache du cjnstallin. — Dans le Germon, le Thon, le Maigre, le Pagel centrodonte , etc. , la membrane cristalloïde donne insertion à deux tubercules ayant la forme d'un carré plus ou moins allongé. Ces tubercules sont placés aux pôles du cris- tallin : Fun à la partie inférieure^ un peu en avant du diamè- tre vertical ; l'autre à la partie supérieure et un peu en arrière du diamètre vertical (Germon). Le tubercule inférieur est en rap- port avec la cloche ou campanule de Haller. Ces tubercules sont généralement d'une très-grande transparence, surtout le tuber- cule supérieur, qui est à peine visible dans l'œil frais du Germon. Ils sont résistants, ils ont l'apparence d'un cartilage hyalin, mais ils ne montrent sous le microscope aucune trace de cel- lules cartilagineuses ; ils sont composés d'une espèce de tissu particulier formé de tissu lamineux et de fibres élastiques dis- posées en arcs allant de la cristalloïde vers la membrane hya- loïde. Chacun de ces tubercules donne attache à une large expansion venant de la membrane hyaloïde, ligament hyaloï- dien, que J urine désigne sous le nom de muscle du cristallin à cause de sa structure charnue et tîbrillaire. (V. Jurine, OEil du Thon, p. 9.) Corps vitré; memrrane hyaloïde. — La membrane hyaloïde est d'une très-grande transparence ; elle contient dans une es- pèce de réseau une humeur limpide, appelée humeur vitrée, qui n'est pas très- abondante dans l'œil des Poissons à cause du fort développement du cristallin. Le corps vitré loge la partie pos- térieure du cristallin et contracte des adhérences avec sa cap- sule. Il s'enfonce parfois, Thon, Germon, dans les anfractuo- sités de la choroïde et simule une zone de Zinn plus ou moins grossière, mais bien différente de celle qui se voit chez les ver- ORGANE DE LA VUE. 01 tébrés supérieurs. Pour étudier facilement les festons de cette zone, il convient de faire macérer l'œil dans une solution assez faible d'acide chromique ou de chromate de potasse. Humeur aqueuse. — Elle est très-limpide , peu abondante ; elle est logée dans la cbambre antérieure qui est étroite, mais ne manque jamais, comme l'ont supposé plusieurs anatomistes. Il est même facile sur des yeux frais de traverser la cornée sans léser le cristallin, ce qui prouve qu'il y a une couche de liquide entre les organes. La chambre postérieure manque complète- ment chez les Poissons, le cristallin appuyant sur l'iris et faisant plus ou moins proéminence à travers la pupille. MUSCLES, NERFS, VAISSEAUX DE L'OEIL. Muscles de l'œil. — L'œil rudimentaire de l'Amphioxus et de la Myxine manque de muscles. Dans les autres Poissons le globe de l'œil est muni de six muscles comme dans les vertébrés supé- rieurs. Il y a quatre muscles droits et deux muscles obliques. Les muscles droits chez la plupart des Poissons forment en ar- rière une espèce de faisceau autour du trou d'émergence du nerf optique. Ces muscles sont: Muscle droit externe ou postérieur. — Chez beaucoup de Poissons il s'insère dans le canal sous-crânien qui est formé en partie par le sphénoïde ; il est souvent large, aplati^ surtout dans son milieu, il s'attache à la face postérieure de la sclérotique. Muscle droit interne ou antérieur. — Il est allongé ; il passe en arrière ou en dedans du globe de l'œil, entre les deux obli- ques, et va s'insérer à la partie antérieure de la sclérotique ; il se partage quelquefois en deux branches d'inégale longueur, allant, la plus courte s'attacher en avant du nerf optique, la plus longue à la région antérieure du globe de l'œil. Muscle droit supérieur. — Il se fixe à la face supérieure de la sclérotique, plus ou moins près et un peu en arrière du grand oblique ; parfois les insertions des deux muscles paraissent se continuer sur une même ligne. 92 NOTIONS GÉNÉRALES. Muscle droit inférieur. — Il vient s'attacher près du petit oblique, parfois en le croisant. Muscles obliques. — Ils naissent Tun à côté de l'autre, à la partie antérieure de l'orbite, et en raison de leur position ils ont été nommés chez les Poissons, l'un muscle oblique supérieur, l'autre oblique inférieur. Muscle oblique supérieur. — C'est le grand oblique des Mam- mifères, etc. ; il s'insère à la partie supérieure du globe de l'œil, en avant du muscle droit supérieur. Muscle oblique inférieur ou petit oblique. — Il s'attache à la partie opposée du globe de l'œil en bas, en avant du muscle droit inférieur. En général les yeux sont peu mobiles ; ils seraient parfois indépendants l'un de l'autre, ils pourraient, dans l'Hippocampe, suivant Lyonnet, être tournés « dans des directions différentes ». (DuGÈs, Phijsiol. comp., t. I, p. 221.) Nerfs DE l'œil. — Dans la Lamproie le nerf moteur oculaire commun et le pathétique se réuniraient en un tronc qui se ra- mifie dans les muscles droit supérieur, droit interne et oblique supérieur. Les trois autres muscles de l'œil recevraient « leurs nerfs du trijumeau ». (Stannius, Anat. comp., trad. franc, p. 70.) Chez les Hyobranches la distribution des nerfs se fait comme chez les vertébrés supérieurs. Le muscle droit externe reçoit le nerf pathétique ou de la quatrième paire ; les autres muscles ainsi que la membrane nictitante de certains Squales, Milandre, Requin, reçoivent les rameaux du nerf moteur oculaire commun ou de la troisième paire. Nerfs ciliaires ; ganglion ophthalmique . Nerf ciliaire postérieur. — 11 pénètre dans l'œil près du nerf optique ; chez les Poissons osseux il envoie des rameaux à la glande choroïdicnne, à la cloche et à l'iris ; il vient rarement d'une seule paire nerveuse, le moteur oculaire commun; il est formé le plus souvent par l'anastomose de deux paires de nerfs. ORGANE DE LA VUE. 93 la troisième et la cinquième, qui parfois se rencontrent dans un rentlement ganglionnaire. Ganglion ophtliabniquc ou ciliairc. — 11 ne manque pas cons- tamment chez les Poissons osseux, comme Font suppose divers anatomistes ; quelquefois il n'est représenté que par l'anasto- mose de la troisième paire avec l'ophthalmique qui « rappelle le ganglion ciliairc ». (G.Biïchner,i/em. -.Sy.s'^. nerv. Barbeau, 1836, p. 16.) Dans la Truite de ruisseau le nerf ciliairc naît du petit ra- meau anastomotique du trijumeau et du moteur oculaire commun, rameau « représentant » le « ganglion ciliairc des animaux supé- rieurs )). « Dans la Truite saumonée » il part « du tronc de l'ocu- lomoteur lui-même ». (Agass., C. Vogt. Anat. Salmones, p. 163.) Le ganglion ophthalmique est parfois bien développé ; il a été signalé jiar Stannius dans « les Scomber , Cottus , Cyclopterus et Bellone ». (Stan., Symbol. Anat. piscium, 1839, p. 9; Anat. co7np., p. 70, note.) Je l'ai trouvé dans le Thon, le Germon, les Pagelsérythrin,centrodonte. Il est facile dans ces derniers Pois- sons de l'étudier et de voir ses magnifiques cellules nerveuses. Nerf ciliaire antérieur ou ciliaire long. — Il manquerait chez la Truite, (Agass., C. Vogt) ; il provient directement de l'ophthal- mique de Willis , il pénètre dans l'œil généralement un j)eu en arrière de l'insertion du muscle droit supérieur; il est parfois très-développé, Pagel, Thon, Germon ; dans ces deux dernières espèces, il se divise, après avoir traversé la sclérotique, en deux branches qui s'enfoncent dans le muscle choroïdien ; Tune des branches, la supérieure, envoie un rameau assez gros qui se porte vers l'iris. Nerf optique (V. p. 59). — Il pénètre dans l'œil tantôt à une certaine distance de l'axe, tantôt dans la direction de l'axe. Chez le Merlan, le Germon, l'insertion du nerf se fait un peu en ar- rière et au-dessus de l'axe de l'œil. Vaisseaux de l'œil. — Artère ophthalmique ou optique. — Elle traverse généralement la sclérotique avec le nerf optique ; elle est très-souvent couverte d'un pigment noirâtre qui permet de suivre 9i NOTIONS GÉNÉRALES, facilement ses différentes ramifications. Elle envoie des branches à la choroïde, à l'iris, à la rétine et au ligament falciforme chez les Poissons osseux. Dans le Germon, elle est placée au centre du nerf optique, Vei?ie oculaire. — Elle est une des veines formant la jugulaire ou plutôt la cardinale antérieure. Vaisseau mettant en communication l'œil avec la branchie de l'évent chez les Sélaciens ou avec la fausse branchie chez les Poissons osseux. (V. Circulation?) Orga.nes oculiformes. — Certains Poissons, les Chauliodes, les Stomias, les Scopèles, portent sur les flancs des rangées de points très-brillants, qui ont été considérés comme des organes oculi- formes. Lcuckart, ayant examiné ces points dans la Chauliode de Sloane, « leur a trouvé un cristallin, une sorte de corps vitré, un nerf dont les ramifications se terminent en massue, et du pigment, et il n'hésite pas à leur donner. le nom à'yeux acces- soires.'» (Lereboullet, Ann. Se. natur., 186i, t. II, p. 3o5.) Je n'ai pu étudier ces petits organes que sur des Poissons conser- vés dans l'alcool; j'ai constaté la présence d'un noyau, relative- ment assez développé, au milieu d'un pigment très-abondant, composé de petits cristaux solubles dans la potasse. Ces points brillants sont-ils réellement des yeux accessoires? Le fait ne paraît pas nettement démontré. ORGANE DE L'OUÏE L'organe auditif manque-t-il absolument chez l'Amphioxus. ainsi que l'affirment la plupart des auteurs? De nouvelles re- cherches sont nécessaires pour résoudre une question aussi déli- licate. Chez les autres Poissons, cet organe est toujours réduit à l'oreille interne, ou plutôt au labyrinthe; il est placé soit en dehors de la cavité contenant l'encéphale, comme dans les Sé- laciens, dans les Lamproies, soit plus ou moins complètement ORGANK DE LOUIE. 93 dans la cavité du crâne, comme chez les Poissons osseux. Il est beaiicoin) plus pert'ectiouné chez les Hyobranches que chez les (lyclostomes ou Marsipobranches. La partie la plus importante de l'oreille qui se trouve chez tous les Poissons de la sous-classe des Hyobranches, est le laby- rinthe membraneux, qui se compose de trois canaux semi-circu- laires et d'un vestibule. Canaux semi-circidairps. — ils sont désignés, suivant leur position, sous les noms de canal semi-circulaire antérieur, pos- térieur et externe; chacun d'eux est un cylindre courbe, à peu près régulier, ayant toutefois une espèce de renllement ovoïde, appelé ampoah'. Les canaux semi-circulaires sont en communi- cation avec le sinus médian par leurs deux extrémités, soit di- rectement, soit par l'intermédiaire d'un conduit commun à deux de ces canaux ; et même Breschet a donné le nom de tube com- mun au conduit dans lequel se rendent ordinairement, par leur extrémité non ampullaire, les canaux semi-circulaires antérieur et postérieur. Les canaux antérieur et postérieur sont verticaux; le canal externe est horizontal, il a son ampoule, ainsi que le canal an- térieur, vers la région antérieure du vestibule. Cette indication est sul'fisante pour faire reconnaître à quel côté appartient un labyrinthe isolé. Les canaux semi-circulaires sont contenus, chez les Sélaciens, dans des canaux cartilagineux; ils sont, chez les Poissons osseux, soutenus par des travées de tissu cartilagineux ou osseux. L'ampoule est la partie la plus importante du canal semi-cir- culaire, elle paraît jouer un grand rôle dans l'audition; c'est sur elle seulement que vient se rendre un rameau du nerf acousti- que. Nous n'avons pas l'intention de décrire la terminaison du nerf dans l'ampoule ; nous nous bornerons à dire que dans l'E- missole commune, par exemple, le nerf ampullaire (Breschet) se sépare en deux moitiés; chaque faisceau, après avoir traversé l'enveloppe externe de l'ampoule, paraît refouler l'enveloppe interne qui lui fournit une espèce de capuchon. 96 NOTIONS GÉNÉRALES. Vestibule membraneux. — Appelé aussi bulbe auditif {Brehcret), le vestibule membraneux est placé au-dessous des canaux semi- circulaires; il est formé de deux parties plus ou moins distinctes : a. Un sinus médian; b. Un sac. a. Si?ius médian, sinus ntriculeux. — C'est dans le sinus mé- dian, qui occupe la région supérieure du vestibule, que viennent déboucher les canaux semi-circulaires et le sac proprement dit. Parfois le sinus médian est séparé du sac par une sorte d'étran- glement très-sensible, comme on peut le voir chez la Baudroie, chez le Saumon ; mais parfois la communication est excessive- ment large, il n'y a pas de rétrécissement, pas de ligne de dé- marcation bien nette. Il sera cependant toujours possible d'indi- quer les limites de chaque région ; une ligne menée d'avant en arrière de la partie inférieure de Yutricule à la partie supérieure du cijsticule sera la ligne de séparation entre le sinus médian et le sac proprement dit. Le sinus médian porte assez ordinairement au-dessus de l'ori- fice ampullaire des canaux semi-circulaires antérieur et externe une saillie en forme de sac qui est Yutricule. Parfois cet appen- dice est plus ou moins confondu avec le sinus médian lui-même ; mais il sera toujours facile d'en reconnaître au moins la position qui est indiquée par la présence d'un dépôt calcaire et par l'épa- nouissement d'un rameau du nerf acoustique, appelé par Bres- chet nerf utriculaire. b. Sac proprement dit [Saccule, Breschet). — Il est plus ou moins développé, et de forme assez variable ; il se compose de deux parties quelquefois peu distinctes l'une de l'autre^ un grand sac qui n'a pas reçu de nom particulier, et un sac plus étroit placé en arrière, au-dessus du niveau de l'ampoule du canal postérieur, faisant parfois une saillie bien prononcée, comme dans les Séla- ciens, les Baudroies, et portant le nom de Cijsticule (Breschet). Les deux divisions du sac proprement dit contiennent ordinaire- ment chacune iin dépôt calcaire ; elles reçoivent l'une et l'autre un rameau du nerf acoustique. ORGANE DE I/OUIE. 97 Los dépôts calcaires sont des corpuscules très-fins réunis en une espèce de magma et appelés ofocouie, comme dans les Séla- ciens principalement ; ou bien ils forment une véritable pierre désignée sous le nom à'otolithe, comme dans les Poissons osseux. Suivant la plupart des histologistes, l'épitbélium du vestibub^ ne porterait jamais de cils vibratiles. La cavité du labyrinthe membraneux, ou des canaux semi- circulaires, du vestibule, est remplie d'une humeur appelée pndo- lijmpJiP par Breschet ; elle est en rapport avec l'extérieur au moyen d'un canal particulier, d'un tube vestibulaire, chez les Plagios- tomes. Ce tube manque chez l'Esturgeon et chez les Téléostéens. Nous allons maintenant examiner, d'une façon plus spéciale, l'organe auditif dans chacun des ordres composant la sous-classe des Hyobranches. Sélaciens. — Les Sélaciens sont les seuls Poissons pourvus d'un labyrinthe cartilagineux enveloppant le labyrinthe mem- braneux, et le séparant complètement de la cavité crânienne. Le labyrinthe cartilagineux est d'un tissu plus dur, plus com- pacte que le cartilage ambiant, il s'en différencie d'une façon très-nette, il présente la forme générale du labyrinthe membra- neux ; mais sa cavité ne se moule pas exactement sur les reliefs du labyrinthe membraneux , elle est plus grande ; elle con- tient une humeur appelée Xixpérilymj^he^ Breschet, au milieu de laquelle flotte le labyrinthe membraneux qui est maintenu par des brides celluleuses assez délicates. Le labyrinthe cartilagineux est en rapport avec l'extérieur au moyen d'une fenêtre qui est fermée par une membrane, et dont nous allons indiquer la posi- tion exacte. Quand on examine le crâne mis à nu d'un Sélacien, d'une Raie, d'un Ange, pour prendre les animaux les plus communs, on voit entre les éminences occipitales, dans une dépression très-sensible, quatre orifices placés deux par deux de chaque côté de la ligne médiane et correspondant, les postérieurs avec les labyrinthes cartilagineux, les antérieurs avec les labyrinthes membraneux. a. Orifice du lahijnntlie cartilagineux, ou bien orifice posté- 7 !I8 NOTIONS GÉNÉRALES, rieur. — 11 est ovale, relativement assez large; il porte, suivant les auteurs, différents noms : ceux de fenêtre ovale, Breschet, de fenêtre ronde, Cuvier, A. Duméril ; le nom de fenêtre ovale serait assurément plus convenable. Cette fenêtre, nous l'avons dit, est fermée par une membrane qui reçoit des fibres muscu- laires venant du muscle du tube vestibulaire. La membrane est donc plus ou moins tendue, suivant l'état de contraction ou de relâchement des fibres musculaires ; elle peut jouer jusqu'à un certain point le rôle d'un tympan. En outre, il faut faire observer que dans la Raie bouclée, par exemple, le canal semi-circulaire postérieur est en rapport plus ou moins direct avec ce tympan auquel il est attaché par des liens fibreux. 11 est inutile d'insister sur l'influence que doit exercer dans l'audition l'état de tension ou de relâchement de la membrane. h. Orifice du labyrinthe membraneux , ou fenêtre du tube vesti- bulaire. — Il est étroit ; il est placé en avant de la fenêtre ovale; il en est plus ou moins rapproché, séparé quelquefois seulement par une bride très-mince; cet orifice donne passage au tube vestibulaire. Tube vestibulaire ou sinus auditorius, Weber; canal ascendant ou canal du tube ascendant, Breschet. — Ce tube se continue au delà du niveau de l'orifice que nous venons d'indiquer, il se partage en deux portions, l'une intracrânienne, l'autre extra- crânienne, ou plus simplement interne et externe. Portion interne du tube vestibulaire. — Le tube part du sinus médian; à son origine, il paraît, chez les Emissoles, les Raies, en quelque sorte soudé avec le tube commun du canal semi-cir- culaire postérieur et du canal semi-circulaire antérieur, puis il devient libre et s'élève perpendiculairement vers la voûte du crâne, qu'il traverse. Portioti extertie du tube vestibulaire — La partie externe pré- sente quelques particularités intéressantes à signaler, elle est munie d'un muscle qui part de l'occipital, elle a même, chez l'Emissole commune, deux muscles, l'un antérieur, l'autre ex- OHGAM': DE LOUIE. !)!) terne ; dans les Raies, elle s'élarg-it, forme une espèce de sac membraneux, auquel Weber a donné le nom de shuts auditoriiis externus. ¥A\(i éprouve des changements dans sa direction. Chez rÉmissole commune, par exemple, le tube, qui garde à peu près la même dimension, se replie deux fois sur lui-même; d'abord il se dirige de dehors en dedans, puis d'arrière en avant, et enfin d'ayant en arrière ; il dessine la figure d'un U renversé. Chez la Raie bouclée, il se porte d'abord de dehors en dedans, il se rap- proche de celui du côté opposé, puis il va de dedans en dehors et arrive à la peau. Le tube vestibulaire communique avec l'extérieur par un, deux et même trois pertuis. Ce mode de communication, qui a été pour la première fois signalé par Geoffroy, bien étudié et bien figuré par Monro (pi. 37, fig. 2), a été nié par P. Camper, Vicq-d'Azyr el Scarpa. Les ouvertures cutanées sont parfois peu visibles ; mais il est un moyen très-simple de les reconnaître. il suffit de renverser l'animal et de le laisser sur le dos plusieurs heures de suite, puis de le retourner, d'appuyer légèrement sur la peau qui couvre la fosse occipitale ; on fait ainsi sourdre une traînée de matière épaisse, blanchâtre, qui indique la position des orifices ; il arrive même souvent que la matière blanchâtre sort d'elle-même, sans qu'il soit nécessaire d'exercer aucune pression. Le tube vestibulaire est toujours plus ou moins rempli de substance calcaire suspendue dans l'endolymphe. Des matières étrangères peuvent pénétrer dans l'intérieur du tube ; plusieurs fois j'ai trouvé dans le tube, et même dans le sinus médian, des dépôts vaseux, des grains de sable. Oreille extenie. — Millier a le premier signalé une espèce de conduit auditif qui se trouve dans l'évent de beaucoup de Séla- ciens. Chez la Roussette à petites taches, on peut voir facile- ment, à la partie supérieure du spiracule, un conduit assez large qui se dirige de dehors en dedans, et doit être considéré comme une dépendance de l'appareil auditif. 11 est revêtu d'un épithélium paviinenteux, à noyaux très-visibles; l'épithélium cependant paraît avoir des cellules et des noyaux moins déve- 100 NOTIONS GÉNÉRALES, loppés que celui de lèvent. Le canal auditif est en quelque sorte indépendant du spiracule ; au moment où l'animal chasse l'eau par les branchies, la valvule qui ferme l'évent s'abaisse plus loin que l'ouverture de l'oreille externe qui reste parfaite- ment libre. Chez le Milandre, le conduit externe se dirige hori- zontalement de dehors en dedans ; il est plus étroit à son origine ; il est infundibuliforme, h fond élargi; il est en rapport, par sa paroi supérieure, avec le muscle de la paupière nictitante. Des fibres musculaires, placées sur la paroi supérieure et insérées au crâne, paraissent pouvoir modifier la forme et la longueur du canal. Chimères. — Chez les Chimères, le labyrinthe cartilagineux n'entoure pas complètement l'oreille interne ; le labyrinthe membraneux est séparé de la cavité qui loge le cerveau par une cloison membraneuse imparfaite. Le tube vestibulaire passe par un orifice qui se trouve sur la crête médiane du crâne, il se rejette en dehors et vient s'ouvrir de chaque côté de la tête; il met, comme dans les Sélaciens, le sinus médian en rapport avec l'extérieur. Chez les Ganoïdes et les Téléostéens, il n'y a plus de commu- nication directe entre le vestibule membraneux et l'extérieur; le tube vestibulaire, ou canal ascendant de Breschet, manque absolument; le labyrinthe membraneux baigne dans le même liquide que le cerveau. Ganoïdes. — Le labyrinthe membraneux est encore logé, en grande partie, dans un labyrinthe cartilagineux, mais le côté in- terne de son vestibule n'est plus séparé de la cavité crânienne que par un ligament formant une cloison plus ou moins incomplète. Le sac contient un grand otolithe, et le cysticule un autre beaucoup plus petit. Le nerf acoustique se partage en deux branches : 1" une branche antérieure, qui se divise en trois ra- meaux allant chacun séparément, l'un sur l'ampoule du canal semi-circulaire antérieur, l'autre sur l'ampoule du canal semi- circulaire externe, le troisième sur l'utricule; 2" une branche postérieure, qui se divise en deux rameaux, l'un qui s'étale sur OHGA>iK DE l/OriE. KM li; sac et le cysticiile, rautre qui se rend à ranipoule du canal semi-circulaire postérieur. Poissons osseux. — L'oreille est logée dans la ca^ité crânienne, dans la région qui est limitée en dehors par les occipitaux, le rocher et le mastoïdien. 11 ne reste plus que des vestiges d'un labyrinthe osseu\ ou cartilagineux. Les canaux semi-circulaires sont soutenus par des travées, des anneaux ou des tubes plus ou moins incomplets; ils ne présentent rien de particulier. Chez certains Gadoïdes, les Lépidolèpres et les Macroures, l'ossification des pièces du crâne est imparfaite, est inachevée ; il en résulte des espèces de fontanelles, des ouvertures bouchées seulement par la peau et par une membrane fibreuse qui peut servir, comme une membrane élastique, à transmettre les mou- vements ondulatoires. Dans le Merlan, le pariétal, roccii)ital ex- terne, le mastoïdien, laissent entre eux un interstice qui est fermé par une membrane. Le sinus médian de certains Poissons, du Brochet, par exem- ple, porte en arrière, au-dessous de l'ampoule du canal semi- circulaire postérieur, un petit appendice qui a la forme d'une vésicule allongée. Cet appendice est un diverticulum du sinus médian, il ne peut nullement être comparé au cysticule du sac, bien que Breschet lui donne le même nom. En effet, comme Brcschet l'avait constaté lui-même, cette vésicule ne contient aucun otolithe ; elle ne reçoit pas de rameau du nerf acoustique, et le sac renferme deux otolithes suivant l'ordinaire. Aussi Bres- chest n'aurait pas dû prendre cet appendice pour un cysticule, ni |)ar conséquent lui donner cette dénomination, ni encore le con- sidérer comme l'analogue de l'appendice sphéroïdal de la Bau- droie, du Trigle [Trujla Gurnardus, Bl.), qui, s'ouvrant dans le sac, contenant un otolithe, recevant un rameau du nerf acous- tique, est un véritable cysticule. Chez les Cyprins, le sac et le cysticule ne sont pas distincts l'un de l'autre à l'extérieur; ils ressemblent à une ampoule allongée; ils sont logés, en partie, dans une cavité de l'occipital basilaire. Une série d'osselets met en rapport la vessie natatoire avec la lOi NOTIONS GÉNÉRALES, cavité crânienne ; ces osselets, primitivement désignés parWeber sous les noms de marteau^ enclume, étrier, sont des pièces modi- fiées des premières vertèbres, ainsi que nous l'avons dit, et s'appellent généralement osselets de Weber. (Weber, De aure et nuditu Iiominis et animaliuin, etc. Y. Anal. Bull. Soc. p/nlotn., Paris, 1821, p. 118.) Les sacs sont parfois en rapport immédiat et même unis Tun à l'autre, comme dans le Maigre. D'après Cuvier, le vestibule du Poisson-lune [Ort/iaf/o)-iscus mola) ne contien- drait que de l'otoconie. Les otolitbes sont ordinairement au nombre de trois : un dans le sinus médian, ou plutôt dans l'utricule ; un dans le sac propre- ment dit, il est quelquefois appelé sagitta; le troisième, nommé asterisciis., est dans le cysticule, il est généralement beaucoup plus petit que celui du sac. Le sac et le cysticule sont séparés par une cloison plus ou moins complète. Les otolitbes sont des concrétions très-dures, de formes les plus variables suivant les familles ou les genres, mais con- stantes dans une même espèce ; ils sont souvent dentelés ou striés. Dans le Maigre, l'otolithe du sac est excessivement déve- loppé, il est oblong, tuberculeux, creusé d'un sillon. Les ra- meaux du nerf acoustique viennent se diviser, s'étaler en réseaux extrêmement délicats autour des otolithes ; et d'après Et. Geoffroy Saint Hilaire « les stries de la surface » des oto- lithes, « les dentelures des bords » seraient ducs « aux emprein- tes du nerf acoustique et des épanouissements de sa cime ra- meuse. » (V. Mém. Muséwn, 1824, t. XI, p. 255.) Ces pierres sont formées de carbonate de chaux, nous lavons déjà dit. Nous n'avons pas à discuter l'opinion de Geoffroy Saint-llilaire ; d'après cet anatomiste, les pierres de l'oreille u font partie de l'organe auditif des Poissons comme résultat, et non comme principe actif. » (Et. Geof. Saint-Hu,., AV//., etc.. Pierres Cel. aud. Poissons, Mém. Muséum, 1824, t. XI, p. 257.) Mursipobranches. — Dans les Marsipobranches, le labyrinthe est logé dans une capsule cartilagineuse faisant saillie de cha- que côté du cràue. ORGANK i)i: i;ouiE. lo:? Chez l('s Myxincs, il n'y aurait, d'après les auteurs, qu'un seul canal circulaire sur lequel viendraient s'appliquer les divisions du nerf acousti(|ue. Les Laiu[»roies ont une oreille déjà mieu\ organisée. Leur capsule est formée d'un tissu cartilagineux très-dense à l'exté- rieur et même légèrement encroûté de sels de chaux; elle est hémisphérique en dehors, elle a sa paroi interne aplatie et percée de deux ouvertures inégales. L'ouverture inférieure^ ou plutôt centrale, est une fenêtre très-large, ovale, dont le pour- tour fixe une espèce de diaphragme à travers lequel passe le nerf acoustique. L'ouverture supérieure, qui est directement au-dessus de l'autre, en est séparée par une mince cloison de tissu cartilagineux. Elle est étroite et fermée par une mem- brane délicate qui se déchire par suite du dessèchement de la pièce ; elle ne donne en aucune façon passage au nerf acousti- que, comme l'indique Richard Owen ; c'est, suivant Breschet, l'aqueduc du vestibule. L'oreille se compose d'un vestibule membraneux qui rem- plit toute la cavité de la capsule, et, suivant la jdupart des auteurs, de deux canaux semi-circulaires ayant chacun leur am- poule. Les canaux semi-circulaires sont peu distincts : il y a bien, en avant, deux renflements arrondis qui sont regardés comme des ampoules. Le labyrinthe est entouré d'une mince couche de liquide ou périlymplie ; il est rempli d'une humeur trans- parente, qui devient laiteuse quand, à la suite de pression ou de déchirure, on agite les petits amas de poudre calcaire. L'otoconie est formée de corpuscules excessivement ténus de carbonate de chaux. Les parois externes du labyrinthe sont tapissées d'un épithélium à cils vibratiles très-développés, à cel- lules mesurant 0'°'",006. Les cils sont extrêmement curieux à examiner; ils sont remarquables par leur grande dimension, et surtout par la très-longue persistance de leurs mouvements qui, d'après mes expériences, peuvent durer pendant quarante-cinq à cinquante heures. 104 NOTIONS GÉNÉRALES. ORGANE DE L'ODORAT Il est inutile de discuter la question de savoir si les Pois- sons jouissent ou ne jouissent pas de la faculté de percevoir les odeurs ou s'ils n'éprouvent que des sensations gustatives, ainsi que le suppose C. Duméril. Pourquoi chez eux, comme le prétend Gegenbaur, l'organe de l'odorat ne remplirait-il pas « exactement la même fonction » que chez les vertébrés à res- piration aérienne? Pourquoi l'eau ne serait-elle pas, aussi bien ({ue l'air, le véhicule des parties odorantes? C'est une pure hypothèse. L'appareil de l'odorat se montre sous la forme d'une fos- sette tapissée de cils vibratiles ; il présente de grandes différen- ces chez les Poissons ; il n'est pas en rapport avec la bouche, excepté chez la Myxine. Dans les Hyobranches, les organes olfactifs sont placés de chaque côté de la ligne médiane, et communiquent avec le dehors soit par un seul orifice, comme chez les Plagiostomes, soit par deux orifices, comme chez l'Esturgeon et la plupart des Poissons osseux. Chez les Plagiostomes, les narines sont situées ordinairement en dessous de la tête , rarement en dessus et vers l'extrémité du museau, Ange [Sqiiatina a?igeh(s). Chacune d'elles est souvent, comme dans les Raies, logée dans une cap- sule cartilagineuse ; elle est pourvue d'une valvule soutenue par un cartilage que l'on a comparé au cartilage surajouté de l'aile du nez chez les vertébrés supérieurs. Dans quelques Plagiostomes, mais surtout chez les Raies, chez les Chimères, un sillon plus ou moins converti en canal par la valvuh^ de la narine s'étend de la fosse nasale à l'angle de In bouche. Dans l'Eslui-geon et dans nos Téléostéens, la fosse nasale n'a aucune espèce de communication avec la bouche. Les narines sont parfois pédiculées, comme dans les Baudroies. Les ori- ORGANE DE I/ODORAT. 103 lices présentent certaines différences dans leur forme, dans leur position : ainsi Torifice antérieur a son pourtour prolongé en tube chez la plupart des Apodes, Anguille, Congre, ou bien le bord postérieur seulement s'élève en tentacule, dans certains Gades, Mustèles. L'orifice postérieur se trouve généralement au-devant de l'œil ; parfois, chez le Myre, il est placé sur le bord de la lèvre supérieure. La dislance qui sépare les orifices est excessivement variable ; tantôt elle est très-grande, dans les Anguilles, dans le Nettastome surtout; tantôt, au contraire, elle est petite, chez la plupart de nos Cyprins. La membrane pituitaire est enduite d'un mucus abondant ; elle porte un réseau de vaisseaux très-fins et très-nombreux; elle est composée d'un nombre plus ou moins grand de plis ou de la- melles. Ces plis sont rangés, suivant deux modes assez constants, d'après la configuration de l'axe central sur lequel est fixée leur extrémité interne : si l'axe est cylindrique, ils partent tous du centre de la fosse nasale, ils sont radiés et forment un ensemble très-régulier; si l'axe, au contraire, est allongé, les plis sont disposés de chaque côté, et à l'extrémité de l'axe ils présentent la figure d'un ovale régulier. Dans l'Esturgeon, les plis ou les lamelles portent des lamelles secondaires qui augmentent, d'une manière considérable, la surface sensitive de l'organe. Le nerf ol- factif, atteignant l'axe de la cupule nasale, se divise en une mul- titude de rameaux qui s'étalent sur les lamelles recouvertes par la pituitaire renfermant des bâtonnets plus ou moins nombreux. Dans les Marsipobranches, l'organe olfactif communique avec l'extérieur au moyen d'un canal qui vient s'ouvrir sur la ligne médiane par un orifice auquel a été donné le nom d'évent. Chez la Lamproie, Torifice se trouve à la région sus-céphalique assez loin de la bouche. L'évent « ne communique ni avec le pha- rynx, ni avec le canal aqueux; » « son conduit se rend dans un sinus situé sous la tête. » « Cet évent s'abouche avec la cavité des nerfs olfactifs, laquelle est située au-devant et au-dessus du crâne, dans des capsules particulières. » (C. Diméril, Dissert, sur Ips Poisso?is qui se rapproclicnt Ir jtius rirs animuux sans vcrlèhrt's. lOC, NOTIONS (;énérai.es. thèse de concours, J812, p. 36.) Le conduit de l'cvent ou canal commun descend perpendiculairement, et après un court trajet, il présente, à sa paroi postérieure, une large ouverture donnant accès dans la cavité olfactive. Cette cavité est assez grande, elle est, en quelque sorte, formée par la réunion incomplète des deux ca|isules olfactives qui sont séparées Tune de l'autre, en arrière, dans une assez grande étendue, par une espèce de raphé médian, cloison nasale peu développée, et, en avant, par l'ouverture trian- gulaire du canal commun. Au fond de la cavité, le cartilage d'enveloppe forme une petite éminence anguleuse près de la- quelle se trouvent les pertuis que traversent les nerfs olfactifs; de ces pertuis, les lames olfactives s'éloignent en rayonnant poui- venir tapisser les parois de la cavité qui renferme deux organes olfactifs distincts, ayant chacun son appareil nerveux et ses lames radiées. Le canal commun se prolonge au-dessous des capsules nasales, et vient se terminer dans une poche, ou, suivant C. Duméril, dans un sinus bien développé, complètement clos,, que nous dé- crirons en faisant l'histoire des Lamproies. Dans la Myxinc, l'évent est au-dessus de la bouche. (V. Bloch, pi. 413.) Il « mène d'abord à une petite cavité où sont placées sept lames verticales, » qui « paraissent être destinées à la membrane olfactive; ensuite, l'évent se continue, perce un corps charnu, qui est une véritable luette ou voile du palais. » (C. Di- .MÉRiL, loc. cit., p. 37.) C. Duméril, on le voit, a parfaitement connu les conditions organiques des différents Cyclostomes ; le premier il a nettement apprécié et justement déterminé les caractères anatomiques qui distinguent les Lamproies des Myxines, ayant les unes un canal terminé par un sinus clos, les autres un canal perçant le «voile du palais ». Enfin, chez l'Amphioxus, le petit sac garni de cils vibratiles, ou plutôt la légère dépression qui se trouve en avant sur la tète, est, suivant Kolliker et la plupart des anatomistes, l'organe de l'olfaction. ORGANE nu COÛT. I0-; ORGANE DU GODt Lo sens du goût n'est évidemment pas très-délicat chez la plii- pait des Poissons qui avalent leur proie souvent d'un seul trait et sans la mâcher; mais cependant il faut bien reconnaître qu'ils sont pourvus d'organes spéciaux, destinés à leur permettre d'ap- précier les qualités sapides de telle ou telle substance. Les pa- pilles ne manquent pas toujours sur la langue comme le pré- tendent beaucoup d'auteurs ; elles se voient parfaitement chez le Pagel centrodonte, le Bar, etc. Chez l'Anguille, le Congre com- nuin, les papilles de la langue et de l'isthme du gosier sont très- développées, beaucoup d'entre elles portent des organes cyathi- formes. Chez l'Esturgeon, les papilles de la langue sont déve- loppées, elles sont allongées, légèrement coniques ; les papilles de la voûte palatine sont, au contraire, presque toutes fongi- formes, elles sont pourvues de rameaux nerveux très-faciles à distinguer. Dans la Roussette à petites taches, il y a, derrière les mâchoires, des papilles très-grandes avec un filet nerveux terminé par un petit renflement qui mesure 0"",0;^3 de diamètre. Le pro- fesseur Todaro a décrit et figuré « les organes du goût et la muqueuse bucco-branchiale des Sélaciens. » « Les corpuscules du goût » présentent deux formes caractéristiques : les uns ont la forme d'une cloche, les autres d'un calice. Les cloches ne renferment que des bâtonnets ; les calices ont des bâtonnets et des cônes ; les cloches seraient « des organes de goût simples » ; les calices seraient « des organes mixtes, avertissant par leurs cônes du contact des corps sapides, et donnant par leurs bâton- nets la sensation gustative ». (Todaro, Organes du çjoift, etc., des Sélacieiis. — Archiv. zool. expérim., Lacaze-Duthiers, 1873, t. Il, p. 535-557, pi. XXIV.) 108 NOTIONS GÉNÉRALES. APPAREIL DIGESTIF La plupart des Poissons se nourrissent de matières animales, quelques-uns vivent de matières animales et de matières végé- tales ; d'autres, en très-petit nombre, n'auraient qu'une alimen- tation absolument végétale ; mais le fait n'est pas encore prouvé d'une manière positive : parmi ces derniers, on cite des Spares, des Picarels. Il n'est pas toujours facile de se prononcer avec certitude sur le genre d'alimentation même en examinant les matières qui sont restées dans l'estomac ; les substances végé- tales résistent mieux et plus longtemps que les substances ani- males, qui sont absorbées avec une rapidité vraiment extraordi- naire. Souvent on ne reconnaît les substances animales qui ont été avalées par les Poissons que par les résidus solides, aiguil- lons d'oursins, coquilles de mollusques ou débris osseux. L'appareil digestif se compose du canal intestinal, du foie et du pancréas. Le pancréas manque dans les Marsipobranches et dans les Pharyngobranches. CANAL LNTESTINAL. Le canal intestinal est constitué par un ensemble dorganes, de parties que nous allons examiner successivement. Bouche. — La bouche présente, dans sa forme, des différences excessivement tranchées, suivant la sous-classe à laquelle appar- tiennent les Poissons. Elle est horizontale, transversale ou per- pendiculaire à l'axe du corps chez tous les Hyobranches ; elle est circulaire dans la Lamproie adulte ; elle" est longitudinale ou parallèle à l'axe du corps dans les jeunes Ammocètes surtout, elle se modifie avec le développement de l'animal ; elle reste toujours longitudinale chez TAmphiovus. On voit qu'il y a dans la disposition de la bouche des caractères bien nets, bien marqués. APPAREIL DIGESTIF. 10:> Avant de continuer, il est nécessaire d'appeler l'attention sur un orf^ane très-important, qui pour certains anatomistes est une dépendance de l'appareil digestif, une glande salivaire. Suivant nous, les véritables glandes salivaires manquent chez tous les Poissons, et les glandes qui chez les Lamproies ont été consi- dérées comme des glandes salivaires n'en remplissent nulle- ment la fonction, n'en présentent en aucune façon la structure^, ainsi que nous le démontre l'histologie. Lorsque viendra l'his- toire des Lamproies, nous examinerons avec soin cet organe sin- gulier, et nous rechercherons, nous indiquerons les usages pro- bables auxquels il est destiné. Quant à l'amas glanduleux, qui chez les Sélaciens se trouve en rapport avec la mâchoire inférieure et les muscles sterno- maxilliens, ce n'est pas non plus un organe salivaire comme l'a- vait supposé Retzius, mais c'est la glande thyroïde. Cette ré- serve étant faite, nous allons donner la description de l'appareil digestif chez les Hyobranches. La bouche, dans la sous-classe des Hyobranches, est perpendi- culaire à l'axe du corps, elle ne présente que certaines différences dans sa forme, sa largeur, sa position. Elle est complètement transversale chez beaucoup de Raies et de Poissons osseux, elle est plus ou moins elliptique chez beaucoup de Squales, elle est plus ou moins oblique chez beaucoup de Poissons osseux. Elle est parfois très-large, Baudroie, parfois très-étroite. Batiste ; chez quelques Poissons osseux, Ménidés, etc., elle est protractile et peut s'agrandir; elle est placée sous le museau dans la plupart des Plagiostomes et chez l'Esturgeon, à l'extrémité du museau chez les Lophobranches. 11 est inutile d'entrer dans de plus longs détails. Les lèvres sont en général peu développées; cepen- dant, chez les Labres, elles sont assez grosses et même plissées ; elles portent des papilles plus ou moins visibles. La charpente de la cavité buccale est constituée, en avant et latéralement par les mcàchoir.es, en haut par la base du crâne et une partie de l'appareil hyoïdien, qui forme en arrière les parois latérales et en bas le plancher de la bouche. 110 NOTIONS GÉNÉRALES. La disposition de la bouche, dans les Hyobranches, indique nécessairement les rapports des mâchoires. En effet, les mâ- choires sont opposées l'une à l'autre dans un plan vertical ; la mâchoire inférieure s'abaisse ou se relève suivant les besoins de l'animal; la mâchoire supérieure jouit parfois d'une grande mo- bilité, elle peut se porter assez loin en avant. Les mâchoires sont munies de muscles ayant en général, les constricteurs surtout, une grande puissance. Elles sont ordinairement pourvues d'un système dentaire qui manque chez l'Esturgeon, chez les Loplio- branches et d'autres Poissons osseux. Dents. — Les dents sont parfois en rapport seulement avec la muqueuse, comme chez les Sélaciens ; elles tombent par consé- quent lorsque la muqueuse se détache des mâchoires. Chez les Poissons osseux, au contraire elles sont implantées sur des pièces solides auxquelles elles restent fixées; chez ces Poissons les dents peuvent non-seulement se trouver sur les mâchoires, mais encore sur la plupart des pièces formant la charpente, le squelette de la bouche proprement dite. Elles sont généralement simples; parfois elles sont composées, elles sont soudées en plaques plus ou moins larges qui représen- tent une espèce de mosaïque, de pavage, dans les Myliobales, ou paraissent continuer les mâchoires, en faire partie, dans les Gymnodontes. Chez les Chimères, les dents sont encore réunies. Elles sont ordinairement fixes, mais parfois elles peuvent être plus ou moins mobiles ; dans les Baudroies, beaucoup de Gades, le Stomias, etc., elles se rabattent au dedans de la bouche, pour laisser la proie s'engager et se relèvent ensuite; elles opposent ainsi un obstacle à la sortie de l'objet saisi. Indiquer les formes si variées de ces organes serait inutile et fastidieux, puisqu'il faudra les étudier en faisant l'histoire particulière des espèces; nous di- rons seulement que les dents affectent souvent des formes diffé- rentes, chez un même individu, suivant la position qu'elles oc- cupent, sur les mâchoires i)rincipalement : elles peuvent être coupantes, pointues, crochues, arrondies, triangulaires, à bord lisse ou dentelé, etc. APPAREIL DIGESTIF. ' 111 Chez les Poissons osseux, on donne généralenient le nom d'in- cisives aux dents antérieures, quand elles sont coupantes, celui de canines aux dents longues et crochues, quelle que soit leur position . Les dents sont sur une ou plusieurs rangées : (juand elles sont sur plusieurs rangées, elles sont dites inégales ou égales, en car- des ou en velours, suivant leur force et leur développement. Nous n'avons pas à nous occuper du mode variable d'évolution et de remplacement des dents, nous dirons seulement que chez lesSélaciensàdentscoupantesoupointues,Oxyrhine, Requin, etc., la face postérieure des mâchoires est garnie de plusieurs rangées de dents placées en sens opposé à celui des dents qui bordent les mâchoires, que ces organes se redressent pour remplacer les dents qui manquent. Nous ne voulons pas discuter la manière dont se fait le redressement, à savoir, si les dents peuvent se re- lever isolément ou par rangée entière. Pour ne rien omettre d'essentiel nous ajouterons que chez les Cyprins il y a dans la fossette basilaire de l'occipital une espèce de plaque plus ou moins développée. Cette plaque, appelée y; zm-e de Carpe, n'est pas une dent, mais un amas d'épithélium, ainsi que Molin l'a démontré. Les Poissons avalent presque toujours leur proie sans la mâ- cher, et les dents sont généralement plutôt des organes de pré- hension que de mastication; certains Poissons, il est vrai, peu- vent diviser leurs aliments : les uns ont des dents coupantes avec lesquelles ils opèrent des sections très-nettes, les autres ont de vraies molaires ou de larges plaques dentaires à l'aide desquelles ils brisent les coquilles; mais section, écrasement, tout se fait rapidement; les aliments ne sont pas soumis à l'action réitérée des mâchoires. Muqueuse; langue. — Pour retenir la substance alimentaire, la bouche, chez le plus grand nombre des Poissons, est pourvue d'une espèce de voile, double repli de la muqueuse, attaché au bord interne de l'arcade maxillaire ; ce voile est cchancré dans son milieu ou festonné chez la plupart des Plagiostomes; le i\i NOTIONS GÉNÉRALES, voile inférieur, chez l'Uranoscope, s'allonge en un tentacule mo- bile au gré de l'animal. La muqueuse qui tapisse la cavité buccale est ordinairement lisse, parfois elle est incrustée çà et là de plaques plus ou moins dures, Germon ; elle s'épaissit en arrière, chez les Cyprins, elle reçoit une assez grande quantité de vaisseaux, de nerfs^ de fi- bres musculaires, les unes lisses, les autres striées, et prend l'as- pect d'une espèce de tissu contractile et érectile. La coloration de cette membrane est généralement rosée, cependant elle est parfois d'un rouge orange, chez le Pagel centrodonte, d'un noir bleuâtre, chez le Pristiure mélanostomeou à bouche noire, le Spi- nax niger ou Sagre, etc. La langue est très-peu développée, peu mobile, elle est souvent retenue par un frein au plancher d(! la bouche, elle est soutenue par l'os ou le cartilage lingual qui dépend de l'appareil hyoïdien et manque assez souvent. En tout cas, on donne le nom de langue à la muqueuse qui recouvre la partie inférieure et antérieure de l'os hyoïde. Papilles. — D'après Leydig, « les papilles manquent à la langue des Poissons et des Amphibies qui leur ressemblent. » (Leyd., Tr. Hist., trad. franc., p. 340.) Cette assertion n'est pas absolument exacte ; chez le Pagel centrodonte la base de la lan- gue porte des papilles fort visibles h l'œil nu ; il y a également une agrégation de papilles au fond de la bouche, un peu avant l'ouverture du pharynx. Ces papilles forment chacune un ren- flement porté sur un pédicule un peu étroit, et de la partie ren- flée divergent en tous sens des papilles filiformes secondaires. Chez l'Esturgeon les papilles de la langue sont longues et min- ces; chez le Bar commun la langue est fournie de papilles bien développées; chez la Plie les papilles de la langue sont coni- ques, celles de l'arrière-bouche sont fongiformes; chez les Rous- settes il y a généralement de grandes papilles derrière la mâ- choire supérieure. Toutes ces papilles sont couvertes d'épithé- lium pavimenteux. Arrière-bouche, Pharynx ; OEsophage. — L'arrière-bouche est formée par l'appareil branchial qui, suivant les ordres, les fa- APPAREIL DIGESTIF. 113 milles OU les genres, présente certaines particularités que nous signalerons plus tard. La muqueuse des pharyngiens supérieurs porte quelquefois des denticules ou espèces de papilles plus ou moins dures. L'œsophage offre des variétés dans son mode de structure; sa muqueuse est tantôt lisse, marquée seulement de plis longitudi- naux, qui parfois se prolon- P'ig. 12. Œsophage de l'Équilte (Am- modytes tobia- nus) ; coupe longi- tudinale. Grossis- sement de 15 dia- mètres environ. I , tunique muqueuse et papilles ; 2, couche gent jusque dans l'estomac, chez le Pagel centrodonte ; tantôt elle montre des saillies plus ou moins prononcées, des papilles plus ou moins développées, se divisant, chez l'Acanthias commun, par intermédiaire; .3, tunique musculaire; 4, tu- exemple, en petits tubercules. '"'^'"'^ séreuse. Ces papilles sont résistantes, elles présentent à l'œil nu l'aspect d'un tissu cartilagineux. Elles se trouvent aussi chez la Mourine, chez l'Esturgeon ; elles sont bien développées chez l'Équille ; quelquefois même elles deviennent osseuses, comme les tuber- cules du bord interne des arcs branchiaux. L'œsophage est pourvu de fibres musculaires généralement bien striées, il est très-dilatable et se confond souvent avec le commencement de l'estomac. Les tuniques muqueuse et musculaire de l'œsophage sont", chez les Sélaciens, séparées^ dans une certaine partie de leur étendue, par une substance particulière, d'un gris blanchâtre, qui a été considérée par Leydig (/. c, p. 477) comme ayant la structure des glandes lym- phatiques. Dans l'Equille, il y a également une couche intermé- diaire qui présente une certaine analogie avec celle que nous allons décrire. Substance glandulaire de l'œsophage des Sélaciens. — Cuvier avait déjà signalé l'existence de cette espèce d'organe parenchy- mateux : « 11 y a quelquefois, dans l'épaisseur des parois de l'œso- phage, une substance glanduleuse. Elle est très-apparente dans les Raies.» (Cuv., Val., t. I, p. 498.) Chez les Raies, cette substance r^ 1 .-c 114 NOTIONS GÉNÉRALES, s'altère assez rapidement et forme une espèce de bouillie quand on presse l'œsophage. Pour l'étudier, il est donc important de choisir un animal aussi frais que possible. Cette substance est composée de tissu conjonctif très-abondant, à structure assez lâche, au milieu duquel se trouvent des vais- seaux, quelques nerfs, des cellules et des granulations particu- lières, qui tantôt sont libres, tantôt sont renfermées dans des vésicules. Les vésicules ont une forme assez arrondie, quelquefois légè- rement ovoïde, une paroi peu épaisse, mais assez résistante, ce qui permet de les isoler avec une cer- taine facilité. La pa- roi est assez transpa- rente pour laisser voir le contenu. A chacune de ces vési- cules semble aboutii- un vaisseau d'appa- Fig. 13. Substa7ice glandulaire de l'œsophage de la i^ence lymphatique, ^"^^- de calibre légère- 1, structure de la substance glandulaire. - A, vési- ^^^nt variable. Quel- cule contenant des cellules et des noyaux. — B, cellule avec noyaux. — C, noyaux libres. — D, substance blan- quCS-UUS de CCS vais- cliàtre; tissu conjonctif. — E, vaisseaux lymphatiques, ggr^^^ q^^q j'qJ CXa- 2, vésicule isolée, grossie 200 fois; elle est tapissée à \ ,' sa face interne de cellules à noyaux; mines au milieu ÛC 3, vaisseau variqueux, paraissant un vaisseau lym- la, SubstanCC ""landu- phatique ; il est entoure de tissu lamineux. , n > i leuse, sont reniles de distance en distance d'une façon très-régulière. Il est assez dif- ficile de reconnaîtreleur disposition ; leur tunique, composée ex- clusivement de tissu conjonctif^ disparaît sous l'action de l'acide acétique. On sait que la membrane musculaire qui double les vaisseaux lymphatiques des mammifères, manque complètement chez les reptiles et chez les poissons. Les vésicules sont remplies de cellules disposées régulière- ment à leur surface interne, de novaux libres et de fines granu- APPAREIL DIGESTIF. 115 lalions (V. fig. 13-2). — Les vésicules ont à peu près la dimen- sion de celles du pancréas chez la Raie. Elles se trouvent au milieu de la matière glanduleuse avec des cellules de diverses grosseurs ; il est probable que c'est par suite de la rupture des vésicules que les cellules deviennent libres. Les cellules libres ou contenues dans les vésicules ont à peu près les mêmes caractères ; elles sont arrondies, elles renferment des noyaux et des nucléoles. L'eau fait pâlir les cellules, les rend même incolores, les déforme et les fait éclater après un certain laps de temps. Dans les vésicules et dans la substance qui les enveloppe, on voit une masse de noyaux libres plus ou moins brillants. Quelle est la nature de cette substance? Il est évident qu'elle a beaucoup de rapport avec celle des ganglions Ivmphatiques des vertébrés supérieurs. Estomac, — 11 est excessivement variable dans sa forme, ses di- mensions : il est parfois rudimentaire et continue l'œsophage sans ligne de démarcation bien nette ; mais ordinairement il présente l'aspect d'une poche plus ou moins large, une espèce de cul-de-sac plus ou moins coudé. La paroi inférieure fait une grande courbure et vient se rapprocher de la paroi supérieure (ou antérieure chez les Poissons), pour constituer un orifice rétréci qui est l'orifice pylorique. Cette forme est la plus ordinaire, comme on peut facilement le constater chez des Poissons qui sont très-communs. Trigle corbeau, Pagel centrodonte. Dans certains Poissons, dans les Muges, se montre, vers la portion pylorique, un renflement musculaire excessivement prononcé : c'est une es- pèce de gésier, à paroi très-épaisse, dont la forme varie suivant les espèces. Les fibres musculaires de ce gésier sont dans des plans pa- rallèles ; elles sont lisses et très-longues, quelques-unes ont jusqu'à 0'""',30 de longueur et de 0""",00o à 0'"'",007 de lar- geur. La muqueuse de l'estomac est lisse ou réticulée; elle présente parfois des saillies, de petites éminences. Nous ne voulons pas 116 NOTIONS GÉNÉRALES. entrer à ce sujet dans beaucoup de détails, et nous allons de suite parler des glandes gastriques. Glandes de ï estomac. — Les glandes gastriques sont générale- ment très-nombreuses, accolées les unes aux autres, séparées seulement par une mince trame membraneuse; elles ont le plus souvent l'aspect de tubes cylindriques, elles gardent à peu près toujours le même calibre, parfois elles sont légèrement renflées dans leur extrémité cœcale ; quelques-unes, par exception, se terminent en un cul-de-sac presque globu- leux. Il est aussi impossible qu'inutile d'indiquer touteç les formes que présentent les glandes de Fig 14. G/a/ides^/e l'estomac. La paroi interrte des tubes est tapissée l estomac du Ml- ^ landre (Galeus par un épithélium cylindrique ; les cellules canis). Grossis- contiennent un noyau et parfois des granula- sementde^Odia- ^j^^^^ . ^^^^^ l'intérieur du tube se trouvent des JïlétTCS débris d'épithélium, des noyaux et des granu- lations libres. Nous ne pouvons, on doit le comprendre, entrer dans de longs développements, faire de ces glandes une des- cription complète; au reste, l'étude en est assez facile, à condi- tion d'avoir à sa disposition des animaux très-frais. Lntestin. — L'estomac communique avec l'intestin par un ori- flce plus ou moins étroit, auquel on a donné le nom à^ pylore; la paroi du pylore est généralement épaissie, elle est renflée par un bourrelet de fibres circulaires faisant en quelque sorte l'of- fice d'une valvule. Parfois il n'y a pas de ligne de démarcation bien nette entre l'estomac et le commencement de l'intestin. Appendices pijloriques; glandes de Vintestin. — Chez beaucoup de Poissons osseux, la région pylorique, ou plutôt la partie qui est placée après l'estomac, est pourvue d'appendices quelquefois larges et courts, surtout quand ils sont peu nombreux, mais en général plus ou moins allongés, digitiformes, auxquels on a donné le nom d'appendices pyloriques, ou d'appendices cœcaux et cœcums (Cuv.). Ces appendices, qui sont un refoulement, une APPAREIL DIGESTIF. 117 poche du canal intestinal, sont en nombre variable ; il y en a très-peu chez certains poissons, un seul dans les Ammodytes, deux à six dans les Pleuronectes, quatre dans le Pagel centro- donte ; parfois le nombre en est très-grand, Maquereau, Thon, Saumon ; quelquefois, chez une même espèce, il y a une différence dans la quantité de ces appendices. Ces organes ont été considérés comme destinés à remplacer le pancréas; mais cette interpréta- tion est erronée, les appendices pyloriques se rencontrant chez le même poisson avec un pancréas plus ou moins développé. Quelques anatomistes, M. Milne Edwards, regardent ces ap- pendices comme ayant « beaucoup d'analogie avec les tubes de Lieberkiihn.» (M. Edw., Lee. Phys. Anat. conip., t. VI, p. 408.) Nous partageons complètement la manière de voir de M. Milne Edwards, et nous pouvons apporter quelques faits nouveaux pour appuyer cette opinion; avant de les exposer, nous allons ter- miner rapidement la description de ces organes. Les appendices pyloriques le plus souvent débouchent isolé- ment dans l'intestin, mais parfois ils se réunissent plus ou moins entre eux, ils peuvent môme constituer une masse compacte, comme dans l'Esturgeon ; alors ils ne sont plus en rapport avec le tube digestif que par un, deux ou trois orifices. La structure de ces appendices est assez difficile à étudier; chez le Muge ca- piton j'ai vu, au milieu des villosités de la face interne de ces organes, des orifices servant à donner issue à la sécrétion de petites glandes. J'ai trouvé chez le Milandre, à 3 ou 4 centimètres après l'ori- fice pylorique , des glandes assez nombreu- ^^S ses ; elles sont moins ^ --^o\ rapprochées que celles de l'estomac, elles ne se touchent pas, elles Fig. lo. G/u/it/esmicsimaies di fournit ordinairement une branche inférieure qui a été désignée sous les noms (Vartcrc Injo'idalr, Jnjo'idknne, hyo'ido-opercidaire, oper- culaire. Cette artère se divise en plusieurs rameaux; l'un d'eux est en comnuniication, chez beaucoup de Sélaciens avec la bran- chie de Févent, chez beaucoup de Poissons osseux avec la pseudo- branchie. Une ([uestion des plus intéressantes yient se présenter ici, (juclle est d'abord, chez les Sélaciens et chez l'Esturgeon, la fonction de la branchie de l'évent? Cette branchie représente- t-elle un simple réseau vasculaire, un réseau admirable, ou bien ne joue-t-elle pas le rôle d'une véritable branchie? En un mot, n'est-elle pas un organe respiratoire ? Les opinions sont partagées à cet égard : d'après J. Millier la branche de l'artère hyoïdienne irait se perdn» dans la branchie de l'évent et le sang serait repris par un vaisseau etïérent (Carotide interne, J. Mï'tller ; Carotide antérieure, Stanmus) pour aller se rendre à l'œil et aux parties voisines ; ce vaisseau contiendrait toujours du sang artériel. D'après Hyrtl, Kud. Demmc, il en serait tout autrement; le vaisseau qui se trouve entre Lœil et la branchie de l'évent serait une veine, un vaisseau afférent rempli de sang noir. Le sang, après avoir été revivifié dans la brancbie de l'évent, serait repris par un vaisseau efférent, une artère (jni l'apporterait dans l'ar- tère hyoïdienne de la première artère épibranchiale chez les Sélaciens, dans la veine de la branchie operculaire chez l'Estur- geon. Cette manière de voir semble parfaitement justifiée. Chez beaucoup de Poissons osseux, l'artère hyoïdienne, après avoir fourni divers rameaux, arrive à la pseudobranchie dans laquelle elle se perd en donnant une artériole à chacune des la- melles branchiales. Le sang ne change pas de nature dans son passage à travers la fausse branchie, suivant l'opinion générale- ment admise; il est repris par les racines de la veine pseudo- branchiale qui le porte dans la glande choroïdienne. Si la l'5'^ NOTIONS GÉNÉRALES, pseudobrancliie des Poissons osseux est rhomolo},aie de la blan- chie de rêvent chez les Sélaciens, on \oit qu'il j»(Hit exister un certain doute sur le rôle que joue cet organe. L'artère hyoïdienne esttrès-facile à injecter, ainsi que la fausse liranchie. Chez le Brochet, rartère de la pseudobranchie vient du cer- cle cé])halique. L'artère hyoïdienne fournit des rameaux temporo-maxillaires et souvent des rameaux hyoïdiens. Les rameaux hyoïdiens vien- nent parfois de la deuxième artère épihranchiale. Artère faciale. — Dans la Raie l)ouclée, la première artère épi- hranchiale donne une artère qui va se distribuer a une partie (h^ la tête, à l'œil, à la narine, au museau, et s'appelle artère faciale. Carotide primitive ; Carotide interne postérieure ; Carotide eom- mune{C\^\.,Anat. comp.). — Elle naît soit de la première artère épihranchiale, soit du tronc commun des deux premières artè- res épibranchiales. Chez la Raie, elle pénètre dans le canal ra- chidien avant de s'anastomoser avec celle du côté opposé; elle se divise en plusieurs branches ; elle serait une artère vertébrale suivant iMonro (pi. I, fig. 5). Une branche se porte en arrière, une autre en avant, et la troisième, dirigée en dedans, va s'ana- stomoser avec la branche correspondante de l'autre carotide. De l angle postérieur de l'anastomose part une artère spinale qui continue son trajet en arrière ; de l'angle antérieur émerge une branche volumineuse qui peut être considérée comme l'artère cérébrale, ou plutôt comme le tronc commun des artères céré- brales. Chez la Raie, le cercle céphalique ne serait fermé que dans l'intérieur du canal rachichen ou dans le crâne. J'ai vu, dans la Raie bouclée, deux petites artérioles pénétrer ensemble par un orifice percé au niveau de l'hypophyse. '< Chez les Chimères, la première veine branchiale (artère épi- branchiale) de chaque côté pénètre, en guise de carotide posté- rieure, dans la cavité crânienne, et la seconde, qui concourt » comme les suivantes, à la formation de l'aorte, donne une caro- APPARKII, r.IRCIJLATOlHK. i39 fidc antérieure qui se rend dans l'orbite. (Stannius, Anat. comp.. trad. IVanç., t. II, p. 112, note.) Dans l'Esturgeon, les carotides ne s'anastomosent jias en de- hors de la cavité crânienne. Chez les Squales au contraire^ d'a- près Stannius, les deu\ carotides s'anastomosent dans un trou de la base du crâne et forment ainsi le tronc commun des artères cérébrales. La carotide donne des rameau\ au cerveau, aux éventsetaux narines. Chez les Poissons osseux, l'artère carotide primitive {céphali- quo, Agass.. C. Vogt) naît aussi de la première artère épibran- chiale ou du tronc commun des deux premières artères épibran- chiales, comme dans la Truite. Après un trajet assez court, elle se divise en deux branches, une branche interne ou carotide intpr ne et une branche externe ou artère faciale; parfois l'artère faciale vient directement de l'artère épibranchiale. A. Carotide interne {encéphalo-palatine , Agass., C. Vogt). — Je crois que pour ne pas trop multiplier les dénominations, il est nécessaire de laisser à cette branche le nom de carotide interne, depuis son origine jusqu'à son anastomose avec celle du côté opposé. La carotide interne pénètre sous la voûte du crâne par le canal carotidien (Truite, Trigle), puis s'enfonce dans le canal sous-crânien du muscle abducteur de l'œil et donne naissance a l'artère orhito-palatine. Elle continue son trajet sous le nom d'f>/- céphalo-ociilaire (Agass., G. Vogt), carotide interne postérieure de quelques auteurs ; en se rapprochant de la ligne médiane, elle fournit un petit rameau orbitaire, et s'anastomose avec celle du côté opposé pour former le tronc commun des artères céré- brales et des artères oculaires^ qui vont entrer dans le crâne par le trou de l'infundibulum. Il est facile de comprendre que, par suite de l'anastomose des artères carotides internes en avant, et de l'anastomose en arrière des premières artères épibranchiales qui sont le commencement de l'aorte, il se forme, à la base du crâne, une espèce de cercle vasculaire, auquel on a donné le nom de cercle artériel, cercle 140 NOTIONS GÉNÉRALES. céphaliquc, circiilus cephalicus (Hyrtl). Lo cercle céphaliqiie est généralement bien complet chez les Poissons osseux. Artère orbito-palatiiic. — Elle pénètre dans l'orbite et donne \\n gros rameau aux muscles supérieurs de l'œil, des branches aux muscles inférieurs, des rauîeaux dans la fosse nasale, des ra- meaux à Tappareil maxillo-palatin, et se termine dans la mu- queuse de la bouche. 'Tronc commun Aa artères cérébrales. — Il résulte, nous l'avons vu, de la fusion des deux carotides internes ; il est assez court, avant de pénétrer dans le trou de l'infundibulum il se partage en quatre branches, deux branches externes^ ou artères cérébra- les, et deux branches internes^ ou artères oculaires (Agass. . C. Vogt, Allât. Salmon., pi. L, lig. 3). Artères cérébrales. — Elles entrent dans le crâne en s'écartant l'une de l'autre ; chacune d'elles fournit une branche supérieure qui se divise en deux rameaux, l'un pour le cervelet, l'autre pour h' lobe moyen du cerveau ; puis les artères cérébrales se rapprochent l'une de l'autre^ et chacune d'elles encore se partage en deux branches, l'une postérieure, l'autre antérieure, allant s'anasto- moser avec les branches correspondantes de l'autre artère. Il ré- sulte de cette disposition un nouveau circuit vasculaire, h; rhombe anasto?notique (Agxs^., Y ogt). De l'angle antérieur (bi rhombe partent deux petites artères destinées aux lobes anté- rieur et moyen du cerveau ; de l'angle postérieur naît une ar- tère qui se porte en arrière, envoie des rameaux à la moelle al longée, à la moelle épinière, et une petite branche au labyrinthe. Artère oculaire. — L'artère oculaire gagne le nerf optique au- quel elle donne quelques rameaux, puis pénètre avec lui dans le globe de l'œil et fournit des rameaux à la rétine, à l'iris. H. Artère faciale. — Elle naît soit du tronc commun de la carotide primitive, soit directement de la première artère épi- branchiale ; elle donne des branches aux muscles, à la peau des joues, du museau ; elle suit le trajet des rameaux nerveux de la cinquième paire. APPAREIL CIRCULATOIRE. iU Artères coronaire!^. — L'arttM'o ou les artères du cœur vionncnl orcliiiaironieut delà deuxiôiuc ai'tèrc é{)ibraucliial(', rai'oniciit de la prtMuièit', parfois do la Iroisiéinc, chez l'Esturgeon d'après Stannius; elles envoieut des rameaux au ventricule, à l'oreillette, au bnll>e artéi'iel. Les artères destinées a porter le sany à la tète, aii\ principaux organes des sens, de la circulation, de la respiration, naissent en général des deux premières artères épibranchiales, qui dans cer- tains cas exceptionnels foiu'niraient même l'artère sous-clavière, comme dans le Brochet, d'après Millier. Artcvps noîirricières des hvancldes (Milne Edwards), artères hronchiques. — Elles sont excessivement fines^ elles se détachent d'espace en espace de l'artère épibranchiale correspondante et vont se ramifier dans les hunes branchiales; elles forment un réseau distinct appelé réseau ftatritif ou noun^icier. Le sang qui a pai'couru le réseau est repris par les veines qui constituent le système de Duvernoy. Aorte; aorte dorsale. — (Ihez les Sélaciens, il y a, nous l'a- vons dit, autant d'artères épibranchiales qu'il y a de séries de lamelles respiratoires. Les artères de chaque sac branchial se réunissent du côté interne en une suite de troncs qui se rappro- chent, vers la ligne médiane, de ceux du côté opposé, pour former l'aorte. Chez la Raie, il existe trois troncs ; le premier tronc est composé de quatre artères épibranchiales, le deuxième tronc de deux artères, le troisième de trois artères épibranchiales. Le deuxième tronc provient de la fusion de l'artère postérieure de la troisième branchie et de l'artère antérieure de la quatrième branchie: il ne faut donc pas croire que les deux artères épibran- chiales, accompagnant chaque artère branchiale, se réunissent en un seul tronc au moment où elles sortent du sac respiratoire. Chez l'Ange, il y a quatre troncs; les trois troncs antérieurs sont formés chacun de deux artères épibranchiales, le dernier reçoit trois artères. Chez les Poissons osseux, les artères épibranchiales sont géné- ralement au nombre de quatre. Elles présentent divers modes 142 NOTIONS GÉNÉRALES, de réunion, en sorte que l'origine de Taorte peut être en avant, ce qui est le cas le plus ordinaire, ou en arrière des artères épi- branchiales postérieures. Dans la Truite, les artères des deux premiers arcs se réunis- sent en un tronc assez gros, qui va se joindre, sur la ligne mé- diane, à celui du côté opposé et former ainsi Torigine de l'aorte. Dans le Merlan noir ou Colin {Merlangus carboiiarius), j'ai vu le second mode de formation de l'aorte. Les artères épibran- chiales de chaque côté se rendent dans un tronc commun, les deux premières isolément, les deux dernières conjointement. Ce tronc commun se dirige de dehors en dedans et d'avant en ar- 'O' rière et va s'anastomoser avec son congénère. Le cercle artériel o' présente à son pourtour quatorze ou quinze vaisseaux qui portent le sang dans des directions tout à fait dilférentes. L'aorte se dirige d'avant en arrière et se termine à l'extrémité du corps; elle diminue progressivement à mesure qu'elle s'éloi- gne de la tète ; elle présente en général un calibre régulier, elle se dilate cependant au niveau de chaque vertèbre abdominale chez quelques Cyprins. 11 existe dans « l'aorte de l'Esturgeon, du Saumon et du Silure gianis » «un ligament fibreux qui descend de la base du crâne. » (Stannius, loc. cit., p. 113, note.) L'aorte est placée sous la colonne vertébrale, et parfois elle est logée dans une gaine cartilagineuse ou dans un sillon, chez l'Esturgeon ; elle est quelquefois reçue en partie dans une dépression, une gouttière de la colonne vertébrale, et maintenue d'espace en espace par des ligaments fibreux, Hareng, Brochet. Dans la première partie de son trajet elle est dans le ventre et [)orte le nom à' aorte abdomiJia le ; nrrivée au niveau de la queue, elle pénètre dans le canal sous-vertébral ou hématique et s'ap- ))elle ao7'te caudalo. L'aorte fournit des artères^ les unes destinées aux muscles, à la |)eau, etc., les autres aux viscères abdominaux. Artères des muscles. Artère soiis-clavière [axillaire, scapulaire, clainculaire, bra- chiale de quelques auteurs). — Chez la Raie^ l'artère sous-clavière APPAHEIL CIRCLLATOIUE. 113 vient de laorte, en avant du tronc commun des trois dernières artères épibranchiales : elle se dirige de dedans en dehors ; elle donne des artères intervertébrales et l'artère spermatique, puis se divise en deux branches principales, Tune antéri(îure, l'autre postérieure, allant l'épandre leurs rameaux dans la nageoire pec- torale. Chez les Torj)illes, chez la Chimère, l'artère sous-clavière présente des renflements auxquels on a donné le nom de cœurs accessoires ; la structure de ces organes ne paraît pas toujours la même, et leur usage n'est pas bien connu. Dans les Poissons osseux, l'artère sous-clavière provient presquir toujours de Faorte^ tantôt en avant, tantôt en arrière de l'artère abdominale ; elle donne des rameaux à toute la région scapulaire, à la pectorale ; elle descend vers la région abdominale et envoie des rameaux anastoniotiques à celle du côté opposé. C'est dune anastomose que vient chez les Poissons hémisopodes, Pagels, etc . , l'artère destinée aux ventrales. Artères intercertéhrales ou bitercostales. — Chez les Plagio- stomes, au niveau dechaque espace intervertébral, l'aortedonne à droite et à gauche une artère qui se divise en plusieurs rameaux, les uns se portant aux reins, d'autres à la moerlle épinière, les der- niers allant se répandre dans les muscles et la peau du tronc et de la queue. Chez les Poissons osseux, elles ne sont pas toujours aussi nom- breuses que les espaces intervertébraux ; elles donnent des ra- meaux, comme dans les Sélaciens, aux reins, à la moelle, aux muscles, à la peau, aux nageoires impaires. Chez les Opistho- podes, les artères des nageoires ventrales viennent d'interverté- brales plus développées que les autres. Artères des viscères abdominaux. Dans les Plagiostomes on compte les artères suivantes : 1" Ar- tère cœliaque ; elle est impaire, elle fournit à dilîérents organes : une artère à la valvule spirale de l'intestin, une artère au foie [hépatique), deux artères à l'estomac le plus souvent. 2° Artère mésentérique; elle donne une ou deux artères spléni- ques, une artère pancréatique et neuf à dix branches intestinales. 144 NOTIONS GÉNÉRALES. 3" Artères rénales ; artères de roviduclc. 4" Artères des membres postérieurs que Monro compare à des artères iliaques. L'artère iliaque donne des rameaux à la na- jieoire ventrale et aux muscles de la région abdominale. Chez les Poissons osseux, se trouve un vaisseau très-volumi- neux qui envoie des branches aux différents organes contenus dans l'abdomen. Artère abdominale [artère eœliaque, Cuvier ; cœliaco-mésen- tériqi^e, Stannius). — Elle viendrait, par exception, directement îlu cercle céphalique dans « les Lota, d'après Hyrtl » . (V. Stannius, lac. cit., p. 113.) Elle fournit trois ou quatre artères importantes : {" Artère intestinale ; elle se divise en tTois ou quatre branches: une artère splénique ; une artère gastro-Iiépatique ; deux artères mésentériques. Dans quelques esp.èces, l'artère mésentérique pos- térieure naît directement de l'aorte, et la splénique vient du tronc cœliaiciue. 2° Artère de la '):essie natatoire. — Elle se distribue à la surface de la vessie ou dans les corps rouges ; chez quelques poissons^ elle vient directement de l'aorte ; quehfucfois même il y en a plusieurs. 3" Artères spermatiqiies. Chez les Marsipobranches, les artères épibranchiales sont nom- breuses. Il y a, dans la Lamproie marine, autant d'artères épi- branchiales qu'il y a de séries de lamelles respiratoires, c'est- à-dire quatorze. La première, ainsi que la dernière artère épibranchiale^ reste distincte, les autres artères se réunissent par deux et forment par conséquent six vaisseaux. De cette façon l'aorte est constituée, de chaque côté, par huit vaisseaux; le pre- mier et le dernier apportent chacun le sang d'une simple série de lamelles respiratoires, les vaisseaux intermédiaires amènent le sang de deux séries de lamelles branchiales. C. Duméril compte seulement les artères épibranchiales, vers leur point de jonction avec l'aorte. « Les veines artérieuses, qui proviennent des branchies, se rendent, au nombre de sept, de chaque côté, dans une aorte qui commence sous l'échiné. » APPAREIL CIRCULATOIRE. 1 4:i (C. DuMÉR., Dissert, sur les Poissons. Thèse. 1812, p. 38.) 11 donne une courte description de l'aorte et ajoute : « Les artères collatérales qu'elle (aorte) fournit ne naissent pas d'une ma- nière régulière, ce (jui peut tenir à l'absence des vertèbres. » {fbid., p. 39.) SYSTÈME VEINEUX. Le sang est rapporté de toutes les parties du corps par les veines qui le versent dans le sinus de Cuvier, Les veines ont des parois très-minces, très-délicates ; elles pré- sentent souvent sur leur trajet des dilatations formant des es- pèces de sinus; elles sont assez rarement pourvues de valvules ; aussi se laissent-elles pénétrer facilement par les injections, de même que les divers canaux regardés comme des vaisseaux lymphatiques. Le sang qu'elles ramènent à l'appareil central de la circulation vient, soit des organes de la vie de relation, soit des organes contenus dans la cavité abdominale, soit enfin des organes respiratoires; c'est-à-dire qu'il y a trois systèmes veineux distincts ; ils sont désignés sous les noms de système vei- neux rachidien; système veineux viscéral; système veineux bron- chique. Nous allons examiner ces différents systèmes dans la sous-classe des Ry ohr anches . Système veineux rachidien. — Il est composé de deux veines sous- clavières et de quatre veines cardinales, deux veines cardinales an- térieures et deux veines cardinales postérieures. Les quatre veines cardinales se réunissent souvent ou [)lutôt s'anastomosent deux à deux d'un même côté et forment, avant de se jeter dans le sinus de Cuvier, un tronc plus ou moins volumineux, appelé canal de Cuvier ou veiiie cave antérieure (Milne Edwards). En général ces veines sont d'un calibre très-différent. Ainsi chez un Brochet, j'ai trouvé la veine cardinale antérieure droite plus petite que l'au- tre et la veine cardinale postérieure droite plus grosse que celle du côté opposé. A. Veine cardinale antérieure {;reine cave antérieure [Cuv., 10 11(5 NOTIONS GÉNÉRALES. Anat. comp.], veine juc/ulaire ; grande veine jugulaire, Agass., C. VoGT ; ou même veiiie jugulaire jjostérieare.RoBi^). — Les yeines cardinales antérieures sont en général reliées par un tronc ana- stomotique ; souvent elles forment, en arrière de l'œil, un sinus plus nu moins large appelé^«/6<^o/j/i//Wm?^?^(°(ITYRTL), réuni ordinai- rement à celui du côté opposé par une anastomose transversale. Elles reçoivent le sang de la tête et du commencement du canal digestif par cinq ou six veines que nous allons indiquer : Veine faciale interne; elle passe au-dessous de l'orbite, en longe le bord inférieur. Veine faciale externe; veine oculaire; veine cérébrale; ces quatre veines se réunissent souvent dans le sinus ophthalmique, elles suivent à peu près le trajet des ar- tères ; veines œsophagiennes : quelquefois une veine rénale anté- rieure chez les Gades. Il ne faut pas oublier de signaler que le prolongement du sinus des vaisseaux latéraux et du vaisseau médian inférieur, Poissons osseu^i:, Squales en général, débouche dans la veine cardinale antérieure; ce prolongement est pourvu d'une valvule. Dans les Raies, au moins dans la Raie bouclée, le vaisseau la- téral va se rendre directement dans le sinus de Cuvier. B, Veine cardinale postérieure [veine cave postérieure [Cuv., A7iat. comp.], veine cave [Ch. Robin], veine abdominale [Milne Edwards]. — Les veines cardinales postérieures sont en général de calibre très-différent; la veine du côté droit chez les Poissons osseux est ordinairement plus grosse et plus longue, cette diffé- rence tient surtout à son mode d'origine. En efTet tantôt les deux veines cardinales viennent du système porte rénal. Raies, elles sont formées par les veines efférentes du rein ou veines rénales ; tantôt l'une d'elles, la droite, est la continuation de la veine cau- dale qui ne se ramifie pas dans les reins, et Tautre est constituée par la réunion des veines efférentes du rein gauche. La veine cardinale gauche manque quelquefois, Cépole [Cepola rubescens); il n'y a qu'une veine cardinale chez le Blennie Gunnelle [Gunnel- lus vulgaris). La veine cardinale droite est, chez la Tanche, renflée d'espace en espace et prend l'aspect moniliforme (Jourdain). AI>l'AHi:iL CIHCULATOlItt:. 147 Los veines cardinales postérieures reçoivent les veines sper- niatiques, les veines intercostales, les veines rénales ; et parfois des veines de la vessie natatoire, de l'intestin se rendent dans la veine cardinale droite. Les veines cardinales sont placées du coté interne des reins quand ils sont séparés Tun de Tautre ; elles s'anastomosent plus ou moins entre elles ; dans les Raies l'anastomose postérieure est très-large, et les veines cardinales ont le même calibre à peu près. Chez les Raies et la plupart des Squales, chacune d'elles se dilate en un large sinus celluleux, appelé snixs de Monro, qui communique avec celui du côté opposé au moyen d'anasto- moses plus ou moins larges. (V. Monro, pi. 2, n°' 24-20.) Veine caudale. — Il l'aut^ à la suite des veines cardinales posté- rieures, donner une courte description delà veine caudale. Cette veine est placée dans le canal sous-verlébral ou héinatique, elle commence à l'extrémité du corps, elle reçoit à son origine la branche interne du cœur accessoire chez la plupart des Poissons osseux, et dans son trajet les veines intervertébrales; arrivée dans l'abdomen, elle se partage parfois en deux, vaisseaux qui ont à peu près le même calibre et prennent le nom de veines de Jacobson; ou bien elle ne se ramilie pas dans les reins et se continue comme une veine cardinale postérieure jusqu'au canal de Cuvier. Il n'y a qu'une seule veine caudale ; la veine qui, chez la Tanche, se trouve dans le canal hématique est une veine surnuméraire, une veine caudale accessoire. (Jourdain, Recher- ches sur la veine porte rénale, An. Se. natur., 18o9, t. XII, p. 343, pi. IV, fig. 1-2.) Veine sous-clavicre [veine de la ceinture scapulaire ; vaisseau sous-perito7ic'al [chez les Sélaciens] , Ch. Robin). — Cette veine suit à peu près le trajet de l'artère sous-clavière, elle lui correspond non-seulement dans ses rapports, mais encore quant à ses dimen- sions, elle est d'un gros calibre chez les Raies ; elle ramène le sang de la pectorale, une partie de celui des ventrales et de la portion terminale du tube digestif. Système veineux viscéral. — Il se partage en deux systèmes, 148 NOTIONS GÉNÉRALES, le système de la veine porte rénale et le système delà veine hé- patique. Système de la veine porte rénale. — Il est très-facile à démon- trer chez la plupart des Poissons ; il présente, ainsi que l'avait constaté Jacobson, deux formes principales suivant que la veine caudale se divise en deux branches qui, sous le nom de veines de Jacobson, se ramifient dans les reins comme des vaisseaux affé- rents, ou suivant qu'elle se continue, sous le nom de veine car- dinale postérieure, pour aller se rendre dans le canal de Cuvicr. Dans le premier cas le système de la veine porte rénale distribue aux reins tout le sang de la région caudale et une partie de celui de la région moyenne du tronc ; dans le second cas le système de cette veine porte est très-réduit, il ne donne aux reins que le sang de la région moyenne du tronc, et par suite la veine cardinale postérieure gauche est très-peu développée. Dans les Sélaciens, c'est la première forme qui domine, la veine caudale se partage en deux veines égales ; chez les Pois- sons osseux, les deux formes se rencontrent non-seulement dans la même famille, mais encore dans le même genre. Chez les Lamproies, «les reins n'ont pas de veine porte. » (Dlvernoy, Cuv. Anat. comp., t. Yll, p. 588.) Les deux systèmes de veines portes sont presque toujours in- dépendants l'un de l'autre, mais parfois il y a communication entre eux, ainsi que l'ont constaté Jacobson, Jourdain, chez quel- ([ues Poissons, Anguille, Carpe, Baudroie. Nous ne pouvons entrer dans de plus longs détails, nous nous bornerons à indiquer les travaux suivants : Jacobson, De Systemate vejioso pecidiari in per- multis animalibus oÔ5ery«^o, Hafni.e, 1821 ; Jourdain, Recherches sur la veine porte rénale [Ann. Se. natiir., 1859, t. XII, p. 321). Système de la veine pjorte liépatique. — Les veines de l'appa- reil digestif, de la rate et parfois en partie les veines des organes génitaux, soit réunies en un seul tronc, veine cave, Agass. , C. Vogt, soit groupées en deux ou trois troncs, soit divisées en rameaux nombreux, pénètrent dans le foie et constituent le système de la veine porte hépatique. Le sang, après avoir été distribué dans APPARi:[I. CIRCULATOIRE. 149 les différentes parties du foie, est repris par les vaisseaux effé- rents ou vrmrs hépatiqifrs qui le ramènent dans le sinus de Cu- vicr. Ces vaisseaux efférents sont tantôt réunis en un seul tronc, tantôt ils forment deux ou trois veines hépatiques, et cela souvent dans les animaux d'un même genre. Ainsi que le fait observer Cuvier, « les veines hépatiques, au moment où elles sortent du foie, entre ce viscère et le diaphragme, ont dix fois le diamètre qu'elles présentent à leur embouchure dans la veine cave. » (Cuv., Anat. comp., t. VI, p. 259.) Chez certains Poissons, le Thon par exemple, les veines des viscères, avant de se grouper pour constituer la veine porte, se divisent en une multitude de ramuscules excessivement déliés ({ui forment des réseaux admirables. Système de Duvernoy ou système veineux bronchique. — Le sang, qui a servi à nourrir les organes respiratoires ou plutôt les la- melles branchiales, est ramené par la veine de chacun des arcs branchiaux dans un vaisseau latéral appelé veine de Duvernoy on veine hyo'idienne. Ces veines se réunissent sur la ligne mé- diane pour former un tronc commun, qui se dirige d'avant en arrière et va déboucher dans le sinus de Cuvier ; parfois le tronc commun se bifurque, ainsi que j'ai pu le constater sur un Bro- chet [Esox luciiis), chacune de ses branches vient séparément se rendre dans le sinus de Cuvier, un peu en avant des veines sous-clavières. Dans la Raie, chacune des veines hyoïdiennes dé- bouche isolément dans le sinus de Cuvier. (Jourdain, Système vei- neux et lymphat. : Raie bouclée. Paris, 1868.) Longtemps la veine de Duvernoy a été regardée comme un vaisseau lymphatique, et cependant Cuvier [Histoire naturelle des Poissons, t. I, p. 511) l'avait considérée comme étant une veine; encore A?iat. comp.,i. VI, p. 257, Cuvier indique parmi les veines qui ramènent le sang au cœur « un ^ronc qui rap- porte le sang des branchies et des parties voisines, et pénètre dans la poitrine entre les deux veines caves antérieures. » Dans les Marsipobra?ic/ies, le système veineux présente certai- nes modiiications que nous décrirons plus complètement lors- ISO NOTIONS GÉNÉRALES, (jiie nous ferons Thistoire de la sous-classe. Ici nous nous bor- nerons à dire que, chez la Lamproie marine, la veine caudale, à son entrée dans l'abdomen, se bifurque et donne naissance à deux veines ccwei> ou cardinalps. Ces veines se terminent dans le sinus commun, elles sont en communication avecle sinus géni- tal et le ou les sinus rénaux. SYSTÈME LYMPHATIQl'E. Le système lymphatique des Poissons est, depuis les découver- tes de Hewson et de Monro, Tobjet de nombreuses recherches, et cependant il faut avouer qu'il est encore aujourd'hui assez peu connu, malgré les travaux des anatomistes les plus habiles. Bien souvent il est impossible de distinguer les veines des lym- phatiques ; et malheureusement les injections ne lèvent pas les doutes, car elles parcourent, avec une déplorable facilité, tous ces vaisseaux, généralement dépourvus de valvules. Le système lymphatique des Poissons n'est probablement pas aussi étendu qu'on le croit ordinairement, surtout le système lymphatique sous- cutané, qu'il vaudrait peut-être mieux désigner sous le nom de systèmevasculaire sous-cutané, pour ne pas préjuger la question. Sijstème vasculaire soiis-cutané . — Ce système vasculaire appar- tient-il réellement au système lymphatique proprement dit, comme l'avaient pensé tout d'abord Ilewson et Monro ? ou bien n'est-il pas une dépendance du système sanguin ? La ma- nière de voir des anatomistes anglais est partagée par Agassiz et C. Vogt, Milne Edwards, Leydig, Jourdain, Gegenbaur; elle n'est pas adoptée parle professeur Ch. Robin. Avant d'entrer dans la discussion des faits, nous allons donner ime courte description de ce système vasculaire sous-cutané, qui n'a pas toujours été nettement distingué: ainsi, C. Vogt a confondu avec ses canaux nmciques le canal tnuckiue externe de la tète, « qui s'ouvre par de nombreux trous » à la surface de la tête, et fait conséquemment partie du système canal iculé laté- ral. (V. Agass., c. Vogt, Anat. Salmon., p. 137.) APPAREIL CIRCULATOIRE. lîil Le système \asciilaire sous-cutané se compose, chez la j)lupail des Poissons, de trois vaisseaux, un vaisseau médian inférieur et deux vaisseaux latéraux. Le raisscatf rncdia/i inférieur marche d'arrière en avant et se termine au niveau de la ceinture scapulaire, dans un sinus qui lui est commun avec les vaisseaux latéraux ; il reçoit sur son trajet les vaisseaux venant de la partie inférieure du corps. Quant aux vaisseaux latéraux, ils présentent une assez grande régularité ; ils sont placés, chez la plupart des Poissons, dans lo sillon longitudinal des grands muscles latéraux du tronc, ils sui- vent la direction générale de la ligne latérale ; ils sont alimentés par des rameaux venant de la région dorsale et des flancs ; ils sont en communication l'un avec l'autre à leurs extrémités, au moyen d'une anastomose transversale. Chacun d'eux se termiue en avant dans un sinus qui débouche, par un orifice muni d'uu système valvulaire, soit dans le sinus de Cuvier, soit dans la veine cardinale antérieure, et donne en arrière dans un sinus animé parfois de mouvements très-sensibles de diastole et de systole, appelé cœur lymphatique ou cœur accessoire. Il n'y a généralement qu'un seul vaisseau de chaque côté du corps ; quand il y en a deux ou trois, ils se réunissent toujours en un seul tronc avant de se terminer. Le système vasculaire sous-cutané n'est pas une dépendance du système lymphatique, suivant l'opinion du professeur Charles Robin. « Des nombreuses observations, » dit-il, « et des expérien- ces que j'ai faites, il résulte que les vaisseaux cutanés et sous- cutanés, décrits par Monro, Hewson, etc., comme des lymphati- ques, sont des veines, les unes à l'état de veines proprement dites, les autres à l'état de sinus veineux. » « La division des lymphatiques des Poissons en superficiels et en profofids ou viscé- raux, encore adoptée par quelques auteurs modernes, » n'existe pas dans cette classe de vertébrés. (Ch. Robln, Mémoire sur les disposit. anatom. lymphat. des Torpilles, comparées à celles qu'ils présentent chez les autres Plagiost. Acad. scienc. 7janv. 1867.) Sans connaître les expériences auxquelles se livrait M. (iharles 15-i NOTIONS GÉNÉRALES. Robin, je faisais de mon côté des recherches sur le système vascu- laire sous-cutané dans les Poissons, et, je dois l'ayouer, je trou- vais exactement les conditions anatomiques décrites par l'auteur que je viens de citer. J'ai parfaitement constaté dans' ces vaisseaux la présence du sang chez un Merlus [Merlucius vulgaris), sortant de la mer; j'ai vu aussi le vaisseau médian rempli de sang- chez une Rous- sette. M. Ch, Robin a trouvé du sang dans le vaisseau latéral chez les Raies et les Squales ; il rapporte aussi que Natalis Guii- lot a vu du sang s'écouler du vaisseau latéral divisé chez des Carpes vivantes. Il semble qu'en présence de ces faits, observés par différents auteurs, il ne doive plus y avoir de doute sur la nature du système vasculaire sous-cutané, et cependant M. Jourdain le regarde toujours comme appartenant (( à un système complète- ment distinct de l'arbre vasculaire veineux. » (S. Jourd., Sys- tème veineux et hjmphatiqup de hi Raie bouclée, Paris, 1808. Note, Sijst. lymphat. Gadus Morrhua. Ami. Se. natur., 1867, t. VIII, p. 141.) Cœur accessoire, cœur hjmpliatique, sinus ou cœur caudal. — Cet organe est assez facile à voir chez la plupart des Poissons osseux ; il est placé sur la plaque caudale et communique avec celui du côté opposé par une anastomose passant dans un trou, ou plutôt dans une échancrure de la plaque caudale ; il est par- fois, nous l'avons dit, animé de pulsations rhythmiques très- marquées, comme chez TAnguille, et prend alors plus spéciale- ment le nom de cœur accessoire ou cœur lymphatique. Les pulsations de cet organe sont indépendantes, elles sont plus fré- (juentes que celles du cœur. Leeuwenhoeck paraît avoir le premier constaté la présence de ce cœur chez l'Anguille, mais sa découverte tomba dans l'oubli ; et c'est en 1836 seulement qu'un physiologiste anglais, Mar- shall-Hall, attira l'attention sur cet organe et en donna une description avec figure. Le cœur accessoire, il est facile de s'en convaincre, est formé d'un tissu fibreux ou conjonctif, et surtout APPAREIL CIRCULATOIRE. 153 de fibres musculaires striées dont nous ne pouvons indiquer les dilférentes directions; il constitue une espèce d'ampoule ovale à trois orifices : l'orifice antérieur est en rapport avec la termi- naison du vaisseau latéral ; l'orifice médian et interne est l'ou- verture du canal transversal qui l'ait conununiquer les deux si- nus; en avant se trouve le troisième orifice muni d'une valvule, ou plutôt le vaisseau qui se dirige de dehors en dedans, pénètre dans le canal rachidien et se jette dans la veine caudale, laquelle paraît ainsi bifurquée à son extrémité. D'après Marshall-Ilall, le cœur caudal de l'Anguille est un cœur veineux qui reçoit le sang des parties latérales du corps, de lanag'eoire de la queue, et le fait passer dans la veine caudale. Cette opinion était généralement admise, lorsque J. Millier, en 1842, prétendit que le sinus de la queue contient non pas du sang-, mais de la lymphe, et qu'il est conséquemment un cœur lymphatique. A quoi tient cette différence dans le résultat des recherches ? Probablement au mode d'expérimentation. Quant à moi, pour me rendre un compte exact des faits, j'ai tenté des expériences à diverses époques, dans des circonstances aussi va- riées que possible, et j'ai toujours obtenu un résultat absolument identique. Enfin, au moment de terminer ce travail, j'ai voulu me livrer à une dernière recherche : sur une Anguille d'assez forte taille, j'ai, après certaines précautions, mis à nu le cœur caudal ; n'ayant lésé aucun des vaisseaux de la nageoire de la queue, je n'ai pas vu la moindre trace de sang, ainsi que je l'ai vérifié avec la plus scrupuleuse exactitude; j'ouvris alors le si- nus caudal, et aussitôt s'écoula non de la lymphe, mais du sang. Par une pression exercée d'avant en arrière sur le trajet du vais- seau latéral j'ai augmenté l'afflux du sang qui sortit en plus grande abondance du cœur accessoire. Au commencement de l'opération j'ai, pour l'examiner au microscope, recueilli une certaine quantité de liquide sortant du cœur accessoire ; c'était du sang qui m'a montré des globules rouges ovales avec leur noyau. Système lympJiatique viscéral. — Il est excessivement déve- loppé ; les vaisseaux lymphatiques forment des réseaux très-nom- 154 NOTIONS GÉNÉRALES, breiix, des sinus dispersés sur tous les organes contenus dans ia cavité abdominale, ils entourent parfois les vaisseaux sanguins ; puis tous ces rameaux lymphatiques se réunissent en un tronc bifurqué en avant, ou bien, et c'est le cas le plus ordinaire, en deux troncs allant se jeter soit dans les veines sous-clavières, soit dans les veines cardinales antérieures. Rien de plus facile que d'injecter le système lymphatique viscéral, mais aussi rien de plus difficile, nous l'avons dit, que d'en bien reconnaître les limites. On peut piquer au hasard avec l'aiguille à injection, h; mercure se répand de tous côtés. GLANDES LYMPHATIQl'ES. Les glandes lymphatiques, suivant certains auteurs, n'existent pas dans les Poissons ; Leydig est d'un sentiment contraire, et nous partageons sa manière de voir. Cet histologiste « considère comme faisant partie des glandes lymphatiques : 1° La masse glandulaire blanchâtre qui se trouve entre les membranes œsophagiennes « dans les Raies et les Squales ». 2° La masse glandulaire blanchâtre placée dans la cavité ocu- laire « de la Chimère ». J'ai trouvé dans l'orbite de la Pélamide, un autre amas glandulaire. 3° h' organe épigonal dccoincH par J. Mûller <( dans les replis péritonéaux des Requins à membrane clignotante » . 4° La masse blanche et jmlpeuse qui « chez l'Esturgeon » re- couvre l'origine de la moelle épinière, etc. » <' Parmi les glandes lymphatiques non douteuses , il faut compter en outre : o" La substance spongieuse qui enveloppe le ventricule et le bulbe artériel « de l'Esturgeon, etc. ». 6° Enfin la substance qui entoure les vaisseaux sanguins du mésentère chez quelques poissons osseux, Trigla hirundo, Dac- tyloptera volitans, serait formée « de glandes lymphatiques ». (Leydig, Traité histoL, trad. franc., p. 477-479.) Mais ces préten- dues glandes lymphatiques n'entourent-elles pas des canaux de APPAREIL ClRCLLATOlRi:. 15:i Weber et no sont-elles pas d'une autre nature, ainsi ([ue le père Legouis en fait la remarque? Leydig, écrit-il, « rapporte au système lymphatique ce qui revient surtout au pancréas. » (Le- gouis, Pancréas, Ann. se. natur., 1872. t. XVII. liv. III-IV, |>. 37. — V. Pancréas, p. 128.) THYMLS. Le tiiymus ne manque pas dans tous les Poissons, comme l'écrit le professeur Rich. Owen [Anat. vcrtébr., t. 1, p. 365) ; il paraît au contraire exister chez tous les Plagiostomes sans ex- ception, chez l'Esturgeon. Suivant Leydig, dans les Poissons osseux, il « est représenté par la glande qui^chez les Gadus, Lotavul- garis, Plcuronectes platessa, PI. flesus, Rhombus maximus, Lophius piscatorius, est placée au-dessous du tégument qui revêt les cavités branchiales, dans la région de la commissure membraneuse qui sert à re- lier l'opercule avec l'anneau scapulaire. » (Leyd., Ti\ HistoL, trad. fr., p. 488.) D'a- près Huxley, le thymus « se trouve chez tous les vertébrés, excepté l'Amphioxus ». {\i\}\h., Anat. camp., trad. fr., p. 105.) Le professeur Ch. Robin ne considère pas comme un thymus la glande que nous Grossissement de lOO dia- allons décrire, mais la regarde comme une '"^tres. " o, enveloppe et tissu cel- espèce de glande thyroïde; cependant les luiaire séparant les foiiicu- deux organes présentent tellement de diffé- '^'^ ' ''^ follicules. ^ ^ 11^- Extrémité d'un folli- rences dans leur structure et dans leurs cuie. Grossissement de rapports, qu'on ne saurait admettre l'opi- 300 diamètres. ,--,,„,.,, , . „ . a, tissu cellulaire formant mon de Ch. Robin. {Th. zoolog. App. Raies, renveioppe du follicule -, h, organes électriques, 1847, p. 10-11.) cellule à noyau. Le thymus, s'atrophiant à mesure que l'animal grandit, ne 17. Thymus de Raie. Section d'un lobule. do6 NOTIONS GÉNÉRALES, doit être étudié que chez des sujets très-jeunes : ainsi il est a peine reconnaissable dans l'Emissole commune adulte, tandis qu'il est fort développé chez le fœtus. Dans les Raies, il est de forme prismatique, triangulaire ; il est placé dans un espace limité en avant, en dehors, en dessous et en dedans par l'évent, les branchies et la colonne vertébrale, et en dessus par des fibres musculaires et des tubes de Loren- zini qui le séparent de la peau ; dans les jeunes Raies, il envoie un petit lobe dans l'angle qui se trouve entre l'évcnt et la co- lonne vertébrale . 11 se compose de petits lobules qu'on peut facilement isoler les uns des autres. Ces lobules mesurent un millimètre à un millimètre et demi de longueur, ils sont ovalai- res, de couleur rouge chez les individus de moyenne taille, d'un blanc grisâtre chez les très-jeunes animaux ; ils sont assez mous et plus faciles à isoler chez les Raies d'une certaine taille que chez, les très-petites; ils sont creusés d'une cavité con- tenant une matière grisâtre assez épaisse avec des débris d'é- pithélium et une grande quantité de noyaux. Cette cavité, qui est close, est le réceptacle des produits des fol- licules. Il y a, dans chaque lobule, des follicules dont la base toujours renflée est appliquée sur la paroi interne de l'enve- loppe du lobule. Chaque follicule s'ouvre en dedans par un con- duit assez large, il est séparé de ceux qui l'avoisinent par un tissu cellulaire lâche et mou, facile à déchirer. Il présente une couche externe de cellules arrondies, assez développées, avec un noyau et d'autres cellules-plus petites et sans noyaux, une cou- che moyenne, comme granuleuse, renfermant des vaisseaux, une couche interne formée d'un épithélium nucléaire ovoïde ou plutôt sphérique. Si l'on fait bouillir les petits lobules du thy- mus, on coagule la matière qu'ils renferment et on peut l'énu- cléer facilement. Cette matière se compose de cellules épithé- liales et d'albumine ; traitée par l'alcool, elle montre des cristaux particuliers, très-étoilés, qui sont évidemment des cristauv de Chez un fœtus d'Emissole commune, le tiiymus avait l'aspect APPAREIL CIRCULATOIRE. lo? ensons [tas, et, à l'appui de notre manière de voir, nous pouvons citer un fait qui vient renverser la théorie de Flourens. Si la mort est réellement déterjuinée jiar la diniintilion rela- tive de l'étendue des surfaces respiratoires, elle doit arriver beaucoup moins vite chez les Lo]»hobranches, chez les Hippo- campes que chez les Anguilles. Les branchies des Lophobranches sont pord'-es sur des tiges solides, elles forment des houppes assez courtes, séparées les unes des autres; elles ne se recouvrent pas comme les branchies des autres Téléostéens ; elles présentent toujours par consé- quent une surface respiratoire étendue. Il \ aurait évidemment, si l'opinion de Flourens était juste, dans la disposition et dans la structure des branchies, beaucoup de conditions favorables pour que la vie chez les Hippocampes se prolongeât plus long- temps que chez les Anguilles, et c'est précisément le contraire qui arrive. Pourquoi cette différence dans la survie de rAngiiille? Nous n'en savons rien, et, au lieu d'émettre une nouvelle hypothèse, qui ne serait sans doute pas plus vraie que les autres, nous ai- mons beaucouj» mieux avouer que nous ne connaissons pas la solution de ce difficile problème. Les causes qui amènent, chez les Poissons hors de l'eau, une mort tantôt rapide, tantôt assez lente, sont probablement mul- tiples ; il ne faut pas les chercher uniquement dans la diminu- tion « de l'étcuidue des surfaces de l'organe respiratoire ». On no doit pas oubliei' que, chez l'Anguille, les mouvements du cœur 11 102 NOTIONS GÉNÉHAI.ES. ontuQC très-longue persistance, ainsi que nous l'avons lait re- marquer. (V. Circulation, j). 134.) La respiration des Poissons a été l'objet des recherches les plus intéressantes; nous regrettons de ne pouvoir examiner ici les expériences de Spallanzani, Silvestre, de Humboldt et Provençal, Will. Edwards, Gréhant. Nous ne devons i)as étudier Faction de Tair ou plutôt de l'oxygène sur le sang; et pour ne pas sortir de notre sujet, nous nous bornerons à rappeler que l'hématose se fait par les surfaces cutanées et muqueuses, mais principalement à l'aide de l'appareil respi- ratoire. Avant de commencer la description de cet appareil, nous vou- lons indiquer les observations d'Erman sur le Cobitis fossilis. La Loche d'étang et d'autres espèces présentent un jihénomène des plus singuliers : elles avalent de l'air atmosphérique et le ren- dent après lui avoir enlevé, pendant son passage à travers le tube digestif, une notable quantité d'oxygène. Au contact de la mu- queuse intestinale l'air a subi une décomposition; son oxygène a donc servi à l'hématose. Appareil RESPIRATOIRE ; appareil braachial. — 11 présente dans la classe des Poissons de très-grandes différences. C'est en nous appuyant sur les caractères nettement détermi- nés qui se trouvent dans la conformation et dans la structure de l'appareil respiratoire, que nous croyons devoir ranger les Pois- sons en trois sous-classes. Nous conservons les deux sous-classes des Marsipobranches et des Pharyngobranches , telles que précédemment elles ont été établies, et nous réunissons dans la sous-classe des Hyobranches, les Plagiostomes, les Ganoïdes et les Poissons osseux. Les Poissons de cette dernière division, comme nous le ver- rons, montrent encore dans l'ensemble de leur organisation, dans leur squelette, dans leur système nerveux, des caractères bien définis qui les distinguent complètement des Poissons des autres sous-classes. Ici nous allons indiquer uniquement, sans entrer dans les dé- AI'PAHKIL HESPlHATOmr:. 103 tails, la dis[)ositioii générale de rappairil r(is[»ii'atoiro clans les trois sous-classes. Ih/uhraiulirs. — Branciiies siipi>oriées pai' des arcs mobiles de l'appareil hyoïdien. Marsipobratic/K's. — Branchies enfermées dans des poches, non supportées par des arcs branchiaux. PJiaryuguhifuichf's. — Branchies placées dans la cavité pha- ryngienne, cou\crtes de cils \ibratiles. Hyvhrcmclics. — Dans l'immense majorité des Poissons, les lames branchiales sont placées sur des arcs mobiles (d articulés «l'un a[)pareil Inoïdien qui est en avant de l'œsophage, on plutiM du pharynx, et fait une partie des parois de la cavité buccale. Les Poissons ([ui pri'sentent cette conformation anatomique doi- vent, selon nous, être réunis dans une grande sous-classe, la sous-classe des Hyobranclies. Chez les Ilyobranches, l'appareil respiratoire arrive à un degré de perfection plus avance que dans les Poissons des autres sous- classes; il se montre sous une forme Irès-complexe, il est con- stitué par un appareil composé de pièces solides, l'appareil hyoï- dien, et i>ar un ensemble PAaEi[. iivoïdii:n. L'appareil hyoïdien est suspendu sous la base du crâne dans la plupart des Poissons osseux, dans l'Esturgeon ; parfois il est plus reculé et se trouve en rapport avec le crâne et le conunen- cement de la colonne vertébrale, chez les Plagiostomes ; chez les Apodes en général, Congre, etc. , il a ses arcs branchiaux reliés aux vertèbres par leur extrémité supérieure. Il est très-développé, il se compose d'une suite de segments ([ui, de chaque côté, sont au nombre de six, excepté chez les Notidaniens. Le premier segment prend le nom d'o.ç hyoïde, et le dernier s'a[»[ielle os pliarynfjien inférieur; les quatre segments intermédiaires portant |>res(pie toujours des l»ranchies, sont les 16i NOTIONS GÉNKHALES. /nus Oranr/f/(//f.i; \c segment antérieur est aussi })Ourvu de Jjraii- cliies chez les Plagiostomes ; il doit donc être considéré comme un arc hranchial, qu'il porte ou ne porte pas de lamelles res- jiiratoires. Ces différents segments sont, par leur extrémité infé- rieure, en rapport plus ou moins immédiat avec une espèce de carène médiane qui manque très-rarement (Baudroie). La carène est formée par une suite d'osselets impairs qui ont leçu différents noms, suivant la position qu'ils occupent, suivant surtout leur détermination anatomique d'après la manière de voir des auteurs. Pour mettre plus de clarté dans notre étude, nous décrirons d'abord le premier segment de l'appareil respi- ratoire, celui qui porte le nom dos hyoïde. Os HYOÏDE. — Il est composé de plusieurs ])arties ; si Ton veut hien reconnaître les diverses pièces de l'hyoïde et surtout leurs rapports, il est important de les examiner dans les Labres; dans ces poissons, les pièces sont parfaitement distinctes et disposées d'une façon qui ne laisse aucun doute sur leur détermination. r Corps de llnjoidc (ou plutôt, Bdsiliijal, Et. Geof. Saint- lliiAnu: ; T/'o/^y^//. DrvERNOY ; Vopiila, Staninus), (fig'. 19-20, n" 1), — Cette pièce ""ig. 19. Os hyoïde de la Vieille com- mime {Ldhvusher- gylta). Pièces inférieures. — 1. Basihyal. 2. — l-iiigual. 3, K'' basibi'ancliial ; 4, 2' basibrancliial ; 5, os ^ous-hyoïdieii. est regardée par différents au- teurs comme un hasihrnu cJi ial. Le basihyal est dé- veloppé chez les Labres, il s'arti- cule en avant et en haut avec le lingual, en arrière et en haut avec le premier os symbranchia! ou plutôt basibranchial, laté- ralement avec les pièces latérales ou arthrohyales, par sa face inférieure avec l'os sous-hyoïdien. Le basihyal est parfois très-peu développé, dans les Gades, dans les Trigles ; il manquerait même, suivant Duvernoy, chez ces derniers Poissons, ce qui n'est pas absolument exact, il est seulenuMit en partie caché entre les pièces latérales. Dans cer- APPAREIL RESPIRATOIRE. KKi tains Squales, l'Ange par exemple, le basihyal est très-large et très-long; il porte une proéminence qui paraît t'ormé(! par un lingual soudé avee lui. 2° Arthroliijdl, Artiiro/n/au.i: [piccrs articulaires, petites pièces latérales ; Cvw, pièces preardralairrs, Di veiinoy), (fig. 20, n" 2). — Ces pièces sont regardées parUich. 0^^en comme étant un ba- sihyal, c'est une erreur ; elles sont généralement de chaque coté au nombre de deux, |)lus ou moins soudées ensembb; et [larl'ois même avec la corne de l'hyoïde; elles ont été désignées, [)ar Et. Geotlroy Saint-Ililaire, la supérieure sous le nom (ÏApoàf/al,, l'inférieure sous celui de Cerato/i/p/l ; cette dernière pièce s'ar- ticule presque toujours avec celle du coté opposé. Les artliro- hyaux manquent chez l'Ange, et probablement chez tous ou presque tous les Plagiostomes. .'3" Ht/posté(/al [Hyposternal, Vjï. Geof. Saint-Uuaiiu: ; Céra- fu/n/ul, HicH. Owen), (fig. 20, n" 'S). ■ï" Kpristégal [Épisternal, Et. Geof. SAi>T-HiLAn{E; Epihyal, llicH. Owen) , (fig. 20, n" 4). Cette pièce est généralement moins développée que la précédente , elle lui est unie d'une façon plus ou moins intime. Chez les Poissons osseux ces deux seg- ments sont aplatis, ils portent sur leur face externe les rayons branchiostèges. Chez les Sélaciens Ihypostegal et l'épistégal ne sont pas dis- tincts; il n'y a qu'une seule pièce. Peut-être serait-il préférable d'appeler, tout simplement, cornes de l'hyoïde les deux pièces qui se troment chez les Té- léostéens . Ces pièces ont encore reçu les noms suivants : Grandes pièces latérales (Cuv. et Valenciennes) ; cornes antérieures ou pièces radiales ou brandies hyoïdes (Duvernoy) ; os plats (Agassiz ?). 5° Stylohyal, Hich. Owen [Stylliyal , Et. Geof. Salnt- Hilaire; Os styloïde, Cuv. et Valenc, Duvernoy, Agassiz), (lig. 20, n" 5). — Chez la plupart des Poissons osseux il ressemble à une petite tige plus ou moins arrondie ; il s'attache généralement dans l'espèce de triangle formé parle rapprochement du préo- •- 3 " . ■è -J ^ e ■z « '^ rt a. S O i c - :3 c £5' ^pis - £h T3 c JI S - J _°a "a ^ c S S. -£■- '*■ r. _çtf X. a &- ■ '5- o o "ik 1 3 se a. o 3 ^ ^ ^1 " . 3. "m % ^ 1 o -a c o 3 ^ - ; S ;= 3 ï; — ^I .^ i* Î-O în îo ^ a ï ■p &< a j o D O. c — es X X C H 5z %^ 2 S. i '^' r- ^ J o — ô ■— ^ cu.ï — s - ?^ ^ — à < K-u; X l*'ii;-. ".'0. Ainiarr'd ht/oidlm de hi Monir ((indus iiioriial APPAREII. RESPIRATOIRE. 1«7 perciile, do r(''pitym|>;mi(|iic ot du mésotympanique, parfois encore il s'attache seulement à lune de ces pièces. 11 manque dans les Congres, dans les Plagiostomes. G" Giosso/fi/ffl, Ivr. (jkov. Salnt-IIilaire, Hicii. Owen [Os iitir/i/ai, Cl Y. et V.VLENC, AdAssiz), (lig-. 19, n" 2). — Cet osselet manque souvent, il est libre en avant, il s'articule en arrière avec le ba- sihyal; chez les Chorignathes il est parfois armé de dents. 7° Os soi/s-hf/oïdirjt. [Epistcnial , Et. Geof. Saint-Hilauie ; Queue de VhyoUle ou de l'os hyoïde, Çkw. et Valenc, Agassiz ; Basihyal ow corps hf/oïde , Duveknoy ; Uro/tyu/,J\icu. Owen; Ca- rène dr r hyoïde, Stannius). — Gouan avait primitivement donné h> nom (h' sfer/u/ni ou poitral i\ cette pièce assez difficile à déterminer (fig. 19, n"5). L'os sous- hyoïdien manque chez les Plagiostomes et chez cer- tains Poissons osseux, Baudroies, etc. Il s'articule par une facette de son bord supérieur avec le basihyal, et de chaque côté en avant avec les arthrohyaux ; il est en arrière uni par des ligaments assez forts à la partie antérieure de la ceinture sca- pulaire ; il constitue ainsi la charpente inférieure de la cham- bre branchiale et parfois de la chambre cardiaque ; il donne attache aux muscles sterno-hyoïdiens. Les rapports indiqués ne sont pas les mêmes chez toj.is les Poissons : dans le Congre par exemple, cet os s'articule avec les hypostégaux ou cornes de l'hyoïde, et bien qu'il soit allongé, il reste très-éloigné de la chambre cardiaque. Il présente d'assez grandes différences dans sa foi'me , dans ses dimensions. Et. Geoffroy Saint llilaire regardait cette pièce comme repré- sentant une partie du steinum et l'appelait Épisternal. Peut- être vaudrait-il mieux, sans chercher à vouloir indiquer la signification de cette pièce, lui donner un nom tiré de la posi- tion qu'elle occupe et l'appeler tout simplement hf/pohi/al ou plutôt os sous-hyoïdie/i, car M. Milne Edwards a désigné sous la dénomination de pièces hypohyales les osselets qui s'articu- UmU avec le basihyal et qui sont nos basibranchiaux. Dans l'Esturgeon l'os hyoïde est très-simple; de chaque côlé 168 NOTIONS CKNKRAI.ES. iino grandie corno en ])arti(> cartilagineuse, en partie ossifiée, s'attache en bas sur une pièce médiane cartilagineuse, repré- sentant le corjis de l'hyoïde ou basihyal et l'arthrohyal, en haut elle est reliée au suspenseur commun. D'après Stannius, ■( l'union des branches latérales » de l'hyoïde « a lieu, chez les Haies et les Esturgeons, au moyen de leur adhérence, par leur extrémité inférieure, à la première paire de branchies. » (Sta>., Anat. camp.. Irad. IV., p. 30.) Chez les Raies, les branches de l'hyoïde sont reliées par une bande cartilagineuse transversale, mince et longue, qui doit être regardée comme un Basihyal. Arcs TîRANCHivux. — Chez les Poissons osseux, les lamelles res- piratoires sont généralement disposées sur quatre arcs bran- chiaux, sur trois seulement chez les Batistes, les Baudroies, bien que le nombre des arcs branchiaux reste le même. Ces arcs, qui l'ont suite à l'os hyoïde, ont avec lui la |)lus grande ressem- blance, surtout le premier arc (pie nous allons examiner tout d'abord (fig. 20). Premier arc rrax'chial. — Il se compose des pièces suivantes : r licmbrancliial, Rich. Owen [Ento-hyal, Et. Geof. Saint- Hu.aire; chaîne intermédiaire de^ osselet!^, Ci v. et Valenc; syni- branchial o\\ pièce médiane de conjugaison, Di vernoy), (n" 1'). — Cette pièce médiane impaire doit être désignée sous le nom de premier basibranchial ; elle est articulée, en avant avec le basi- hyal. en arrière avec le deuxième basibranchial, et latéralement avec une pièce remplissant les mêmes fonctions que l'arthrohyal. Elle manque chez les Squales ou du moins chez ceux que j'ai examinés ; elle manque, ainsi que les autres basibranchiaux, chez les Baudroies, l'Uranoscope. Chez les Haies [Raia clavata, etc.), les basibranchiaux sont remplacés par une pièce unique, très- longue, fourchue en avant et en arrière, formant comme un )-(. 2" Artliroltranchial [Tliyréal, Et. Geof. Saint-Hilaire ; Hypo- hrancliidl. Bien. Owen; Pièce interne de la jtartie inférieure de V arceau, Cuv. et Valenc; Pièce articulaire inférieure, Duvernoy, AfJASsiz), (n"2'). — Cette pièce est articulée en dedans avec h; basi- APPAREIL RESPIRATOIUE. I61t branchial, et en dehors avec nne longue pièce portant des lames branchiales. L'arthrobranchial porte aussi des lames branchia- les chez beaucou|i de Poissons osseux, Chipes, Gades, etc. 3° Ht/pobranchial [Plouréal inférieur, Et. Geof. Saint-I1il.vu\e ; Branchial principal, Duvernoy ; Cératobranchial, Rich. Owen; Pièce externe de V arceau, Cuv. et Valenc; Pièce inférieure de V arceau , Agassiz), (n° 3'). — LMiypobranchial s'articule en dedans ou en bas avec Farthrobranchial, en dehors on en dessus avec l'épibranchial; il porte toujours des lamelles respiratoires, il re- présente évidemment, chez les Poissons osseux, Thyposlégal de Tos hyoïde ou du premier segment de l'appareil hyoïdien. i" Èpihranrhial, Rich. Owen [Pleuréal supérieur. Et. Geof. Salnt-Hilaire ; Branchial articulaire, Duvernoy ; Pièce supcrieurf\ Cuv. et Valenc, Agassiz), (n^-i'). — L'épibranchial, chez les Pois- sons osseux, répond à l'épistégal; il présente, dans sa partie supé- rieure, le plus souvent deux a[)ophyses, dont l'une s'articule a\ec le crâne et l'autre avec le stylobranchial; il porte des lamelles branchiales ; il est généralement beaucoup moins développé que rhypobranchial ; il en est de même chez la plupart des Plagios- tomes, cependant chez le Renard (l/o/^/V/v vulpes), les deux pièces ont à peu près la môme dimension. 0° Stylobrancliial [Pharyncjéal, Et. Geof. Saint-Hilaire; Sty- let ou pharyngien supérieur, Cuv. et Valenc; Pharyngobran- chial, Rk.ii. Owen; Sur-articulaire, Duvernoy; Pièce articulaire supérieure, Agassiz), (n" 5). — 11 s'articule avec l'épibranchial, et s'attache à la base du crâne dans la plupart des Pois- sons osseux. Il a souvent, chez les Teléostéens, la forme allongée et })lnsou moins cylindrique de l'os styloïde de l'hyoïde, du stylohyal ; mais parfois il ressemble plus aux os des segments suivants, et porte, comme chacun deux, le nom de pharvngien supérieur; il manque dans le Congre, ainsi que le stylohyal. Chez les Plagios- tomes, il est ordinaireuKMit aplati comme tous ses homologues qui sont plus ou moins en rapport avec la colonne vertébrale. On voit qu'il y a, chez la plupart des Poissons osseux., hoino- 170 NOTIONS GÉNÉRALES, logie complète, absolue entre l'arc hyoïdien et le (treniier aie branchial; ils se composent Fiin et l'autre d'une pièce impaire et de quatre pièces latérales superposées. L'étude des autres segments ne présente aucune difficnlti' ni dans les Poissons osseux, ni dans les Plagiostomes. Poissons osseux. — Deuxième arc branchial: il est semblable; au premier, cependant le stylobranchial ou pharyngien supé- rieur est élargi, il est souvent armé de dents. Quant à la pièce impaire ou deuxième hasibranchial (n" 1"), elle est ordinairement la dernière ; la série des pièces basibranchiales ne s'étend pas en général au delà du troisième segment, toutefois il en est autre- ment chez certaines familles, les Clupéidés, etc. Troisième arc branchial : les arthrobranchiaux, ou pièces arti- culaires inférieures (n° 2"), viennent ordinairement s'appuyer ])ar leur extrémité interne sur les côtés et l'extrémité postérieure du deuxième et alors dernier hasibranchial, et conservent leurs rap- ports avec les hypobranchiaux. Quatrième arc hranchial : les arthrobranchiaux, manquent le plus généralement, et les hypobranchiaux (n" 3"") s'insèrent soit sur la partie interne des arthrobranchiaux (n° 2") du troisième arc branchial, ou s'y rattachent au moyen d'un ligament. Cinquième arc branchial, ou plutôt dernier segment ; il est in- complet, il est formé d'une seule pièce latérale qui porte le nom d'o.v pJiarijngini inférieur [rrirra/,Ér. (ieof. Saint-HilaireV 11 est facile de voir que cette pièce n" 3'"' est l'homologue de l'hypo- branchial, elle est souvent garnie de dents ; chez les fœtus de Salmones et les très-jeunes elle porte une hranchie. (Y. Agass. et {]. VoGT, Histoire naturcUo, Poissons d'eau douce, t.l, p. 226). Elle est parfois soudée à celle du côté opposé, comme dans les La- bres, les Exocets, etc.; J. Millier, donnant trojt d'importance à la soudure des pharyngiens inférieurs, a cru pouvoir renfermer dans son ordre des Pharyngognathes des poissons qui n'ont entre eux aucune espèce d'affinité naturelle, à jiart cette disposition anatomique, caractère encore de très-mince valeur, car il n'existe pas toujours dans les sujets d'un même genre. API>AREIL RESPIUATOIRE. 17J Les stylobranclii;iu\ changent de forme dans les deuxième^ troisième et quatrième arcs branchiaux; ils s'élargissent plus ou moins, se soudent parfois entre eux, et souvent ils sont garnis de dents; ils remplissent une double fonclion. ils ne sont |dus seu- lement des suspenseurs de Tappareil branchial, mais encore des espèces de maxillaires pharyngiens; ils sont appelés pharyn- giens supérieurs par la plupart des ichthyologistes. Chez les Labres les pharyngiens supérieurs sont articulés à la base du crâne qui présente de chaque côté une surface élargie. fHagiostoines. — Dans les Sélaciens le segment hyoïdien n'est pas relié au premier segment branchial par un basibranchial. Les basibranchiaux sont au nombre de deux chez l'Acanthias, le Renard, l'Ange; le premier est petit, en forme de quadrila- tère; le second est très-développé^ plus ou moins triangulaire; il soutient en arrière une partie du plancher de la chambre cardiaque. Le dernier segment branchial n'est pas simple, comme dans les Poissons osseux, il est constitué par un hypobranchial et un épibranchial ; l'hypobranchial est articulé en dedans sur le deuxième basibranchial, et l'épibranchial vient en haut et en de- dans s'articuler sur le stylobranchial del'avant-dernier segment. Les pharyngiens inférieurs, ou plutôt les hypobranchiauK, ne portent jamais de dents chez les Plagiostomes, non plus que les pharyngiens supérieurs. ORCANES BRANCHIAUX. Les organes branchiaux sont les uns permanents, les autres transitoires. Organes branchiaux permanents. — Ils comprennent : les bran- chies hyoïdiennes; les branchies ; les fausses branchies, les ac- cessoires. lirancliies IiyohUennes. — Les branchies, ou plutôt les orga- nes respiratoires proprement dits, se présentent sous deux formes plus dill'érentes en apparence qu'en réalité. Le plus souvent ils 172 NOTIONS GÉNÉRALES. se composcnl de lamelles séparées les unes des autres; parfois ils constituent des espèces de liouppes ou de panaches enroulés, et Cuvier a donné le nom de Lophobranches aux Poissons qui montrent cette disposition sinfitilière. Les lamelles respiratoires sont tantôt sans squelette, comme dans les Plagiostomes ; tantôt au contraire, elles sont soutenues par un support solide qui se continue à peu près jusqu'à leur extrémité, comme dans l'Esturgeon, dans les Poissons osseux. Les tiges qui font la charpente des lamelles branchiales afîectent des formes tellement variées qu'il est impossible de les indi- ([uer; souvent elles sont munies, sur leur bord externe, d'espèces de dentelures très-fines et plus ou moins allongées. Les lamelles branchiales sont portées sur le bord externe des arcs branchiaux ; elles sont généralement disposées en double série sur chaque segment, excepté sur l'hyoïde chez les Plagio- stomes, et sur le quatrième arc branchial de quelques Poissons osseux, les Lottes, etc., qui en ont seulement une série simple. Une membrane intrabranchiale est placée entre chaque rangée ou chaque série de lamelles respiratoires ; cette membrane est [tarfois très-étendue, elle dépasse l'extrémité des lamelles res- piratoires, elle vient s'unir à la peau en formant des cloisons com- plètes et par suite des poches, comme dans les Sélaciens ; parfois la membrane est basse et les lamelles respiratoires restent li- bres dans une grande partie de leur longueur, parfois même la membrane intrabranchiale manque complètement, dans les Lophobranches, et les branchies portées sur des tiges ressem- blent à des houppes ou à des espèces de massues. 11 est facile de comprendre, d'après la disposition que nous venons d'indiquer chez les Sélaciens, que chaque poche respira- toire, excepté la dernière, est constituée par deux demi-branchies ou plutôt par des lames respiratoires a|)partenant à deux seg- ments branchiaux différents. La dernière poche conséquemment n'a de lamelles respiratoires que sur la paroi antérieure. Les lamelles res[»iratoires sont baignées par les courants d'eau qui, de bintérieurde la bouche, passent à travers les fentes hyoï- APPAREIL HKSPIUATOIKK. 17:! dicniics ou branchiales. Chaque série de lamelles est eu rajiport avec une fente branchiale ; quand, chez les Poissons osseux, par exemple, le quatrième aie ne poile qu'une seri(» de lamelles, Cottes, ou qu'il en manque, il n'y a pas de; fente après lui, et le nombre des ouvertures est de quatre au lieu de cinq. Jamais assurément le nombre des fentes n'est aussi réduit que le sup- pose van Beneden dans sa description des branchies des Lopho- branclies : « Ces houppes ou feuillets sont situés dans une poche unique de chaque côté, et dans laquelle l'eau pénètre par une seule ouverture. Ces branchies son!, adhéi'entes aux parois... de l'œsophage. » (V. van Benya)., Anat. camp., p. 85, fig. 81-82.) La dimension des fentes branchiales est très-variable; ces fentes sont parfois très-étendues, parfois très-étroites, générale- ment elles diminuent de longueur en allant d'avant en arrière. Les lamelles branchiales sont en nombre plus ou moins grand, et présentent au\ courants d'eau une surface considé- rable, en raison des plissements de la membrane qui les recouvre. On a fait des calculs pour indiquer l'étendue de la surface respiratoire chez différents Poissons, qu'il nous suffise de le rappeler. C'est dans la membrane branchiale, excessivement délicate, re- vêtue chez les Ilyobranches d'un épithélium pavimenteux, que viennent se terminer, en ramuscules extrêmement fins, les der- nières subdivisions de l'artère branchiale apportant le sang chargé de carbone, et commencer les capillaires, non moins dé- liés, qui, par leur réunion en vaisseaux de plus en plus larges, vont former les artères épibranchiales, et ramener le sang oxv- génédans le torrent circulatoire. C'est à travers cette membrane et l'enveloppe des capillaires (jue se produisent les phénomènes de l'hématose , c'est là que se fait cette décom|)Osition chimique destinée à débarrasser le sang de matériaux devenus inutiles ou nuisibles à l'économie, et à lui rendre un élément nécessaire à l'entretien de la vie. Branchies accessoires. — On donne le nom de branchies acces- soires soit à la petite branchie qui se trouve dans l'évent de la 17i N'OTIOiNS GÉiNÉRALES. |»lu[)artdes Sélaciens ot dans l'évent de l'Esturgeon; soit encore à la branchie operculaire de FEsturgeon. Fausses brandiies ou jjsfudobranclnes. — Elles se rencontrciil chez beaucoup dcî Poissons osseux et se montrent sous deux Ini- mes ditîérentes. Organes branchiaux transitoires. — Ils n'existent que chez les fœtus de Sélaciens. Xous étudierons ces divers organes en faisant l'histoire i»aili- culière des Poissons auxquels ils appartiennent. AppejNDIces des arcs branchiaux. — Le bord interne des aies branchiaux est généralement, chez les Poissons osseux, garni de tu])ercules jdusou moins durs ou de lamelles élastiques qui aug- mentent la surface des parois de la chambre branchiale, retien- nent les parcelles de nourriture, les empochent de s'engagei- dans les intervalles des arcs, de sortir de la bouche avec l'eau servant à la respiration. Ces appendices sont ordinairement denticulés : ils sont [)arfois jdacés sur deux rangées, l'une antérieure, l'autre })Ostérieure ; ils sont très-développés dans certaines familles ; dans lesClupéidés, par exemple, ils représentent une espèce de crible en'forme d'en- hnmoir, ceux du premier arc branchial sont remarquables par leur grandeur. Ils sont en général plus serrés, plus allongés chez les Poissons qui ont les ouïes largement fendues, manquent i)a!- fois chez les Poissons à ouverture operculaire étroite ; ils n'exis- tent pas chez les Baudroies, les Murènes, les Congres. Ils man([uent ordinairement chez les Plagiostomes, mais pas aussi absolument qu'on le suppose; ils sont même assez dé\e- loppés chez l'Acanthias, lAiguillat commun, ils sont allonges légèrement falciformes, garnis de denticulés sur le bord concave ; ils sont très-remarquables par leur nombre et leur longueur chez le Pèlerin. Ces appendices doivent être regardés, moins comme des orga- nes protecteurs des branchies que, certainement, comme des organes destinés à cloisonner les parois delabouche et à retenir les substances alimentaires. Al>l>AUi:il. UESPIRAÏOIRE. 175 Il nous est iiiipossiblo de l'aire une plus longue description de r;4>|»ai('il respiratoire des Hyobranches; mais nous allons indi- <(uer les sources où il sera facile de puiser les renseignements les plus coni|dets. iSous voulons i'IU'vVAifatojnie comparée deCuvier, celle de Rich. Onncu, la thèse excellente de Lereboullet sur V A)i(ttiuni(- comparéo do V appareil resjnratoire dans les animaux l'crtrhrrs, enfin l'oinrage (pii résume tous ces travaux, les Le- çons, sa/- /a P/iijsiolo(/ic et l Anatomie comparées de M. Milne h]d\\ards. Marsi/toliranches. — i*our (h'-sigiier les Poissons de cette sous- classe, par inie expression ra[)j)elant la disposition de leurs hrancliies, qui ontrapparence de bourses ou de poches, le prince d(! (lanino a cru devoir substituer au nom de Cyclostomes celui deMarsipobranches. Chez la Myxine, chez les Lamproies adultes les lames branchiales sont enfermées dans des poches ; elles re- çoivent l'eau servant à la respiration par de petits conduits ou- verts soit dans l'œsophage (Myxine), soit dans un canal sous-œso- l)hagien (^Lamproies). Plus tard nous compléterons ce travail; ici nous voulons seulement signaler une des particularités que présente ra[)pareil respiratoire dans les Cyclostomes. Phanjngohranches. — Chez l'Amphioxus, l'appareil respira- toire est constitué par une espèce de cage, placée dans la cavité [)haryngienne, laissant passer l'eau à travers les interstices de nondjreuses tra\ées couvertes de cils vibratiles. Quand nous étu- dierons cet être si singulier, nous donnerons de son appareil branchial une description plus détaillée. La position de l'appa- reil respiratoire a fait désigner les Amphioxus sous le nom de Pharyngobranches ; la dénomination de Ciliobranches serait peut-être préférable : il faut se le rappeler, les branchies à cils vi- bratiles ne se ti'ouvent (]ue chez les Amphioxus. TEMPKHAÏLRE ANIMALE. H est trés-diflicile d'a\oir des notions exactes sur le degré de températui-e des Poissons. Nous n'avons fait aucune recherche 176 .NOTIONS (;ÉMi:HALES. sur ce point de physiologie, et nous nous bornerons à citer quel- (iiies-unes des observations consignées soit dans \ Il ktoire natu- relle des Poissons d'Aug-. Duméril, soit dans \e^ Leçons de physio- logie et (F anatomie comparées de M. Miine Edwards. Les expériences ont été exécutées dans les conditions les l>lus dissemblables, aussi ne doit-on pas être surpris du peu de concordance qui existe dans les résultats indiqués. .1. Davy a trouvé que le thermomètre placé au milieu des chairs d'une Bonite (7'////;?y#^^s■y><"/rtyy^y.s?, Pelamys sarda) marquait 37°, 2, tandis que la température de l'eau n'était que de 20°, 7. Il y avait donc une différence de 10", 5 entre la température du poisson et celle du milieu ambiant. Cbez un Requin, J. Davy a constaté que la température de l'animal dépassait celle de l'eau d'environ \°,2. M. de Tessan a noté chez des Squales un excès de 1°,2 à 3°, 2 au-dessus du milieu ambiant. D'après M. CoUie la température d'une Bonite [Scomber pelamys), prise « dans le ventricule cardiaque » était de 30'',0 et la température de l'eau était de 27%7. (V. A. Dumér., t. I, p. 221.) D'après M. Milne Edwards la température des Poissons est à peine plus élevée que celle du milieu ambiant. « La différence est très-petite chez la plupart des Poissons; elle est communé- ment d'un peu moins d'un degré centigrade. » Despretz a trouvé, chez une Tanche, une; différence de 0°,71; Becquerel, chez le mémo animal, a trouvé seulement 0°,5 de différence. Rudolphi a noté également en plus 0°,5, chez la Torpille; Eydoux et Souleyet 1",4 chez un Requin; Marlins 0%65 « chez un Grondin ou Tri(/la hirundo. » (Mil. Edw.) Dutrochet, « en comparant à l'aide d'un thermo-multiplica- teur la température- du corps d'une Ablette vivante et d'un indi- vidu mort qui étaient placés dans la même eau,... n'a pu recon- naître aucune différence. » (Milne Edwards, /^^^r. Physiol. Anat. r.omp., t. VIII, p. 7-9.) API'AMKII. l{KSI'IMATas laccoptor; pour lui. « la vessii' n'a pas d'autre usage bien constaté que celui de mettre la pesanteur spécitique des poissons en équilibre a\ec celle du milieu ambiant. » (Dei.a- ROCHE, Observai, vessie aérienne des poiss., Ann.Mi(^émn^ t. Xl\ . p. 2Gl.)Cuvier, qui fut cbargé de rendre compte du Mémoire de Delarocbe, en rejeta les conclusions, et maintint les idées de Horelli. (V. /of. cit.,^. 183.) Humboldi et Provençal, dans leurs « Hecherches sur la respi- ration des Poissons », avaient bien constaté que souvent cliez les Tanches, l'ablation de la vessie natatoire n'empêche pas les ani- maux de « s'élever à la surface de l'eau >, de nager même en toute direction, « sans que l'équilibre de leur corps ■> paraisse (( dérangé ». Ces faits passèrent en quelque sorte inaperçus, et la théorie de Borelli ne fut aucunement ébranlée par les résul- tats d'expériences qui lui sont cependant si peu favorables. Dans ces dernières années, la question fut reprise successive- ment par trois auteurs dont nous allons ra|>idement indiquer les travaux. M. Monoyer a démontré, que le poids spécifique des Poissons pourvus d'une vessie natatoire est tantôt plus léger que celui de Teau. chez l'Ablette, tantôt plus lourd, chez le Goujon; que l'équilibre des Poissons est instable, Ablette , Goujon , Perche, et que le « décubitus abdominal » est maintenu par le jeu des nageoires ; que, chez des Cyprins, la forme et le vo- lume de la Yessie natatoire peuvent varier. (Monoyeh, Locomo- tion des Poissons, Ann. Se. natur., 1866, t. VI, p. 1-15.) M. Gourie t regarde la vessie natatoire comme « un organe adjuvant, mais non indispensable », dans l'acte de la nata- tion. Des Tanches, des Carpes, des Gardons, etc., peuvent « se mouvoir dans tous les sens et avec la plus grande facilité sans le secours de la vessie ». « Ce n'est point parce qu'il presse ou dilate sa vessie que le Poisson descend ou monte ; c'est plu- tôt parce qu'il descend ou monte que sa vessie se trouve pressée ou dilatée. » (E. Gouriet, Rôle de la vessie natatoire, Ann. se. nat., 1866, t. VI, p. 369-382,) Al'PAHKII. l HINAIIIK. 181 Lr h' \nn. More.ui a l'aif, à Taido d'a})paroi]s [l'ès-uigénioii- seinent disposés, de nombreuses expériences sur diverses espèces de Poissons. Notre savant confrère regarde la tliéorie do Borelli connue inacceptable : il fornuile ainsi la conclusion rigoureuse de ses recherches : « La vessie natatoire est un organe d'é- (|uilibre, non de locomotion. y> (le physiologiste a fait des observations très-intéressantes: riiez le poisson qui est pourvu d'une vessie natatoire, le vo- lume du j)oisson « augmente à mesure que la hauteur du pois- son au-dessus du fond augmente. » I' Le poisson s'adapte à toutes les hauteurs non par une action mécanique de ses muscles sur la vessie natatoire , mais en chan- geant la ([uantité d'air contenue dans l'organe. >; « Le poisson qui a une vessie natatoire est un ludion, mais un ludion vivant. Physiologirpieiuent. il change la (piantité d'air (pi'il possède. » Le poisson jjrivé de vessie natatoire ne change (; pas de vo- lume ». Il (' possède normalement, comme il résulte des expé- riences de Delaroche, une densité toujours supérienre à la den- siti' de l'eau. Il n'est jamais en équilibre dans l'eau. » Je regrette de ne pouvoir soit donner une analyse plus lon- gue, soit faire des citations pins nombreuses de cet important travail. Je renvoie aux ditTércnts mémoires publiés par Arm. Mo- reau sur « la fonction hydrostati([ue de la vessie natatoire ». (V. Co?npt. rend. Acad. se, t. LXXVIII, LXXIX, LXXX. — AssociatioJi française pour F aeaiicement des scienc, rompt, rendu, ann. 1875, p. 77-8o. \ ilg. — .1////. scii'nrrs nul., 1870. t. IV, p. 1-8:;. pi. xiH-xiv, lig. :{-i(i.) APPAHKlL URINAI RK L'appareil urinaire se compose! d'organes sécrétenrs, les reins, et d'organes excréteurs, les ui-elères, la Acssie et l'urèthre. La vessie et l'urèthre manquent clie/ un certain nombre de Poissons. 18-2 NOTIONS GÉNÉRALES. Keins. — Chez les Poissons, les reins, d'après l'opinion géné- ralement adoptée, sont constitnés par les corjts de Wolflqui, au lieu d'être transitoires comme chez les autres Yertébrés, sont permanents. « C'est ainsi que la persistance des corps de Wollf pendant toute la vie devient un caractère important delà classe des Poissons, qui la distingue de tous les autres animaux. » (C. YoGT, Embnjol. Salmonesi, p. 180.) Le professeur Ch. Rol)in n'accepte nullement cette manière de voir : les cor|>s de Woltî, suivant lui, « manquent dans les Poissons » . « Les corps de Wolfî ne sont pas des reins provisoires. » (Litïré, Robi^, Diction, méd. chintrg., Corps de WolfT.) Dans tous les cas, si l'on admet que les corps de Wolff forment les reins chez les Poissons, il faut bien admettre aussi qu'ils ont chez ces animaux une structure différente de celle qu'ils montrent chez les autres Vertébrés. Lt franchement, c'est pousser bien loin l'amour de la théorie, que de regarder comme étant de môme nature, des organes qui ne présentent que des différences histologiques. Quant à l'opinion de Huxley, elle n'est pas très-nette. « La question de savoir si les animaux appartenant à la classe des Poissons possèdent de vrais reins, ou si les reins de ces animaux ne sont que des corps de Wolff |)ersistants, n'est pas encore résolue. » (Hixley, Elém. Anat. cotnp., Irad. franc., p. .110.) Mais Huxley ajoute plus loin : « Les organes urinaires -> des Ichthyop- sidés « sont des corps de Wolff permanents. » [Loc. cit., p. 117.) Les reins ne manquent jamais dans la classe des Poissons; ce- pendant, d'après Huxley, « on n'a trouvé ni corps de Wolff, ni reins chez l'Amphioxus.» (Huxley, loc. cit., p. 110.) Mais les cor- puscules isolés qui se montrent près du pore abdominal ont été considérés par J. Mûller et par d'autres anatomistes connue étant des reins. Chez les autres poissons, les reins sont au nombre de deux, plus ou moins séparés dans leur partie antérieure, mais souvent réunis en arrière; ils sont logés dans la région rachidienne, dans la région la plus élevée de l'abdomen; ils sont plus ou moins complètement couverts à leur face inférieure parle jiéri- AI'l'AHKIL LRINAIHE. \H:\ loiiio, qui les sépare dos autres viscères abdominaux ; uiais eliez les Poissons osseux, qui ont une vessie natatoire très-allongée et plus ou moins adhérente aux parois du ventre, les rapports sont nécessairement modifiés. Le bord interne du rein est longé par le canal excréteur on luretère. Il est difficile d'indi(juer la i'ornu' et la dimension des reins d une manière générale, maison peut dire quils sont ordinaire- ment plus développés chez les Poissons que chez la plupart des autres Vertébrés. Nous les étudierons successivement chez : IUa(/wsto)nps. — Les reins sont assez courts , relativement épais, lobules, ils sont réiuiis en arrière chez les Squales, moins souvent chez les Raies ; ils sont complètement séparés des autres viscères abdominaux par une lame du péritoine, qui les main- tient appliqués contre la paroi supérieure du ventre. Ils ont à leur bord interne un uretère qui débouche dans une vessie plus ou moins dilatée (femelles), dans le cloaque génito-urinaire (mâles). hJsturKS. Poissojis ossfuf.f. — Les reins sont en gcnéi'al In's-allitnges, excepté chez la plupart de nos Lophobranches : en ell'et, ils sont relativement courts chez les llipitocampes; ils s'avancent par- fois jusque sous la hase du crâne, où ils présentent le plus sou- vent une espèce de renllenienl, ils s'étendent jusqu'à l'extré- mité de rahdomen et même chez ([uelques jtoissons, Sole. Anguille, ils se prolongent dans Tarriere-cavité alidominale ou cavité caudale. Us sont ajjpliqués de chaque côté le long de la colonne vertébrale et surtout chez les Poissons acanthoptéry- giens pourvus d'une vessie natatoire, ils sont très-adhérents à la paroi abdominale, s'enfoncent dans les anfractuosités , sont tra- versés par des brides fibreuses \enant de la vessie natatoire, ils sont très-difliciles à détacher d'une façon complète, sans déchi- rure. Chez h's l*oissoiîs nnniis, comme les Cyprins, d'une vessie na- tatoire à deux lobes longitudinaux , places bout à bout, ils se renflent, vis-à-vis de l'étranglement, en un lol>e (>\tei'ne qui leur donne l'apparence d'une croix. Les reins, généralement séparés dans leur partie antérieure, sont plus ou moins rapprochés, et même confondus en une masse unique, à leur extrémité postérieure; ils peuvent dans ces con- ditions avoir trois uretères, deux latéraux et un médian, qui se réunissent en un seul tronc allant s'ouvrir dans la vessie, comme dans la Truite. (Agass., (]. Vodi. Aiiaf. Salmones, p. 83.) Marsipohrancltfs. — Dans les Lamproies les reins commencent un peu avant le milieu de la cavité abdominale ; ils sont ('troits. " connue suspendus et complètement envelopjtés par les replis du péritoine, de chaque côté du sinus veineux génital, sous la veine cave. »(Diver>oy, Civ., Amit. comp., t. \ II. p. 580.) Phi(np}fj()bran('Jtes. — Nous avons déjà rap[>orté ro[»inion de .1. Millier qui regarde comme étant les reins de l'Amphioxus, les c.'{3, et li^-. I()9, //, }).2(i!).i (ict or^niic <'sl .ippliqiu' contre la pami tcryale de ralidomcii. il lornic, d'apn's I»' dessin , un j-eliof assez prononcé. Structure des rruis. — Les i-eins sont eiitonres [)ar une mem- brane de tissu conjonctif parfois très-mince ; ils sont composés d'une substance assez molle, d'un ron^e brini. Ils ont une strnc- ture assez simple, assez facile à étudier; ils sont constitués par «les tubes ou canalicules urinifères et par de petits amas on pelo- tons vasculaires. a|»p(>lés (jlouu'rulcs de Malpi.ubi. Les canalicules iirinilei-es commencent, ou se terminent isole- ment, par ou siu' une espèce de renflement membraneux (pii en- \elo]ipe le iilomt'rule de Malpiizlii, et (pii a été appelé eupsu/c i\\\ filonKM'ule, cti/jsulf de Millier ou de Bowman. La capsule du g^lomérule, ou l'aboutissant du canalicule urinilere est. ainsi que le tube, formée d'une sul)stance conjonctive tres-délicate ; elle est tapissée |>ai- un e|)itlieliiMU à cellules dé|>onrvues de cils \i- bratiles. Le tube urinifere est remar(]iiable par son revêtement de cel- lules NÎbratiles, (]iii j»resent(Mit des cils d'une très-grand(> lon- ^ueui' cbez l(\s Sélaciens, suivant Leydig"; avant de se réunir à la capsule du glomérule, il éprouve souvent une espèce de ré- trécissement. Les canalicules urinifères se réunissent successivt^- jnent dans des canaux [dus grands, (|ui a|>i'ès im trajet phis ou moins siniu'ux. gagnent en général le côte interne iglii. recouverts de leiu' capsule, ont une forme globuleuse ou ovale. Le glomérule proprenuMit dit est constitué [lar \\\\ lajueau arléiiel, vaisseau afférent (jui se divise en ramuscub's com{tosant un lacis pelotoniu' dans l'inté- rieur de la capsule de Bo^\man. \}\\{i veinule ou vaisseau etfe- rent est en rapport avec chaque glomérule. Uretères. — Ils reçoivent, comme des collecteurs, l'urine (pii leur est ai>portée par les tubes urinifères; ils sont généralement au nombre de deux et placés Sur le bord interne des reins, quel([uefois ils sont au nombre de trois, rarement plus. Ils dé- ist; ^uTIO^s (jlnérales. Jjoiiclu'iil (ti'diiKiiremeiit dans un organe creux, la vessie, soit isolément, soit après s'être réunis en un seul tronc. Ainsi, chez les Truites, les uretères, qui sont au nombre de trois, deux laté- raux, un médian, se confondent en un seul canal s'ouvrant dans la vessie. Il y a généralement deux uretères communiquant avec la vessie dans les Plagiostomes femelles, les Ganoïdes, lesLopho- branches ; cette disposition est moins commune chez les Gbori- gnathes. Duvernoy a signalé une très-singulière exception chez les b]pinoches, elles « ont cinq canaux urinaires, de chaque côté, qui se rendent séparément à la vessie. » (Giv., Anat. camp., t.YII, p. 389.) L'insertion des uretères dans la vessie présente beaucoup de variétés : les uretères, nous l'avons dit, peuvent arriver séparé- nu'ut dans la vessie, ils peuvent, avant de s'y rendre, se réunir en un canal unique, Trigle Gorbeau, etc. ; ils peuvent s'élargir, former une espèce de dilatation qui est nommée vessie urété- rienne. (V. Milne Edwards, t. Vil, j>. 3i9.) Les uretères pénè- trent dans la vessie soit à la pointe des cornes, Gentrine, soit entre les deux cornes, Hippocampe, etc. Ghez les Sélaciens mâles, les uretères restent toujours sépa- rés, ils s'ouvrent généralement chacun en arrière et au-dessus de l'oritice du sinus génital correspondant; ils ne présentent ordi- nairement qu'une très-j)etite dilatation. Ghez le Pèlerin, « ils formaient un canal tout au plus de la grosseur d'une plume d'oie. » (Blainv., Mém. Squale Pèlerin, Ann. Muséum clHist. natur., 1811,1. XVIll, p. 1 19. j Dans l'É- missole il paraît y avoir une exception très-manifeste : « Les uretères dilatés et constituant par leur rentlement deux vessies urinaires, comme dans les Squales mâles, ont cela de particulier qu'ils se prolongent d'une manière non interrompue jusqu'au sommet du rein. » (Martin Saint-Ange, Appar. reprod. anixn. vertébr. Mém. Acad. Se, 1850, t. XIV, p. 130, pi. xiv.) Les uretères débouchent, ainsi que les organes génitaux, dans une espèce de très-petite poche à laquelle de Blainville a donné AI'l»AIU:il. rUI.NAlRK. 187 le nom de pioiniei- clofujuc. Qiiaïul nous étudierons ra|t[tareil jiénital de la Haie, nous examinerons les diverses opinions qui (tuf été émises sur la ou les \essies du mâle. Vessie irin.vire. — Ouelle que soit l'origine du réservoir uri- uaire, il faut le considérer comme une vessie. 11 y a bien chez les embryons de Poissons, suivant plusieurs auteurs, (]. Vo^^t, etc., un rudiment d'allantoïde (|ui se présente comme un élargisse- ment de rurètbre, mais ({ui plus tard disparaît et n'entre poui" rien dans le développement de la vessie. (C. Vogt, Embryol. Sfilmones, p. 178.) Certains naturalistes ont regardé comme « l'a- nalogue organique de la vessie urinaire » des Poissons osseux, un appendice en cul-de-sac, qui se trouve à la région dorsale et postérieure de l'intestin chez les Sélaciens ; cet apjtendice mon- tre une structure glandulaire spéciale, il n'est en aucune façon l'analogue de la vessie. La vessie est un organe membraneux plus ou moins contrac- tile; elle n'a rien de régulier ni dans sa dimensi(ui, ni dans sa forme. Elle peut manquer. Misgurne [Cohitis /ussi/is), (Jyclosto- uies, ou ne paraître qu'une simple dilatation des uretères; elle peutacquérir. au contraire, un développement relativement assez considérable, Baudroie, Silure, Mole. Elle est de forme très- variable, sphérique, ovale, CNlindrique, triangulaire, bicorne. Elle ne semble jamais manquer chez les Plagiostomes femel- les; elle est bicorne dans la (lentrine, la Raie bouclée, la Raie estellée. La vessie est bicorne dans l'Esturgeon. Elle existe chez presque tous les Poissons osseux, elle manque cependant chez le Misgurne, nous l'avons dit précédemment ; elle est oblongue dans la Perche tluviatile ; allongée, cylindri- que chez la plupart des Syngnathes; courte, triangulaire chez les Hippocampes. Les Marsipobranches n'ont pas de vessie; et chez les Suceurs, d'a.près la plupartdes anatomistes. par unique exception dans la classe des Poissons, les organes génito-urinaires s'ouvi-enl en avant de l'anus. fKS NOTIONS GÉNÉRA LKS. Le lait est iiiexaet; Fouverture de raiius iTesl pas en arrière mais en a^aut du [»oi'e «^éiiito-iiriiiaii-e chez la Lamproie marine. <;ile a done la même place (jiie chez les autres poissons ; les ure- tères sont larges et dèl)onelnMit isolément sur le petit tuberenle génito-urinaire. Le tuberenle est ovale, de couleur rongeàtre. percé au centre, et donnant passage aux œufs ou à la laite et a Inrine. Le pore conujuni est une espèce de pelit cloaque, il montre quatre ouvertnres, unt> pour clia([ne uretère, une de i'haque côté pour la sortie des œufs, l^es oritices des uretères sont séparés, sur la ligne médiane, par une nuMubrane mince, el sont placés un })eu en avant (I)i vkiînoy, (iuv., An^ff romp., t. VU, p. 607.) L'urèthre })résente parfois une espèce de bulbe, (>entrine. Il reçoit chez quelques poissons, rextrémit(' t(M'iuinale des organes génitaux, surtout b^s canaux déférents, nous n'avons pas à en parler maintenant. Vaisseaux. — Les artères rénales sont assez petites, elles vien- nent des artères intervertébrales; quelques-unes peuvent naître ■directement de l'aorte. Quant aux veines, elles se distinguent en veines afférentes qui constituent le système de la veine porte rénale (V. Circidation), et en veines etférentes qui se jet- tent dans les veines cardinales postérieiu-es (tu veim^s caves pos- t<''ri(Mires. ifli viku.) CAPSULES SLRRENALLS Les capsules suri-énales sont assc^z faciles à étudier chez le: Scpiah's; elles sontsonvent divisées «mi lobub's complètement se CONSERVATION DK I.KSPKCK. \H\> |taro.s : ainsi dans la S([uatino (Sqttaf /'//// 'f)H//-li(sule surirnale beaucoup plus dévelop- |iée. Cette capsule a la grosseur et la forme d'un haricot; elle est d'un tissu assez résistant, de teinte jaune-cliamois ; elle est en grande [tartie formée de substance corticale ; les éléments nerveux y sont beaucoup moins visibles (pie dans les petites cellules disséminées à la partie supérieure du rein. Les fonctions des capsules surrénales ne sont pas connues ; b'ur structure n'est pas nettement définie; leur place dans le système anatomique n'est pas bien déterminée. Ces organes (uit été regardés comme des glandes vasculaires, mais chez les Poissons, ils doivent, il nous semble, être rapprochés du grand sympathique. CONSERVATION DE L'ESPECE APPAHEIÏ. REPRODUCTKUU. Chez les Poissons les sexes sont séparés. L'hermaphrodisme normal est une exception excessivement rare; il ne se rencontre guère ([ue chez certains Serrans, et encore quelques anatomistes ne l'admettent ([u'avec réserve dans ces Percoïdes. Suivant divers naturalistes, les Anguilles sont hermaphrodites, mais il y a de fortes raisons «pii jiermettent d'affirmer le con- traire; pour mon compte, j'ai plusieurs fois trouvé des Anguilles <|ui présentaient, sans aucun doute, le type d'un sexe unique, soit mâle, soit femelle. Quant à l'hermaphrodisme accidentel ou anormal, il a été signalé dans plusieurs espèces. « M. Morand a fait voir les parties Intérieures d'iuie grosse carpe où l'on voyait distinctement d'un 190 NOTIONS (.ÉNÉRALKS. côté les œufs et de l'autre la laite ; elle était donc véritablenu'iil hermaphrodite. A cette occasion, M. de Réaumur a dit (inil avait observé plusieurs fois la même chose dans le Brochet, el M. Marchant dans U' xMerlan. » [Histoire do l' Académie roi/i/lc (/es sciences, 1737, p. ol , c. ix.) <( On trouve de temps à autre parmi les poissons ordinaires des individus qui ont d'un côté un ovaire et de l'autre un tesli- cule, et qui sont par conséquent de vrais hermaphrodites. » (Ci v. ET Yalenc, t. 1, p. 53 i.) D'après Valenciennes, l'hermaphrodisme est assez commun chez le Hareng-. « Je trouve dans mes notes, que j'ai obser\<' deux cas de ce genre, l'un à Boulogne, en 1827, et l'autre nn peu plus tard, sur un Hareng ]>ris au marché de Paris. » (Ci \ . etValenc, t. XX, p. 72.) Malm a signalé l'hermaphrodisme chez le Maquereau, t'; mais la préparation qu'il avait conservée pour le démontrer, prouvait précisément le contraire.... la graisse des épiploons d'une femelle avait été prise pour la laitance. » (Cuv. et Valenc. t. XVI, p. 55.) Il faut avouer, du reste, que parfois il est assez difficile, excepté chez les Plagiostomes , de distinguer les organes mâles des organes femelles en dehors de l'époque du frai. Nous allons d'abord examiner l'appareil de reproduction die/ les Poissons en général, nous réservant de compléter les détails lorsque nous ferons l'histoire particulière des différents ordres. Y ">mm CO^SERVATIO^^ D1-: I/ESPÈCE. 101 Nous commencerons par éfndier l'organe mâle, la iilan^, ccUuIps ou vési- cules mères des spermatozoïdes . « spenn - cells. » (Rich. Owen.) (Chaque cellule se compose d'une enveloppe, (ju'on a comparée à la membrane vitelline, d'une substance souvent granuleuse, et de noyaux^ qui sont nécessaires à la l'or- juation des spermatozoïdes. La membrane de l'ovule mâle est beaucoup plus miuce que celle de l'ovule femelle; elle n'a pas, comme cette deruière, l'aspectd'une zoneclaire ; aussi est-il facile de distinguer l'un de l'autre ces deux ovules, à l'aide du microscope, bien entendu. Les cellules renferment rarement un seul noyau, eli(^s eu contiennent "énéralement un assez grand nombr(>. au luoius chez les Plagiostomes. Les noyaux ont aussi été désignés sous différents noms, ils ont été appelés vésicules filles, cellules de développement, « relis of development » (R. Owen) ; ils ont un nucléole parfait«Mnent distinct, chacun d'eux sert à l'organisation d'im spermatozoïde. Nous n'avons pas à indiquer les différentes théories ipii out été proposées sur le mode d'évolution des s[)ermatozoïdes ; nous dirons seulement que, dans les Plagiostomes, le spermatozoïde: ne paraît pas complètement naître dans l'intérieur du noyau, (]\](' Fig. 2t. Ovule nnil.e. V. Vésicule ml-vc ; V. Vési- (■nl(! fille; F'. Vésicule fille avec uu spei'ni.it(i/,()i(le. 192 NOTIONS GÉ.NÉRAF.KS. le noyau tout eiitii'r ne se transfornu' j>as en speiniatozoïdc, qut' le (lé\oloppomc'iit semble plutôt se faire comme le [irofesseur il. Morel l'a indiqué chez le (labiai; le spermatozoïde est adhé- rent au noyau [»ar la tête et sa ([ueue est eni'ouléc et ap|)li(piee " sur l'enveloppe du noyau ». {(]. Mohel. ffistof. Inini.. p. 207. |d. XXIV, lîg-. H. 6-7.) Suivant Duvernoy « la glandt; sperniaj;ène des l*oiss(tns. pi-r- sente, dans sa structure générale, comme la glande ovigène, trois types distincts. » (Cuv., linat. comp.. t. VIII. p. 116.) Nous pensons qu'il est nécessaire d'admettre cin(| ty|)es pai'Iaitement caractérisés : Glande s|)ermagene : A, hayanl un epididynie dévelo[q3é, Pla- giostomes; B, man([uant d'épididyme, ayant un canal excréteur: 2" soit séparé de la glande elle-même, Esturgeon ; 3" soit en con- tiiuiité avec elle. Poissons osseux^ excepté quelques Apodes. Anguille ; C, n'ayant pas de canal excréteur, spermatozoïdes sortant : 4° par les conduits péritonéaux, Anguille, Cyclostomes ; .')" par le pore abdominal, qui sert aussi à l'évacuation de l'eau après son passage à travers ra])pareil respiratoire, Amphioxus. Organes femelles. — Glande ucigctio, ordirr. — Les ovaires sont généralement doubles ou j^airs et plus ou moins symétriques ; parfois les deux ovaires sont ou paraissent confondus en un seul. L'un des ovaires peut manquer, s'atrophier ou ne pas se déve- lopper, ce qui est facile à constater chez la Perche conunune. chez l'Emissole vulgaire ou commune ; mais dans les Plagiosto- nies, bien (pi'iin des o> aires n'existe pas ou ne fonctionne pas. les deux oviductes persistent ordinairement. C'est dans le stroma de cette glande que se j)roduit l'ovule. L'ovule, auv premiers temps de son évolution, est une vésicule nu plutôt une cellule arrondie, qui se compose de plusieurs élé- ments distincts : une membrane enveloppante ou nu'nibi'anc lyitelline qui est transparente, assez épaisse, et qui a été désignée sous le nom de zone transparente ; un vitf/hts d'abord ()eu abon- dant, souvent limpide, parfois granuleux: une rtls/ra/r f/enni- native. CONSEHYATION DE L'ESPÈCE. 193 La substance du vitellus est constituée par dos nuitières alhu- minoïdes el graisseuses, qui parfois prennent rapidement un aspect plus ou moins granuleux. Dans le vitelhis se trouve une cellule appelée vésicule germinative; elle est excessivement petite chez les vertébrés supé- rieurs, mais elle devient chez les Poissons relativement très-grosse; elle ne contient d'abord qu'un liquide transparent, au milieu duquel apparaissent ensuite des espèces de noyaux, appelés taches genninatives, qui plus Fig. 22. Ovule. tard aussi contiennent des formations non- y Membrane vitei- velles, les nucléolos. Pendant un certain laps '"le; v. Viteiius;V^. , , , r . , • ,• 11 Vésicule eermiiiative ; de temps, la vésicule germmative semble ,. TaCie germinative. prendre, chez certains poissons du moins, un développement en rapport avec celui de l'ovule ; le fait est facile à vérifier dans les Raies en général. Sur une Raie bou- clée, j'ai trouvé les proportions suivantes : ovule, 0"'°,50, vésicule germinative, 0'"'°,10; ovule, l'°'",20, vésicule germi- native, 0'""',20. Puis révolution devient plus lente, s'arrête à une période qu'il est impossible de bien déterminer, et la vésicule germinative, ayant perdu toute activité fonctionnelle^ disparaîtlongtempsavant que l'œuf soit parvenu à complète maturité. Nous n'avons pas à rechercher laquelle des deux cellules est la primitive ; est-ce la cellule ovulaire? est-ce la vésicule germinative, comme le croient certains embryologisles? Balbiani a démontré que la composition de l'ovule est plus complexe qu'on ne l'avait pensé. Le savant professeur a décou- vert que l'ovule, en plus de sa vésicule germinative, renferme toujours un autre noyau, la vésicule embryogène. Outre sa membrane vitelline, l'œuf est encore pourvu d'une enveloppe externe qui forme une espèce de coque plus ou moins épaisse. Chez les Poissons osseux, l'œuf est recouvert de sa membrane coquillère avant de quitter Tovaire; tandis que chez les Plagiostomes, c'est en traversant l'oviducte qu'il est enveloppé 13 i-94 NOTIONS GÉNÉRALES, par une coucne d'albumine et une matière sécrétée par la glande nidamenteuse. Cette matière est plus ou moins abondante suivant que les espèces sont ovipares ou ovovivipares. Chez les Roussettes, chez les Raies, les Chimères, elle est épaisse, elle acquiert une g-rande résistance et prend l'aspect d'une substance cornée. Les œufs sont généralement très-gros et très-peu nombreux chez les Plagiostomes, et la ponte ou plutôt la succession des œufs quittant l'ovaire est d'assez longue durée ; ils sont au con- traire généralement petits et excessivement nombreux chez les autres Poissons, et la ponte se fait très-rapidement. Presque toutes nos espèces de Poissons, excepté les Sélaciens, sont ovipa- res ; tous les Sélaciens, excepté les Scylliidés, les Raiidés, sont ovovivipares. La fécondation interne est l'exception chez les Poissons, à part les Plagiostomes, chez lesquels au contraire elle a toujours lieu. Il nous reste maintenant à examiner le trajet que suivent les œufs depuis l'ovaire jusqu'à leur sortie du corps de l'animal. Les organes génitaux femelles montrent dans leur organisation des différences très-marquées. « La glande ovigène des Poissons présente trois types distincts dans sa composition et sa structure. » (DuvERNOY, Cuv., A7iat. comp., t. VIII, p. 67.) Si Duvernoy avait connu l'Amphioxus, il aurait sans doute admis un quatrième type. Il est facile d'apprécier les caractères propres à chacun de ces types : A, Poissons ayant des oviductes soit 1° séparés des ovaires, Plagiostomes, Esturgeons ; soit 2" continuant les ovaires, la plupart des Poissons osseux; B, Poissons manquant d'oviduc- tes et dont les œufs, tombant dans la cavité viscérale, sortent de l'abdomen , soit 3° isolément par les conduits péritonéaux, Saumon, Truite, Anguille, Lamproie; soit 4° parle pore abdo- minal avec l'eau qui a servi à la respiration, Amphioxus. Chez les Poissons, la segmentation de l'œuf est incomplète, excepté chez le « Petromyzon » Lamproie, comme le fait remar- quer Leydig, d'après Ecker et Schultze ; on est, relativement à la segmentation partielle, «obligé de diviser, avec Reichert, le con- tenu de l'œuf en deux parties : l'une devenant directement Tem- CONSERVATION DE L'ESPÈCE. 195 bryon, c'est lo jauiio de formation; laiitre, le jaune de nutri- tion, » (V. Leydig, Tr. HistoLAvaâ. franç^'., p. 5.) Aug. iMûllcr a suivi la segmentation de l'œuf dans la Lamproie de Planer. « Le fractionnement s'opère dans l'œuf entier de même ([ue chez les Amphibies nus, et commence environ dix: heures après la fécondation. » (A. Muller, Dévelop. Lamproies, A?ui. Se. natiir., 1856, t. V, p. 376.) Organes ACCEssoniEs chez les mâles, etc. — Chez les Plagiosto- mes, les mâles sont pourvus d'organes copulateurs qui les font distinguer facilement des femelles. Dans certains poissons de nos eaux douces, les mâles ont, sur- tout vers l'époque du frai, les nageoires paires, antérieures ou postérieures^ beaucoup plus développées que chez les femelles. Willoughby avait signalé le fait chez la Tanche, et le professeur Canestrini a donné la figure des ventrales chez le mâle et la femelle de cette espèce (V. Faim. Ital., p. 13), ainsi que la figure des pectorales, dans les deux sexes de la Loche fluviatile [Cobitis tœnia [V. loc. cit. p. 21]). De son côté, M. V. Fatio a étudié « le mode différent du développement des nageoires pectorales dans les deux sexes chez le Véron et chez quelques autres Cyprinidés. » (V. Jauni. zooL, P. Gervais^ 1875, t. IV, P-215.) M. Fatio, cherchant la raison de l'inégalité de ce développe- ment des nageoires chez le mâle et la femelle, pose les questions suivantes : « Y a-t-il quelquefois une sorte d'embrassement mo- mentané des sexes, non pas pour un véritable accouplement, mais durant les simagrées prélude de l'amour? ou bien ces bras renforcés doivent-ils servir peut-être d'instruments de lutte entre mâles rivaux? (Aoc. cit., p. 221.) Assurément les mâles ne se servent pas de leurs pectorales pour combattre leurs rivaux, mais plutôt pour retenir les femelles, comme semble l'indiquer l'observation suivante : Baster vit frayer les Dorades de la Chine « auv mois d'avril et de mai; il remarquait que la femelle est poursuivie par le mâle, qui, après plusieurs mouvements, finit par se re- tourner pour appliquer son cloaque sous celui de la fenielle ; tous 10(1 NOTIONS GÉNÉRALES. les deux alors lancent, Fun ses œufs, l'autre sa laitance. » (V. Ci \ . et VALENC.,t. XVI,p. 111.) Dans beaucoup de Cyprinidés, Vairons, Rotengles, Bouvières, chez les Gastérostéidés, Epinoches, les mâles à Tépoque du frai se parent des coulenrs les plus brillantes. A ce moment encore, la peau des Bromes, des Ides mélanotes. des Chevaines, etc., est le siège d'une éruption des plus singu- lières. « Depuis la mi-avril jusqu'en juin, le corps du mâle (Brème) se couvre de tubercules très-durs, grisâtres : il y en a plus sur la tète que sur le tronc. » (Cuv. et Valenc. , t. XVII, p. 10.) M. Blanchard signale aussi dans les « Corègones à l'époque du frai », « une sorte d'éruption cutanée, qui détermine sur chaque écaille une saillie blanche, allongée » . (Blancii. , Poiss. dea eaux douces de France, p. 424.) Chez les Corègones, le phénomène paraîtrait se produire aussi bien sur la peau des femelles que sur celle des mâles. Baudelot a examiné ces tubercules chez le Nase, il les a trou- vés formés d'épithélium pavimenteux. (V. Baudelot, Observ. plîénom. compar. à lamue chez les Poissons,. 4??;^ .S'^. nat., 1867. t. VII, p. 339-344.) SOINS QUE PRENNENT LES POISSONS POUR ASSURER L'EXISTENCE DE LEUR PROGÉNITURE. Les Poissons ovipares n'abandonnent pas leurs œufs au hasard, comme on le croit généralement ; ils en prennent un soin plus ou moins grand, ils recherchent pour les déposer des en- droits favorables, oii leur jeune postérité pourra trouver abri et nourriture. Il n'est pas rare de voir les Poissons quitter leur habitat ordinaire, soit les grandes profondeurs, soit certaines eaux, t[uand arrive l'époque du frai. Les Harengs, les Sardines, etc., ne font pas des migrations aussi extraordinaires qu'on le croyait autrefois, ils s'approchent des côtes au moment de la ponte, et prè})arent ainsi, à leur génération future, les meilleures condi- tions d'existence. CONSERVATION DE L'ESPÈCE. 107 Les Esturgeons, les Saumons, les Eperlans, les Aloses^ les Lamproies, etc., abandonnent la mer et s'avancent plus ou moins Ncis les sources de nos rivières. Les Saumons, par exemple, remontent la Loire, au delà môme des environs du Puy, en lais- sant des colonies temporaires dans les nombreux affluents de ce fleuve à loni? parcours ; ils savent apprécier encore d'une façon merviMJleuse les qualités des eaux qui sont favorables à la con- S(>rvation de leurs œufs; ils redoutent les eaux qui sont cbargées de sels calcaires, et s^ils pénètrent dans les rivières où coulent des eaux séléniteuses, ce n'est que pour y passer et non j)oui' y séjourner. Les Saumons qui remontent la Seine abandonnent, en grande partie^ ce fleuve à Montereau, pénètrent dans l'Yonne ([u'ils suivent jusqu'à Gravant, puis s'engagent dans la Cure. 11 est excessivement rare de prendre des Saumons dans la Seine, aux environs de Troyes. Certains poissons quittent les grands cours d'eau pour aller dans des eaux moins profondes ou plus tranquilles, dans les petites rivières ou même dans les ruisseaux^ comme font les Trui- tes, les Nases, les Vandoises. D'autres poissons au contraire, descendent à la mer, pour y frayer, Anguilles. Les poissons qui remontent vers les sources sont appelés Anadromes, ceux qui descendent à la mer sont nommés Catadromps. (A. Duméril.) Les œufs sont parfois rassemblés en masse, ou réunis en cor- dons, parfois ils sont complètement libres, isolés les uns des autres. Pour les lixer, les empêcher d'être entraînés par les courants, les Poissons ont recours à différents artifices : les uns les dépo- sent sur des plantes, les enroulent autour des racines, des her- bes ; les autres préparent un nid très-grossier, espèce de frayère (jui consiste en un amas de cailloux, de graviers, servant d'abri aux œufs^ ou bien cherchent une pierre creuse, une coquille dans laquelle la femelle vient pondre et ranger peut-être avec le mâle, ses œufs d'une façon plus ou moins symétrique. Enfin, d'autres poissons construisent de véritables nids, variables dans leur forme et leur disposition. Aristote écrit à propos de la Phy- 198 NOTIONS GÉNÉRALES, cis : «C'est le seul poisson de mer qui fasse un nid. du moins à ce que Ton rapporte, et qui y ponde. » (Arist., liv. VIII, c. xxx. p. 529, trad. Cam.) Parmi les poissons qui font un nid, nous citerons les Gasté- rostéidés, certains Gobies, plusieurs Labres et Crénilabres. les Crénilabres mélope, massa, etc. Chez les Syngnathidés, les mâles portent les œufs qui sont tan- tôt réunis dans une espèce de poche^ tantôt rangés à la face in- férieure de la région abdominale. Quelques auteurs prétendent même que les petits des Hippocampes peuvent, au moment du danger, rentrer dans la poche incubatrice. M. Carbonnier a décrit les soins que donne à sa progéniture le Cotisa Arc-en-ciel : « Il prend ses petits dans sa bouche » pour les placer dans une position plus favorable, et quand les petits s'éloignent du nid, « il va les chercher et les rapporte au gîte protecteur. » (Carbon., Nidificat. Poisson Arc-en-ciel de l'Inde, Co?np. rend. Acad. Se, 1875, t. LXXXI,p. 1136.) Un fait remarquable se montre chez les Poissons et paraît des plus extraordinaires ; ce sont, en général, les mâles qui construi- sent le nid, ou portent (Hippocampes, etc.) la poche incubatrice et prennent soin des petits. Rondelet, dans la description qu'il fait du Renard, consigne une observation des plus extraordinaires que n'ont pas cru devoir rapporter la plupart des ichthyologistes ; le Renard « fait ses pe- tits ne plus ne moins que l'Aiguillât, et les reçoit dedans soy en leur crainte, comme escrit Aristote, comme aussi est la verilé. > (Rond., liv. XIII, c. xi, p. 303.) Dans YHistoirf des Animaux, on lit : « Après que les Chiens de mer sont sortis du ventre de leur mère, elle les y retire de nouveau. De môme la Lime et la Tor- pille. On a vu une Torpille de grande taille recevoir ainsi en- viron quatre-vingts petits.» (Aristote, li\. YI, c. x, p. 349, trad. Camus.) Une pareille observation, faite par Aristote et confirmée par Rondelet, mérite d'autant mieux d'attirer l'attention que l'icli- tbyologiste de Montpellier n'est pas, dans cette circonstance, un CONSERVATION DE L'ESPÈCE- 199 simple iiarrateui-, mais bien un témoin oculaire, comme il a soin (le le dire : « Fœtus suos intra se recipit, cujus rei testes sumus oculati. Ciim enim aliquando in littore disseeaietiii' iste piseis, in ejus ventriciilo catulos \idinuis, quos pro cibo dévorasse i»isca- tores existimabant; sed cùm vivi atque illœsi essent, eos in metu intro receptos a parente dubitandum non est. » J'ai pensé que de nouvelles recliercbes sur les habitudes, les instincts du Renard olîriraient un certain intérêt. Grâce à l'obli- geance d'une personne très-intelligente, qui est sans cesse en rapport avec les pécheurs de Cette, j'ai pu obtenir quelques renseignements exacts dont voici le résumé. La femelle du Renard non-seulement nage en compagnie de ses petits (qui sont peu nombreux, il n'y en aurait guère que deux habituellement?), mais encore pour les abriter, pour les proté- ger, elle les reçoit sous ses ailes (pectorales), comme u une poule fait de ses poussins » ; elle n'abandonne ses petits que lorsqu'ils sont assez forts pour se suffire à eux-mêmes. Ln pêcheur a vu, deux ou trois fois, la mère, tenant un de ses deux petits sous chacune de ses ailes, nager très-rapidement, sauter même en les gardant ainsi, pour fuir le danger qui les menaçait. Mais là se borne la protection ; les pêcheurs ne pensent pas que la mère puisse recevoir ses petits, comme le dit Rondelet, En tout cas, si les informations que nous avons reçues, ne garantissent pas le fait extraordinaire signalé par Aristote et re- connu vrai par Rondelet, elles donnent au moins la preuve que l'instinct maternel n'est pas, chez les Poissons, toujours aussi complètement aboli qu'on le suppose. D'ailleurs, il ne faut pas l'oublier, des naturalistes américains ont publié des observations qui ont un certain rapport avec celle de Rondelet ; suivant eux, certaines espèces d'Arius avalent leurs petits, pour les soustraire momentanément au danger qui les menace. 200 NOTIONS GÉNÉRALES, ÉPOQUE DU FHAL La i'('])roduction des poissons ovipares n'a lieu qu'une fois par an, il en est de même chez la plupart des ovovivipares ; ce- pendant quelques Squales, le Carcharodonte de Rondelet, le Mi- landre, ont deux portées par an (Risso) ; l'Aiguillât commun a plusieurs portées successives, chacune généralement de quatre petits. L'époque du frai est très-variable, non -seulement suivant les espèces, mais encore en raison de la température des eaux, de l'âge des sujets pour une même espèce. Chez les Saumons, chez les Rrochets, les vieilles femelles frayent les dernières. « La fraie de la Truite est subordonnée à la situation des lieux. En monta- gnes et dans les stations froides, elle commence dès le mois d'octobre ; dans les plaines, elle a lieu généralement en janvier et février; et dans les lieux intermédiaires, elle est en pleine activité durant les mois de novembre et décembre. » (C. Millet, Culture de l'eau, 1870, p. 249.) Siebold a dressé un tableau indiquant l'époque du frai pour les Poissons d'eau douce de l'Europe centrale. (V. Siebold, Susswasse? fische von Mittcleuropa, p. 410-416.) MÉTAMORPHOSES, MODIFICATIONS. Métamorphoses. — Les cas de métamorphose sont très-rares ou surtout sont très-imparfaitement connus. Vers 1853, Aug. Millier a démontré, pour la première fois, que l'Ammocète n'est pas, comme on l'avait cru jusqu'alors, une espèce particulière de Cyclostome, mais qu'elle est le premier état, la larve en un mot, d'une Lamproie. L'Ammocète qu'étudia d'abord A. Millier, est la larve de la Lamproie de Planer; en 1854, de nouvelles re- cherches lui firent découvrir l'Ammocète de la Lamproie fluvia- lile. Toutes les Lamproies, et la Lamproie marine comme les autres, ont probablement leur état larvé, leur état d'Ammocète. CONSERVATION DE L'ESPÈCE. 201 Dans les Poissons, il existe encore des exemples de transforma- tion très-cnricux à examiner. Les natnralistes ont rangé dans l'ordre des Helmichthes, ou dans la famille des Leptocéphalidcs, une assez grande quantité de Poissons qui n'ont souvent entre eux aucune espèce d'affinité. Le professeur Carus. un des premiers, en observant, ainsi que que le rapporte très-justement Gûnther, un état mal défini, un état en quelque sorte embryonnaire, ]>ensa que ces animaux n'ont pas atteint leur complet développement, qu'ils sont au mo- ment de leur évolution plus ou moins avancée. Plus tard, Rich. Owen exprima la même opinion : « Les Lcptocéphales sont prol)ablement des larves de quelque plus grand poisson connu; on ne les a jamais vus avec des œufs onde la laitance; c'est peut-être le même cas pour » l'Amphioxus branchiostoma. (R. OwExX, loc. cit., p. 6H.) Il n'est pas exact, comme le disent Ricb. Owen et Gûnther, que les Lcptocéphales ne portent pas trace d'organe de la génération. Costa, dans le Leptocephalus candidissimus, ou plutôt Lepto- cephalus Spallanzani, a parfaitement reconnu les œufs et la laitance ; de mon côté, j'ai constaté dans le même animal la pré- sence de ces organes et, de plus, celle de la vessie natatoire, bien que Gûnther écrive « Air-blador none. » Quant aux glo- bules du sang, ils sont rouges ou pâles suivant que l'animal est j)lus ou moins développé. Les descriptions données par les auteurs sur le Leptocéphale, larve du Congre commun, par exemple, ne concordent pas entre elles ; il ne peut en être autrement, puisque les descriptions, pour être exactes, doivent varier suivant la phase d'évolution dans laquelle se trouve l'animal observé. Assurément, comme Gûnther le fait encore remarquer, la manière de voir de Carus, bien que méritant une certaine consi- dération, ne fut pas adoptée; il n'est guère possible, en effet, de trouver, comme le pensait Carus, une apparence d'identité entre le Leptocéphale et la Cépole. La question restait indécise, lorsque M. Gill vint, en 1804, apporter des faits nouveaux pour résoudre ce difficile problème. 202 NOTIONS GÉNÉRALES. LoïKiliiralisle américain démontra, d'une façon évidente, que les Leptocéphales sont les jeunes des Congres et que le Leptocéphale de Morris est le jeune du Congre commun ; l'Hyoprorus est le jeune du Nettastome à queue noire; l'identité est moins certaine pour d'autres espèces. (V. Gumh., t. VIII, p, 137.) D'après Gûnther, le Stomiasunculus bar})atus de Kaup est le jeune du Stoniias ou d'une espèce très-Yoisine, et non une larve de Clupe, comme le pense M. Gill; l'Esunculus Costai est peut- être la larve de l'Alépocéphale [Esunculus Costai, Kaup, Apodal Fish, p. 144, fig. 3.) Je ne connais pas le poisson, mais d'après la figure donnée par Kau[), on voit qu'il y a une grande ressem- blance^ un grand rapport, entre l'Esunculus et l'Alepocephalus; la position des ventrales, de la dorsale et de l'anale est la même dans les deux animaux. Le Porobronchus linearis de Kaup est encore une larve, « This is the name given bij D' Kaup ta young Fieras fer acus. » (Glnth., t. VIII, p. 145.) L'évolution de certains organes est parfois relativement très- lente ; c'est pour n'avoir pas suffisamment tenu compte de ces différences dans les phases du développement que plusieurs au- teurs ont été conduits à établir des espèces nouvelles, qui sont nécessairement destinées à disparaître, par suite d'une étude plus complète. Chez les Callionymes lyres on a cru trouver deux ou trois espèces distinctes ; il est inutile de rappeler que J. Couch a décrit comme deux Hémiramphes {Hemiramphus europœus et Hemiramphus ohtusus) le jeune de l'Orphie vulgaire. (V. Couch, t. IV, p. 135-139.) Le Dactyloptère jeune n'a pas la pectorale divisée comme l'adulte. Il arrive parfois que certains organes, au lieu de suivre l'évo- lution générale, s'atrophient et disparaissent plus ou moins complètement chez l'adulte. Ainsi le Stromatéefîatole jeune a des ventrales qui manquent, ou ne forment plus qu'un léger bour- relet, chez l'adulte; et Linné pour cette raison avait rangé le Stromatée parmi ses Apodes. Dans la famille des Syngnathidés, les très-jeunes Nérophiniens sont pourvus de pectorales, quiexécutent CONSERVATION DK L'ESPÈCE. 203 dc'Sinoiivemcntsvibratoiresoxcessivemcntrapidcspcndant un cer- tain laps de temps, puis disparaissent ensuite sanslaisserla moindre trace. Cette particularité anatomique a d'abord été constatée par Fr. Fries chez le Nérophis lombriciforine ; plus tard, M. de Qua- trefages, qui ne connaissait pas le travail de Fries, a rapporté une observation semblable, faite sur le Nérophis ophidion. Modifications. — Les organes peuvent subir deux sortes de modifications, des modifications naturelles et des modifications accidentelles. Les modifications naturelles sont permanentes, elles ne dé- pendent nullement de rinfluencc des milieux, elles sont fixes chez les individus ayant le même sexe et le même développement. La nature ne crée pas sans cesse des organes nouveaux, elle modifie les organes primitifs et les rend propres à remplir des fonctions, pour l'accomplissement desquelles ils ne paraissent pas avoir été faits dans le principe. Ainsi chez l'Echénéis, la première dorsale a subi une véritable transformation, elle est changée en un disque céphalique destiné à fixer l'animal aux corps solides. Dans les Baudroies, les rayons antérieurs de la première dor- sale sont détachés, ils sont libres, le premier rayon surtout possède un mode d'articulation qui lui permet de se mouvoir dans tous les sens, dans toutes les directions; il est terminé par une membrane élargie et remplit l'office d'un tentacule; ces rayons ne sont plus des organes de locomotion, ils sont devenus des filets pêcheurs comme les appelle le D"^ Bailly. Chez l'Uranoscope, le voile mem- braneux de la mandibule ne sert plus guère cà retenir dans la bouche les aliments qui s'y trouvent introduits, mais il s'allonge en tentacule que l'animal agite au dehors pour attirer les ani- maux, dont il veut faire sa proie. Une modification des plus extraordinaires est celle qui se produit chez les Pleuronectes : le corps, peu de temps après la naissance de l'animal, subit une torsion à droite ou bien à gauche, et l'œil supérieur accomplit une véritable migration, pour venir se placer du côté coloré du poisson. 204 NOTIONS GENERALES. Toutes ces modifications plus ou moins profondes, plus ou moins singulières restent invariables, elles se rencontrent tou- jours chez les mêmes animaux^ elles sont permanentes, elles ne dureront pas seulement autant que l'individu, mais autant que l'espèce. Les modifications accidentelles dépendent de certaines influen- ces extérieures; elles ne sont pas nécessairement permanentes, elles persistent aussi longtemps que durent les causes qui les ont déterminées. Les Poissons d'eau douce sont plus exposés à subir des modi- fications que les Poissons de mer, et, comme le fait justement remarquer le professeur L. Vaillant, « ce sont les êlres pour lesquels peut-être les migrations naturelles paraissent les plus difficiles. » (L. Vaillant, Rech. Poissons eau douce, Améiiq. septent., Noiiv. ArcJi. Muséum, 1873, t. IX, p. o.) Ils sont enfermés dans des espaces plus ou moins limités, parfois ils sont de plus encore soumis à l'influence de l'homme. On sait avec quelle industrie, vraiment surprenante, les Chinois savent transformer ces jolis poissons rouges en êtres singuliers, curieux et plus ou moins monstrueux; ils parviennent à les mo- difier dans leurs parties essentielles, dans les organes du mouve- ment par exemple, ils peuvent changer la forme de la caudale, doubler l'anale, faire disparaître la dorsale. Les poissons rouges de la Chine acclimatés en France, et dispersés dans quelques jtarties de nos eaux douces, ont perdu leur belle livrée ; à leurs teintes si brillantes ont succédé des nuances beaucoup plus ternes, parfois d'un gris verdàtre, parfois d'un ton blanchâtre ou d'une couleur sombre plus ou moins noirâtre. C'est dans les pays accidentés surtout qu'il est facile d'étudier l'influence des milieux; j'ai fait à diverses reprises, dans les contrées montagneuses, des recherches qui m'ont donné les ré- sultats les plus complets. X\\\ environs de Bayonne, on pêche en abondance un poisson qui porte le nom d'Aubour, c'est la Van- doise {Leun'scus vulgaris). Dans les Basses-Pyrénées, on trouve non-seulement la Vandoise commune avec son type ordinaire CONSERVATION DE L'ESPÈCE. 20:; iiiusi que nous la rencontrons dans le centre de la France, aux. environs de Paris, dans la Seine, dans l'Yonne, mais encore les deux yariétés qui ont été consideri'es coninie des espèces distinctes : l'Able rostre {LcitciscKs rostratus, Agassiz) et l'Able de la Gironde [Leuciscus hurdigalcusis, Valencif.nnes). L'Able rostre et l'Able de la Gironde ont le museau et la cau- dale })lns allongés ([ue la Vandoise commune^ ils ont aussi le corps plus svelte en apparence ; les deux \ariétés se tiennent toujours dans les eaux très-rapides, dans la Nive et probablement dans le Gave de Pau, jamais dans les eaux stagnantes; la Van- doise non modifiée habite les rivières à courant peu rapide, se rencontre dans les étangs, le lac d'Vrieu (Landes), le lac de la Négresse. J'ai fait pécher des Truites dans un petit ruisseau qui se jette dans la Nive, au-dessus d'isatsou, en amont du Pas-de- Koland ; ces Truites sont beaucoup plus minces, i)lus allong-ées que celles de la Nive ; les habitants du pays les préfèrent à celles de la rivière, et les regardent comme étant d'une espèce particulière. J'ai encore trouvé, aux environs de Bayonne, le Gypi-inus elatus de G. Bonaparte, qui n'est qu'une variété de la Carpe commune, et des Goujons à tête courte et grosse. Parmi les poissons qui présentent les formes les plus chan- geantes, on doit citer les Epinoches. L'influence des milieux se fait sentir sur tous les êtres vivants, et leur imprime des modifications plus ou moins prononcées. Il ne faut pas l'oublier, les variétés, les races peuvent se former chez les Poissons, surtout j)armi ceux qui vivent dans les eaux douces, comme parmi les animaux qui vivent à la surface du sol. Avant d'établir une espèce nouvelle, il faut bien connaître l'habitat d'iui poisson, afin de ne pas s'exposera prendre des mo- difications accidentelles pour des caractères spécifiques. Avant de terminer ce qui a trait aux notions générales peut- être faudrait-il indiquer certaines monstruosités qui se rencon- trent chez les Poissons ; examiner si la division qu'on établit entre les Poissons de mer et les Poissons d'eau douce est nette- 206 NOTIONS GÉNÉRALKS. ment tranchée; rechercher enfin comment sont produits les dit- l'érents bruits qui ont été vaguement appelés voix des poissons? Monstruosités. — Nous n'avons pas Tintention d'étudier la tératologie chez les Poissons; cependant nous sommes forcé de rappeler que plusieurs auteurs ont établi soit des genres, soit des espèces sur certaines anomalies, certaines monstruosités. De Lacépède a donné le nom de Raie Cuvier à une Raie qui porte une dorsale sur le milieu du disque. Cette monstruosité n'est pas absolument rare dans la Raie bouclée ; il en existe plu- sieurs exemples au Muséum de Paris, et surtout au Musée Fleu- riau (La Rochelle). M. Beltrémieu\, directeur du Musée Fleuiiau m'a envoyé, Tannée dernière (1876), le dessin d'une Raie ponctuée qui avait les ailes détachées de la tête, de sorte que la partie an- térieure de l'animal présentait trois lobes triangulaires ; le lobe médian et naturellement le plus allongé, était formé par le mu- seau, et chaque lobe latéral par l'extrémité d'une pectorale. Couch a fait le genre Polyprosopus sur deux monstruosités qui lui ont donné deux espèces nouvelles de Squale. La première espèce est le Polyprosopus Rashleighanus qui est probablement un Pèlerin; l'autre espèce est le Polyprosopus macer. (Couch, t. 1, p. 67-68.) Le même auteur a créé le Pagellus curtus qui est un Pagel centrodonte contrefait. (V. Couch, loc. cit., p. 241.) Chez les Trigles, les monstruosités ne sont pas très-rares; j'ai reçu de Cette un Trigle lyre complètement bossu. Tout le monde le sait, on rencontre chez les Carpes une défor- mation de la tête, qui a fait donner aux individus affectés de cette monstruosité le nom de Carpes Dauphins ou Carpes à tête de Dauphin. Il est assez difficile de connaître la cause qui déter- mine cette anomalie ; les Carpes Dauphins sont excessivement rares aux environs de Paris, tandis qu'elles sont relativement assez communes dans certaines contrées. Un pécheur de Varam- bon, homme très-intelligent, me disait que, dans l'Ain, il trouve assez souvent de ces carpes cà tête monstrueuse. Poissons de mer. Poissons d'eau douce. — Les différences qui séparent les Poissons d'eau douce des Poissons de mer, à part CO.NSERVATIOiN DE L'ESPÈCE. -207 les Plagiostomes, ne sont pas nettement tranchées; si la |)lu|»art (les poissons n'ont qu'un seul et même habitat, il en est qui })eu- vent vivre alternativement dans les eaux salées et dans les eaux, douces; nous ne connaissons |)as les conditions qui permettent aux poissons migrateurs ces changements d'habitat si extraordi- naires an premier abord. A l'embouchure des fleuves, il n'est pas absolument rare de pêcher en même temps des poissons de mer et des poissons de rivière ; dans le port de Bayonne, j'ai vu |)rendre des Vandoises alors que le flot montant amène une grande quan- tité d'eau salée. Les poissons rouges de Chine peuvent vivre dans l'eau saumàtre à la condition d'y être habitués petit à petit « par des mélanges préalables » . (Cuv. et Valenc. , t. XVI, p. 108.) Parmi les Epinoches, les unes séjournent constamment dans les eaux douces, les autres dans des eaux saumàtres. L'Eperlan peut rester toute l'année dans la Seine, mais il ne remonte guère au-dessus de Rouen. (Noél delaMorinière, Pouchet, A. DUMÉRIL.) Les Plagiostomes sont des poissons essentiellement marins, cependant la Scie a été trouvée dans le Mississipi. «C'est la seule variété du genre des Requins qui pénètre dans les grands fleuves. » (Agassiz, le Bassin de l'Amazone, Conf. Se. New-York, llev. Coio's scient. 1874, p. 113-').) Duhamel parle d'un Squale péché dans l'Adour, à Bayonne. Ce Squale, appelé Marrachou, est l'Oxyrhine de Spallanzani, d'après la description qui paraît exacte. Voix des Poisso.ns. — « Les Poissons, n'ayant ni poumon, ni trachée, ni pharynx, n'ont point de voix. Ceux que l'on dit en avoir ne forment autre chose que certains sons et des sifflements. Telle est l'espèce de grognement de la Lyre, du Chromis. » « Quelques Sélaques semblent siffl(H' : tout ceci néanmoins ne s'appelle voix qu'improprement; il faut dire que c'est un son. » (Arist., liv. IV, c. IX, p. 221, trad. Camis.) Beaucoup de Poissons produisent des bruits, des sons plus ou moins forts. Les Harengs, les Sardines poussent, suivant les pêcheurs, un petit cri assez aigu quand on les tire de l'eau. Les 208 NOTIONS GÉNÉRALES. Trigles sont appelés Grondins, etc., à cause de respècc de gron- dement qu'ils font entendre. Ce bruit provient des vibrations de la vessie natatoire, ainsi que Ta démontré une expérience ingé- nieuse. Notre confrère, le D' Arm. Moreau, a réussi à reproduire le grondement des Triglcs en galvanisant un cordon nerveux de leur vessie natatoire. La Môle rend un son plaintif qui peut durer assez longtemps. (V. Duhamel, Pèches, part, u, sect. ix, p. 307.) Le Myliobate, je l'ai constaté plusieurs fois, produit un mugis- sement assez fort. Nous ne pouvons entrer dans de longs détails sur le mécanisme de la voix cliez les Poissons. Le sujet a été étudié et traité avec beaucoup de développement par M. Dufossé. (Recherches sur les bruits, etc., que font entendre les poissons d'Europe, (^Xc.,Ann. Se. natw'., 1874, t. XIX-XX.) CLASSIFICATION Nous n'avons pas l'intention de passer en revue les diverses classifications qui ont été proposées pour ranger les Poissons d'après un ordre plus ou moins méthodique. Ces classifications sont très-nombreuses, elles sont ditTérentes les unes des autres ; elles varient non-seulement en raison de l'étude plus ou moins approfondie, plus ou moins étendue sur la nature des Poissons^ mais encore en raison des caractères qui sont employés pour les établir. Sans oublier les services rendus à la science, par de longues recherches, par de très-excellents travaux, il faut cependant bien avouer que l'anatomie des Poissons, si nombreux en espèces, est loin d'être suffisamment faite; nos connaissances, sous ce rapport, ne sont pas encore assez complètes pour qu'elles puissent nous fournir les éléments d'une bonne classification. « La classe des Poissons est, de toutes, celle qui offre le plus de difficultés quand on veut la subdiviser en ordres, d'après des caractères fixes et sensibles. » {Cvw, Jièg. cmim.. 1817, p. MO.) CLASSIFICATION. 200 Ce qui était vrai à l'époque où Cuvier exprimait son opinion, l'est encore aujourd'hui; les difficultés ne sont pas aplanies. Et à part l'établissement des Ganoïdes par Agassiz, les progrès réalisés, dans la distribution méthodique des Poissons, ne sont malheureusement pas aussi considérables que le supposent cer- tains auteurs. Nous allons d'ailleurs le démontrer, en compa- rant deux classifications, celle de Cuvier, qui est aujourd'hui à peu près abandonnée, et celle de Millier, qui est généralement adoptée. La classification publiée par Cuvier en 1828, dans V Histoire naturelle des Poissons, t. I, p. 572, et dont nous présentons le tableau, diffère peu de celle qu'il avait donnée en 1817, dans la première édition du Règne animal. DISTRIBUTION METHODIQUE DES POISSONS EX FAMILLES NATURELLES ET EN DIVISIONS PLUS ÉLEVÉES. POISSONS. Osseux. A branchies en peignes ou en lames. A mâchoire supérieure libre. /Percoïdes. Polynèmes. MuUes. Joues i cuirassées. Sciénoïdes. Sparoïdes. ACANTHOPTÉRYGIENS. < Chétodonoïdes. Scombéroïdes. Mu- I ges. Branchies labyrinthiques. Lo- \ phioïdes. Gobioïdes. Labroïdes. i Abdominaux. Cyprinoïdes. Siluroïdes.Salmonoïdes. Clupéoïdes. Lucioïdes. SuBRACHiENs. Gadoidcs. Pleuronectes. Discoboles. \ Apodes. Murénoïdes. A mâchoire supérieure fixée. Scléroderines. Gymnodonles. A branchies en forme de houppes. Lophobranches. Cartila milieux ou Chonilropté- 1 Sturionieiis. Plagiostomes. Cyclo- rygiens. ( stomes. Cuvier établit, dans la classe des Poissons, deux grandes di- visions; il les partage en Poissons osseux et en Poissons cartila- gineux ou chondroptérggiens. 14 210 NOTIONS GÉNÉRALES. Les poissons osseux sont répartis en deux subdivisions : Osseux «■ à branchies en peignes ou en lames, » et Osseitx « à branchies en forme de houppes. » Les Poissons osseux à bran- chies en peifines comprennent les Poissons à mâchoire supé- rieure libre, qui, suivant la structure des rayons de leurs na- geoires, ont été appelés Acanthoptérygiens ou Malacoplérygiens, et les Poissons à mâchoire supérieure fixée ou Plectognathes, qui ont un mode particulier d'articulation des mâchoires; les Poissons osseux a branchies en houppes, sont lesLophobranches. Cuvier ne fait pas de divisions particulières dans les Acan- thoptérygiens, (( qui en réalité ne constituent presque qu'une seule et immense famille. » (Cuv. et Valenc, t. 1, p. 566.) Quant aux Malacoptérygiens, il les distingue suivant la po- sition ou l'absence des ventrales en : Abdominaux, Subrachiens et Apodes ; cette distribution est bonne et commode. Il est fâ- cheux seulement de voir rangés avec les Anguilles de faux Apodes, Ammodytes, etc., qui ont une organisation différente, organisation se rapprochant de celle des Gadoïdes. Dans la division des Malacoptérygiens, sont malheureusement compris quelques poissons, Lépisostées, Bichirs, qui ne doivent pas s'y trouver; ces poissons évidemment sont des Ganoïdes, et non des Clupes (Cuv., 1817); il y a erreur dans le choix de la place, qui leur a été assignée ; c'est assurément le reproche le plus sérieux qu'on puisse faire à cette classification, si l'on ne tient pas suffisamment compte de l'état de la science, à l'époque où parut le travail de Cuvier. Et cependant, il ne faut pas l'ou- blier, Cuvier a le premier reconnu les rapports qui existent entre certains poissons fossiles et des poissons vivants; il est étonné « que personne encore n'ait été frappé de la singulière ressemblance des écailles de ces poissons (genres Palxonisciim et Palœothrissum, Blainv.), avec celles des Lépisostées de Lacépède. » « Écailles épaisses, lisses, osseuses, de forme rhomboïdale, et disposées » « absolument comme dans le Lépisostéc ou dans le Polypterus ». « La queue » « se termine par une nageoire four- cbue, dont le lobe supérieur est le plus long». « Cette confor- CLASSIFICATION. 211 mation pourrait conduire à placer ce poisson dans le voisinage de l'Esturgeon, dont la caudale a les mêmes écailles, etc. » (Cuv., Ossetncnts fossiles , t. V, 2" juirt., p. 307.) Les ressemblances, les rapprochements que tout d'abord Cu- vier avait signalés entre ces divers poissons, passèrent inaperçus. Plus tard Agassiz, dans ses admirables travaux sur les Pois- sons fossiles, a saisi une foule de rajtports unissant ces espèces éteintes aux espèces vivantes, et les a rassemblées dans l'ordre des Ganoïdes. Cuvier, dans la division des Poissons Cartilat/ineux ou C/iun- (Iroptérf/gie?is , rangclcs : Sturioniens, Plagiostomes, Cyclostomes. On a Ijeaucoup critiqué la manière de voir de Cuvier, plaçant ou laissant, comme l'avait fait Artédi, dans un même groupe les Plagiostomes et les Cyclostomes. Assurément, il a,- a peu d'affinités entre ces animaux; mais si l'on prend pour base de classilication, l'état du squelette, on sera forcé de les réunir. Un histologiste des plus éminents, dont personne évidemment ne contestera la compétence, en est arrivé au même résultat ; le professeur Kôlliker n'a-t-il pas été obligé de mettre dans le type des Sélaciens, les Plagiostomes et les Cyclostomes ? Agassiz les a placés dans son ordre des Placoïdes. Du reste Cuvier ne se faisait pas la moindre illusion à cet égard. « C'est surtout dans cette dernière (la famille des Chon- droptérygiens) que se montre bien la vanité de ces systèmes qui tendent à ranger les êtres sur une seule ligne. Plusieurs de ses genres, les Raies, les Squales par exemple, s'élèvent fort au- dessus du commun des Poissons, et par la complication de quelques-uns de leurs organes des sens^ et par celle de leurs organes de la génération, plus développés dans quelques-unes de leurs parties que ceux même des oiseaux ; et d'autres genres, auxquels on arrive par des transitions évidentes, les Lamproies, les Ammocètes, se simplifient au contraire tellement, que l'on s'est cru autorisé à les considérer comme un passage aux vers articulés. (Cuv. et Valenc, t. 1, p. 507.) Cette déclaration si nette, si catégorique, n'a i)as été sulTisam- 212 NOTIONS GÉNÉRALES, ment comprise, ou bien elle a été oubliée. Il est, en effet, très- étonnant de lire dans le mémoire de J. MiïUer: « Les Plagiosto- mes ou Sélaciens d'Aristote, les Raies et les Requins forment un groupe très-particulier, etc. » « Les Cyclostomes ressemblent aux Plagiostomes uniquement par le crâne cartilagineux indi- vis et par les spiracules. » « Le prince de Canino a bien saisi cette différence des Requins, Raies et Chimères, en en faisant une sous-classe, sous le nom d'Elasmobranches, et en fondant une autre sous-classe, celle des Marsipobranches, pour les Cyclo- stomes. J'applaudis à cette manière de faire, etc. » (J. Miïller, Mémoire sur les Ganoïdes et sur la classification naturelle des Poissons, trad. C.Vogt, Aimai, des scieiices nat., 1845, t. IV, p. 41 .) Millier commet une erreur ; ce n'est pas le prince de Canino, qui le premier a bien saisi les différences qui séparent les Squales des Lamproies, etc. Est-ce que, longtemps avant C. Bonaparte, C. Duméril n'avait pas établi deux divisions, celle des Cyclo- stomes et celle des Plagiostomes? Cuvier n'avait-il pas formé deux familles, celle des Suceurs et celle des Sélaciens, comprenant les Squales, les Raies et les Chimères? (Cuv., Règ. an., 1817, p. HC-138.) Latreille n'avait-il pas admis deux ordres, l'ordre des Sélaciens, comprenant les Squalides, les Platysomes et les Acanthorines, etl'ordre des Suceurs. Que les divisions s'appellent sous-classes, ordres ou familles, peu importe ; le nom de ces divisions est purement arbitraire. Ainsi le prince de Canino, en mettant dans la sous-classe des Elasmobranches, les Raies, etc., dans, la sous-classe des Marsipobranches, les Poissons Suceurs, dont les branchies « présentent l'apparence de bourses», (Cuvier.) n'a donc apporté aucune modification sérieuse, aucune amélio- ration sensible à l'état de la science ; il n'y a là qu'un change- ment de dénomination, pas un progrès réel. Il est inutile de continuer une plus longue discussion des faits. Nous allons reprendre notre étude, et, pour la rendre plus facile, nous voulons donner le tableau de la Classification de MûUer, tel qu'il a été publié par C. Vogt, dans les Aimales des sciences naturelles, 1845, t. IV, p. 48. CLASSIFICATION. 213 TABLEAU MÉTlIODlQUi: DES FAMILLES DES POISSONS CLASSIS, PISCES. SUBCL.ASSI!»» I. DIPXOI. ORDO I. siRENOiDEi. — Familia I. Sirciioidoi. fil.IBCL.A!i»§»I^ II. TELEOSTKI. ORDO I. ACANTHOPTiiRi. — Famili.k 1. Pcrcoidci. 2. Catapliracti. 3. Sparoidei. 4. Scùenoidci. o. Labyrinlhiformes. 6. Mu- giloidei. 7. Nolacanthini. 8. Scomberoidei. 9. Squammi- peiines. 10. TaMiioidei. 11. Gobioidei. 12. Blennioidei. 13. Pediculati. 14. Thciilics. io. Fistulares. OUDO II. AXACAMiiiM. — Famille I. Gadoidei. 2. Ophidini. 3. Pleui^oiicctides. ORDO III. PHARYNGOGNATHI. — Subordo I. PlIARYNGOGNATHI ACAN- Tiioi'TERYGU. — Famili.k I. Labi'oidoi cvcloidei. 2. Labroi- doi ctenoidei. 3. Chromides. — Subordo II. Pharyxgo- GNATHi MALACOPTERYGit. — Familia 4. Scoiiibresoces. ORDOIV. PHYSOSTOMi. — Subordo I. Physostomi abdominales. — Famille I. Siluroidei. 2. Cyprinoidei. 3. Characini. 4. Cy- priiiodoiitos. ;i. Mormyri. 6. Esoces. 7. Galaxiœ. 8. Sal- niones. 0. Scopelini. 10. Clupeidse. 11. Heteropygii. — Subordo II. Physostomi apodes. — Familia 12. Murœiioi- doi. 13. Gymnotini. 14. Symbranchii. ORDO Y. PLFXGTONATHi. — Famille 1 . Balistiiù. 2. Ostraciones. 3. Gymnodontes. ORDO VI. LOPHOBRANCHii. — Familia 1. Lophobraiichii. SUBCL.A)iSIfi III. GAXOIDEI. ORDO I. HOLOSTEi. — Famille I. Lepidosteini. 2. Polypterini. ORDO II. CHONDROSTi-i. — Famille 1. Acipenserini. 2. Spatulariae. SUBCIiASfSIS» IV. ELASMOBP.AXCHII S. SELACHII. ORDOI. PLAGiosTOMi. — Subordo I. Squalid.e. Famille 1. Scyllia. 2. Nyctitantes. 3. Lamnoidei. 4. Alopecioe. 3. Cestracio- nes. 6. Rhiiiodoiites. 7. Notidani. 8. Spinaces. 9. Scym- iioidei. 1 n. Squatinae. — Subordo II. Rajid^. — FAMiLiiE 11. SquatiiKM'aja". 12. Torpediiies. 13. Rajœ. 14. Trygo- nes. lo. MUiobatides. 10. Cephaloptcra,'. ORDO II. HOLOCEPHALi. — Familia 1. Chimaerœ. SLTBCL.ASSIS V. MARSIPOBKANGHII S. CYCLOSTOMI. ORDO I. HYPEROARTii. — Familia 1. Petromyzoïiiiii. ORDO II.HVPEROTRETi. — Familia 1. Myxiiioidci. JiUB€L.A